PÉCHÉ ET PUNITION
Jdt 13, 11-16; Lc 13, 1-9
(11 octobre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans cette page d'évangile, nous voyons le Seigneur, tirer parti d'un événement de l'actualité, puisqu'on lui apporte une nouvelle toute fraîche, comme si on venait de lire le journal qu'une sédition avait eu lieu. Des galiléens avaient dû tuer, je ne sais trop qui ni pour quelle raison, et Pilate avait dû sévir en mettant à mort ces révoltés en mêlant leur sang à celui de leurs victimes. Et Jésus fait allusion à un autre événement probablement récent, celui de l'écroulement de la tour de Siloë qui avait tué dix-huit personnes Ces deux événements sont, pour Jésus, l'occasion de nous parler d'une façon assez précise, du rapport qu'il y a entre le péché et la punition.
Jésus refuse d'entrer dans les vues qui sont couramment celles des hommes quand nous disons : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive ceci ou cela ?" comme si les événements malheureux de notre vie étaient la conséquence de notre péché, ou en tout cas le fruit d'une volonté de Dieu qui voudrait nous punir. Jésus refuse cela. Il remarque que les Galiléens qui ont péri n'étaient peut-être pas plus méchants que les autres et que les victimes de l'effondrement de la tour de Siloë n'étaient pas non plus les plus grands pécheurs. Il ne faut donc pas croire que les épreuves surviennent à ceux qui sont pécheurs parce que ces épreuves seraient envoyées par Dieu et seraient une punition immédiate. Jésus refuse cette interprétation. Saint Jacques dira dans son épître : "Dieu ne met personne à l'épreuve." Les événements ont des causes naturelles. La tour de Siloë s'est probablement effondrée parce qu'elle était vieille ou qu'on ne l'avait pas réparée à temps, ou qu'il y avait une pierre fragile dans l'édifice et qu'on ne l'avait pas remplacée. Il y a un tremblement de terre parce que les continents se déplacent invisiblement en provoquant des fissures dans le sol. Ce n'est pas Dieu qui envoie des tremblements de terre, qui provoque l'effondrement des maisons ou la chute d'une brique. Ce n'est pas Dieu qui veut que nous subissions tel ou tel mal, en conséquence de nos péchés.
Par contre Jésus dit : "Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez de même." Il ne veut pas dire que nous mourons écrasés par une nouvelle tour de Siloë ou par une tuile qui tombe du toit. Jésus veut dire que si nous ne faisons pas pénitence, nous périrons et nous périrons d'une manière bien plus grave : nous périrons de cette mort éternelle qui est celle du refus d'être aimé par Dieu, du refus de répondre à l'amour de Dieu, du refus de nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous aime. Si nous nous endurcissons dans notre péché, si nous ne faisons pas pénitence, si nous ne convertissons pas notre cœur, alors nous mourrons, non pas parce que Dieu nous punira, mais parce que c'est la conséquence du péché, parce que le péché est en nous un germe de mort, parce que la véritable vie consiste à être rempli de l'amour de Dieu. Si nous refusons cet amour, nous sommes des êtres morts, et même si nous continuons à vivre sur la terre, notre cœur est mort, notre vie profonde est morte et le péché nous a complètement desséchés.
Cependant Dieu, Lui, ne cesse de chercher à nous convertir, à nous sauver de la mort de notre péché, et c'est le sens de la parabole du figuier stérile. Ce figuier ne portait pas de fruits : c'était l'équivalent de ce que nous sommes quand, par notre péché, nous restons repliés sur nous-mêmes, nous refusons de nous donner aux autres et donc de porter du fruit dans cet échange fraternel. Alors, nous pourrions penser que Dieu est tenté de nous retrancher, de nous punir, de couper ce figuier stérile que nous sommes. Non, Dieu veut toujours nous donner une nouvelle chance : "Laisse encore ce figuier cette année, creusons autour de lui pour y mettre du fumier, peut-être portera-t-il des fruits ?" C'est cela l'attitude de Dieu. La mort c'est le fruit intrinsèquement immanent de notre péché, le péché est déjà la mort, mais Dieu veut que nous vivions et Dieu veut nous sauver, et Il ne cesse d'inventer de nouveaux moyens pour réveiller en notre cœur l'amour, pour réveiller en notre cœur la vie. Tout cela parce que Dieu nous aime et ne peut pas consentir à ce que nous périssions, faute d'amour, comme d'autres périssent faute de pain ou d'eau à boire. Dieu veut que nous soyons des vivants.
Cet appel à la conversion est un appel à nous ouvrir à la miséricorde de Dieu, à la tendresse de Dieu qui, par tous les moyens, veut nous sauver de nous-mêmes, de cet instinct que nous avons et qui nous pousse à nous tuer nous-mêmes par notre égoïsme, par notre péché qui ronge notre vie. Écoutons cet appel et laissons-nous convertir, laissons-nous aimer par Dieu pour apprendre à vivre.
AMEN