HÉRODE ET LES PERSÉCUTEURS

Jr 42, 1-4+7-12 ; Lc 9, 1-9

(23 octobre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

H

érode est un personnage bien connu puisque c'est lui qui a fait emprisonner puis décapiter Jean le précurseur, le Baptiste. C'est lui aussi qui, plusieurs fois, a voulu faire arrêter et tuer le Christ et qui, la veille de sa Pâque, fera partie du complot pour le condamner à mort. C'est encore Hé­rode qui persécutera l'Église naissante, comme en témoigne le livre des Actes des apôtres, puisqu'il mettra Pierre et Jean en prison, il fera exécuter l'apô­tre saint Jacques, puis une fois encore, fera arrêter Pierre. Et tout cela "pour faire plaisir aux juifs".

Hérode est donc le symbole de cette action des hommes, du monde, du Mauvais, contre d'abord la présence, puis l'annonce et la croissance du Royaume de Dieu, contre Jean le Baptiste, contre le Christ et contre l'Église. Et nous le savons bien, cette présence du mal, qu'elle se nomme Hérode ou qu'elle emprunte d'autres noms peu importe, continue d'être vraiment active, quoique parfois invisible ou cachée, dans l'Église. Il y a toujours, et il ne faut pas se faire d'illusion, il y aura toujours un adversaire à l'annonce, à la présence et à la croissance du Royaume de Dieu. Non pas seulement au niveau politique ou social, mais aussi au niveau intime, dans notre propre vie, dans notre propre existence. Nous sommes très sensibles à cette présence du mal en nous, à ce que nous appelons la tentation, et lorsque nous en devenons complice le péché, ce qui justement stérilise en nous la croissance du Royaume de Dieu.

Nous sommes aussi sensibles, à cause des événements récents, aux Hérode contemporains à ceux qui arrêtent, persécutent nos frères dans la foi. Mais il faut bien comprendre que ceci n'est pas sim­plement le jeu de circonstances politiques ou idéolo­giques, mais c'est une condition de l'Église, tout au long de son chemin sur la terre. L'Église ne sera ja­mais en paix, l'Église ne sera jamais en accord défini­tif ou total avec ce monde. Comme le souligne l'apô­tre Pierre, l'Église, c'est-à-dire nous-mêmes, nous sommes des étrangers. Nous sommes en exil, nous sommes de passage et nous ne pouvons pas nous ins­taller dans ce monde. Et tout ce qui est persécution, tout ce qui est violence, mépris contre l'Église, nous rappelle que nous ne sommes pas faits pour nous ins­taller en ce monde.

Aujourd'hui c'est le trentième anniversaire de l'insurrection de Budapest, de l'insurrection hongroise. Et c'est aussi le même anniversaire de l'écrasement par les chars russes de ce désir d'un peuple de vivre avec un peu plus de liberté, un peu plus de vérité. Et, vous le savez, parmi tous ceux qui ont été tués ou écrasés en ces jours d'octobre 1956, il y avait évidemment beaucoup de nos frères chrétiens. Je crois qu'il ne faut pas simplement lire ces événements dans les quotidiens, de quelque bord qu'ils soient, mais aussi il faut les vivre dans la foi. Et l'évangile d'aujourd'hui nous y invite.

Et vivre cela dans la foi c'est d'abord recevoir ces événements de la vie de l'Église comme la suite, comme la continuité logique avec ce qui est arrivé au précurseur, à Jésus puis aux apôtres. C'est aussi de prendre la mesure intérieure de l'appel que nous devons recevoir. Et l'appel que ces événements ou leur rappel nous adresse, c'est que notre liberté notre seule liberté, c'est notre attachement personnel et écclésial, à la présence du Christ à l'annonce du Royaume et à cette croissance du Royaume en nous et dans le monde. Il n'y a pas d'hommes libres sauf ceux qui sont en présence du Christ, en présence de Celui qui est le chemin pour avancer, la vérité pour ne pas se tromper et la vie pour ne jamais mourir quelles que soient les formes de la mort, qu'elles soient effet de la persécution ou naturelles.

Alors, nous prierons pour nos frères chrétiens de l'Europe de l'Est et d'autres pays qui sont persécu­tés, comme Pierre, comme le Baptiste, comme Jac­ques, comme le Fils de Dieu. Puisque "le disciple ne sera jamais au-dessus du maître" comme le Christ l'a dit Lui-même, il est normal, dans la foi chrétienne, qu'il arrive aux disciples ce qui est arrivé au maître, et il est normal que le corps souffre des souffrances de la tête. Mais si la tête est sauvée et ressuscitée, le corps tout entier, déjà, est promis à la gloire, et malgré ses souffrances, intérieurement, en tressaille d'allégresse.

Au cours de cette eucharistie nous prierons donc avec ces frères encore persécutés, et nous ferons de notre communion eucharistique ce désir de répondre à cet appel de la liberté qui n'est autre, quelles que soient les conditions sociales, extérieures ou politiques, que notre lien profond, intime, permanent avec le Christ et donc avec tous nos frères chrétiens.

 

AMEN