RELÈVE-TOI !
Jdt 13, 17-20; Lc 13, 10-17
(12 octobre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ette femme porte en elle un double symbolisme. D'abord, elle est une figure du peuple d'Israël. Cette scène se passe dans une synagogue, lieu de la lecture et du commentaire de la Loi, en plus, un jour du sabbat, jour consacré justement à l'écoute de cette Loi, jour qui ne permettait pas qu'on fasse la moindre action de rapport, justement pour se consacrer à l'écoute de la Parole de Dieu afin de la mettre en pratique. Cette femme est la figure d'Israël, le peuple de la synagogue, le peuple de la Loi, et le peuple qui est courbé sous cette Loi parce que ses chefs, ses prêtres en ont fait non pas un élément de libération, mais de contrainte Cette femme courbée est la figure d'un peuple qui n'a pas su reconnaître dans le don qui lui était fait de la Loi un élément de joie, de gloire et de libération donnée par son Dieu.
Cette femme est aussi l'image de l'Église. L'Église qui a été délivrée du joug pesant de la Loi en son aspect contraignant. L'Église qui est ce peuple choisi, élu par Dieu, qu'Il a Lui-même redressé à la Parole du Christ, le Christ qui vient pour mourir au péché, pour guérir toute maladie et pour redresser l'homme. Il a réalisé cela lorsque Lui-même s'est relevé de son tombeau, de la mort qui était tout le poids de nos péchés, quand Il s'est redressé de son tombeau le jour de Pâques, pour redonner à l'humanité sa véritable stature, celle qu'elle avait reçue au jour de la création lorsque Dieu a créé Adam debout.
Le Christ vient ainsi réaliser ce que le prophète Isaïe avait annoncé à ce peuple qui, déjà bien longtemps avant la venue du Christ, était un peuple malade, un peuple couché, un peuple mourant. Isaïe clamait : "Debout ! Resplendis, car voici ta lumière. Sur toi se lève la gloire du Seigneur, tandis que les ténèbres s'étendent sur la terre." L'Église s'est relevée, l'Église est sortie des ténèbres d'une loi trop dure pour vivre désormais dans la gloire et dans la lumière de l'amour miséricordieux de son Seigneur. Le prophète Amos annoncera aussi, de la part de Dieu : "Je viendrai et je relèverai la tente du roi David." La tente du roi David, c'est son peuple, c'est sa maison, c'est sa descendance. Cette descendance qui, là encore, est courbée, et qui attend d'être redressée.
Et l'apôtre Jacques, dans un discours qui est redonné par les Actes des apôtres, reprend cette prophétie d'Amos et l'applique justement à l'Église naissante : "Je reviendrai, je relèverai la tente de David qui était tombée, je relèverai ses ruines et je la redresserai, afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, ainsi que toutes les nations qui ont été consacrées à mon Nom, dit le Seigneur qui fait connaître ces choses depuis les siècles."
Nous sommes aujourd'hui cette Église à qui Dieu a fait connaître la puissance de sa miséricorde, de sa guérison et de son pardon. Et si nous sommes encore parfois courbés, souffrants, écrasés sous le poids de nos misères, de nos maux, de nos péchés, il faut retourner vers ce Seigneur qui nous redressera, qui nous relèvera, puisque telle a été sa promesse, et puisque tel est l'accomplissement de cette promesse dans le cœur même de l'Église. L'Église, c'est vrai, et chacun d'entre nous est comme une femme courbée qui attend d'être, tous les jours, guérie, redressée et relevée par son Seigneur pour chanter avec Lui ce chant de joie, ce chant de paix, ce chant de résurrection.
AMEN