AVONS-NOUS LA FOI ?
Ap 2, 12-17 ; Lc 18, 1-8
(31 octobre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e Fils de l'Homme, quand Il reviendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ?" Nous avons l'habitude de concevoir l'histoire des hommes, et par analogie l'histoire du salut, comme une sorte de progrès continu, comme si petit à petit la vertu, la foi, le bonheur se répandaient, progressaient sur la terre jusqu'à ce que, en quelque sorte la vie de ce monde débouche comme presque de plain-pied, en tout cas comme par un plan incliné, vers la bonheur éternel. Certes toutes les paroles de l'évangile ne sont pas aussi négatives, aussi pessimistes. Jésus dit aussi qu'il faut d'abord que "la Bonne Nouvelle soit annoncée à toutes les nations, et alors viendra la fin." Mais dans la phrase que nous venons d'entendre, Jésus ne dit pas que la foi disparaîtra de la terre avant que le Fils de l'Homme revienne. Il dit : "Quand Il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" C'est une question.
Autrement dit, il n'est pas évident que toutes choses vont marcher spirituellement vers un progrès continu. Rien ne nous permet de penser que toutes les nations de la terre se convertiront au Christ. Même s'il est dit que "la Bonne Nouvelle doit être annoncée à toutes les nations de la terre", il n'est pas dit que toutes les nations de la terre répondront à l'annonce de cette bonne nouvelle. Il n'est pas dit non plus que, dans le cœur des chrétiens, la foi au Christ ira s'approfondissant, s'agrandissant. Il n'est pas dit non plus que cette foi au Christ disparaîtra. Le Christ se pose une question. L'avenir de l'humanité n'est pas écrit d'avance. Il n'y a pas une prédestination à ce que tout aille progressant vers un mieux. L'avenir de l'humanité est remis entre nos mains. C'est de notre réponse que dépend ce que sera l'humanité quand le Christ reviendra. Et il est possible que les hommes aillent approfondissant leur cœur, découvrant petit à petit, le visage de Dieu, se laissant envahir par l'amour du Seigneur et s'aimant davantage les uns les autres, essayant de faire la paix les uns avec les autres. Il est possible aussi que les hommes se laissent séduire par l'égoïsme, le confort, par Satan, il est possible que les hommes aillent cherchant de plus en plus des bonheurs éphémères et délaissant la vérité de leur cœur et la vérité de Dieu, et s'éloignant progressivement de Lui, dans une sorte de crescendo de haine, de guerres et de déchirement mutuel. Tout cela est parfaitement possible.
Le Christ n'a pas disposé à l'avance de notre salut individuel ou collectif. Le Christ a remis entre nos mains la réponse, car si nous ne pouvons pas nous sauver par nos propres forces, car le salut n'est pas à notre portée, car il y a une disproportion telle entre le bonheur de Dieu, la sainteté de Dieu et la pauvreté de notre vouloir, la fragilité de notre être intérieur, qu'il n'est possible d'être sauvé que par grâce, que parce que Dieu nous donnera sa grâce. Mais cette grâce ne s'impose pas à nous, cette grâce ne fait pas le travail sans nous. Dieu ne nous sauve pas sans nous. Il faut que nous acceptions d'être aimé, que nous acceptions de répondre à cet amour, que, plus exactement nous acceptions que cet amour s'enracine dans notre cœur pour que, par la force et la puissance de la tendresse de Dieu, il rejaillisse de notre propre cœur en amour de nos frères. Il faut que nous acceptions que cela se passe en nous pour que le salut atteigne jusqu'aux extrémités de la terre.
Si nos frères ne connaissent pas le Christ parce que nous ne leur avons pas parlé du Christ, c'est parce que nous ne leur avons pas montré le visage de Christ, parce que nous ne nous sommes pas laissé remplir par la lumière du Christ, pour qu'ils la voient de leurs yeux. Peut-être que la foi ne sera pas répandue sur toute la terre par notre faute ou par la faute d'autres que nous. C'est une responsabilité qui est remise entre les mains des hommes. Le Christ nous aime et nous aime infiniment. Il ne désire que notre salut. Il fera tout, inlassablement, pour que nous soyons sauvés, et sans cesse Il reviendra frapper à notre porte. Sans cesse Il reviendra ajouter une tendresse nouvelle à la tendresse qu'Il nous a déjà donnée, mais Il ne pourra jamais faire à notre place que nous ouvrions notre cœur à cet amour et que nous nous laissions remplir par cet amour de Dieu.
Nous qui savons que nous sommes aimés du Christ, nous qui sommes rassemblés ici pour le recevoir, pour recevoir son corps, son sang, son sang qui est l'amour offert en sacrifice pour nous, laissons-nous aimer par le Seigneur, laissons-nous réconcilier par Lui, laissons-nous conduire par Lui jusqu'à la source de l'amour pour que le monde croie et que, à son retour, le Fils de l'Homme trouve la foi sur la terre.
AMEN