LA TOUR ... LE SEL ...
So 1, 1-7+12-18 ; Lc 14, 25-35
(23 octobre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rois brefs enseignements enchaînés les uns aux autres dans ce passage. Tout d'abord la nécessité de mettre le Christ dans notre cœur au-dessus de tout, avec les formules sémitiques qui, d'une manière maladroite, comme dans les langues primitives, expliquent le comparatif en disant : "Celui qui ne hait pas son père ou sa mère à cause de Moi n'est pas digne de Moi". Ceci veut dire : "Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi n'est pas digne de Moi". Jésus veut nous affirmer que l'amour de Dieu doit être dans notre cœur au centre de tout, la source de tout autre amour, et que rien ne peut l'emporter sur cet amour de Dieu qui, seul, peut être le roc sur lequel se fonde toute notre vie.
La deuxième partie est un éloge de la prudence, un éloge de l'intelligence. Si on veut bâtir une tour, il faut d'abord calculer et voir si on a de quoi assurer les dépenses. Si on veut gagner une bataille, il faut d'abord réfléchir et voir si on a les moyens d'être vainqueur. Et, d'une manière paradoxale, le Christ nous montre que la prudence selon l'évangile consiste à avoir la folie de tout donner, parce que "quiconque ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple" c'est-à-dire si, au moment où vous décidez de venir à ma suite, vous n'avez pas l'intelligence évangélique de comprendre que tout doit être donné, alors vous ressemblez à celui qui entreprend une construction sans avoir les moyens de l'achever, à celui qui entreprend une bataille sans avoir les moyens de la gagner, car il n'y a pas d'autre moyen de vivre l'évangile que de tout donner. Tout donner de façon concrète dans certains cas, tout donner en tout cas par le détachement de notre cœur, ceci est vrai dans tous les cas. Il n'y a pas de vie chrétienne sans cette primauté absolue donnée au Christ dans notre cœur et sans ce don de tout ce qui nous appartient à la personne du Christ. Si nous ne sommes pas détachés dans la racine et la vérité de nous-mêmes, nous dire chrétien est une illusion dans laquelle nous nous entretenons, car notre cœur est partagé. Si notre cœur est partagé, il n'est pas vraiment habité par le Christ. Et si notre cœur n'est pas vraiment habité par le Christ, nous ne sommes pas réellement chrétiens et nous ne pouvons pas compter que la grâce de Dieu agira en nous, parce que la grâce de Dieu ne peut pas agir malgré nous, contre nous. Elle a besoin de notre coopération Dieu a besoin que nous ouvrirons notre cœur à sa venue. Dieu a besoin que nous acceptions de faire ce chemin avec Lui, et si nous sommes tournés vers les différentes réalités du monde pour nous accrocher à elles, Dieu ne pourra pas agir en nous parce que nous mettrons obstacle à son action. Il faut donc inlassablement que nous poursuivions ce désir de Dieu par dessus tout qui, réellement, nous détache de toute chose, non pas pour que nous les supprimions nécessairement de notre vie, mais, comme dit saint Paul, pour que "nous possédions comme ne possédant pas, pour que nous nous réjouissions comme ne nous réjouissant pas, que nous pleurions comme ne pleurant pas" parce que toutes les réalités de ce monde sont relatives et que seul Dieu peut donner un sens à ces choses relatives. Mais si nous ne mettons pas Dieu au cœur de notre vie, toutes ces réalités disparates ne pourront que provoquer une cacophonie au fond de notre cœur et non pas une véritable vie pleine de sève et de valeur.
C'est pourquoi la troisième partie de ce passage nous compare au sel. Le chrétien doit donner saveur au monde, doit donner goût à toute chose. Mais pour que nous puissions être le sel du monde, il faut d'abord que le Christ soit le sel de notre propre vie. Si notre propre vie n'a pas de goût, comment pourrions-nous en donner à ce qui nous entoure, au monde dans lequel nous vivons ? "Si le sel s'affadit, avec quoi pourra-t-il être salé ? Il n'est bon à rien qu'à être jeté dehors." C'est donc que nous chrétiens, nous ne sommes utiles, au sens spirituel de ce terme, utiles au monde que si nous donnons saveur, goût, lumière à ce monde. Mais pour cela il faut d'abord que nous-mêmes nous acceptions que le Christ donne goût, saveur, signification, lumière à notre propre vie. C'est pourquoi le Christ doit être au cœur de notre vie pour irradier sur tous les éléments qui constituent cette vie. La primauté du Christ en nous n'est pas une sorte d'ascèse sacrificielle qui nous obligerait à tout nier, à tout rejeter, à tout mépriser, au contraire la primauté du Christ en nous c'est ce qui peut donner valeur à tout ce que nous vivons, c'est ce qui peut rayonner dans toute notre vie et rendre notre vie rayonnante pour ceux qui nous approchent et pour l'univers tout entier à la construction duquel nous participons.
N'ayons donc pas peur de donner notre vie au Christ, de lui remettre les clés de notre cœur car c'est Lui seul qui peut donner cette saveur, cette lumière à ce que nous sommes et par nous à ce qu'est le monde autour de nous.
AMEN