JÉSUS PLEURE SUR JÉRUSALEM
Ap 4, 1-11 ; Lc 19, 41-48
(12 novembre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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'évangile d'aujourd'hui nous invite à méditer sur quelque chose dont on ne parle pas assez souvent, sur la souffrance de Dieu devant le péché de l'homme, devant le malheur des hommes.
Jésus pleure sur Jérusalem, Jésus pleure sur cette ville qu'Il a tellement aimée, Jésus pleure sur cette ville qui est le lieu de la présence de Dieu et sur les habitants de cette ville parce qu'ils n'ont pas reconnu le temps où ils étaient visités et parce que le malheur va fondre sur eux. A aucun instant, il n'est dit que la ville va être assiégée et détruite parce que Dieu a décidé de la punir à cause de son impiété. Dieu n'est pas du tout le vengeur et le justicier qui écrase Jérusalem, mais Il est au contraire celui qui pleure sur l'écrasement de Jérusalem. Si Jérusalem a été écrasée, ce n'est pas parce que Dieu a voulu la punir, mais c'est parce qu'elle n'a pas su reconnaître le temps de sa visite parce qu'elle n'a pas su adhérer au bonheur qui lui a été proposé, parce qu'elle s'est enfermée dans son péché et que c'est la logique même du péché que d'aboutir à la destruction, à la dégradation, à la désagrégation du pécheur.
Quand nous examinons notre cœur, quand nous regardons notre vie, notre vie personnelle ou notre vie communautaire, nous ne songeons pas suffisamment à la souffrance de Dieu. Dieu pleure sur nous. Dieu pleure parce que nous ne savons pas où est notre bonheur. Dieu pleure parce que nous creusons nous-mêmes notre propre malheur. Dieu pleure parce qu'Il ne peut pas se consoler de savoir que nous laissons passer l'occasion de sa visite et que sans cesse nous nous détournons de Lui, et que sans cesse, ainsi, nous nous détournons de la joie. Dieu nous aime et voudrait que nous soyons heureux. Dieu aime son Église. Dieu aime cette humanité qui est tout appelée à la joie, au bonheur, à entrer dans le Royaume. Et Dieu ne peut pas se consoler de ce refus de l'homme devant la tendresse de Dieu. Dieu souffre infiniment plus que nous ne souffrons, car nous souffrons de manière humaine, c'est-à-dire d'une manière distraite, limitée, physique qui, finalement peut plus ou moins s'anesthésier elle-même, surtout quand il s'agit de la souffrance de notre cœur. Dieu, Lui, souffre d'un amour infini. C'est parce qu'Il nous aime et nous aime infiniment que Dieu souffre infiniment de ce que nous ne sommes pas heureux, de ce que nous ne savons pas écouter sa Parole qui pourrait nous donner sa joie.
Ce serait peut-être un des motifs les plus profonds de conversion de notre cœur que de comprendre ce que peut être la souffrance de Dieu devant la folie et l'égoïsme des hommes. Si nous savions à quel point nous brisons ainsi ce cœur de Dieu, si nous comprenions précisément la croix du Christ comme l'expression de cette souffrance de Dieu devant le malheur de ses enfants, devant la perdition de ses enfants, peut-être cela nous retiendrait-il sur ce chemin stupide du péché dans lequel nous nous engageons sans cesse et où nous revenons inlassablement.
Dans cette eucharistie, nous allons recevoir le corps du Christ brisé, livré pour nous, nous allons recevoir son sang versé, nous allons recevoir le Christ dans le sacrifice de sa mort, c'est-à-dire précisément le Christ en état de victime offerte dans cette souffrance intense de son cœur à cause de notre péché. Qu'Il nous fasse connaître quelque chose des sentiments de ce cœur de Dieu, afin que nous puissions nous aussi entrer dans ce chemin de Rédemption et dans ce chemin de restauration qui pourrait aboutir, si nous écoutions la Parole de Dieu, si nous nous laissions aimer par Lui, qui pourrait aboutir à notre propre résurrection et à celle de tous les hommes.
AMEN