NI VIOLENCE, NI RETARD, NI SÉCURITÉ

Jdt 7, 1-15 ; Lc 9, 49-62

(20 septembre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

D

 

ifférentes paroles de Jésus sont rassemblées dans ce passage et elles ont trait soit à l'appel de Jésus, soit à notre attitude à l'égard de ceux qui sont apparemment en dehors de la foi ou de l'Église, en dehors de la communauté chrétienne. Il y a d'abord ceux qui refusent avec violence toute rela­tion amicale, ceux qui "chassent les disciples parce qu'ils font route vers Jérusalem". Jésus demande aux siens de ne pas répondre à la haine par la haine, à la violence par la violence, mais de ne répondre qu'avec les armes de l'évangile qui sont celles de l'amour. A Jean et Jacques, "les fils du Tonnerre" qui veulent faire tomber le feu du ciel sur un village des samari­tains, Jésus oppose la réprimande et Il s'en va, en si­lence et dans la paix, après avoir été chassé de ce vil­lage. Les chrétiens ne doivent donc pas utiliser les œuvres du monde pour se défendre car seule la force de l'amour peut être victorieuse de ce monde qui s'op­pose à l'amour.

Parmi les gens qui ne sont pas du groupe des disciples, qui ne font pas partie de l'Église au moins apparemment, il y a ceux qui agissent comme s'ils étaient chrétiens sans en professer la foi : "Nous avons vu quelqu'un expulser des démons en Ton Nom, mais il ne te suit pas, il n'est pas avec nous, et nous avons voulu l'en empêcher." Il y a donc ceux qui sans être tout à fait convertis, sans faire partie de la commu­nauté chrétienne visible, se recommandent du Christ d'une manière plus lâche, plus éloignée, ou en tout cas se recommandent des valeurs évangéliques. Le Christ nous demande de savoir reconnaître en eux cette pré­sence commençante du salut, cette présence de son nom et de son amour : "Celui qui n'est pas contre vous est pour vous, ne les empêchez pas d'agir au nom du Christ même s'ils ne savent pas encore à quoi l'adhé­sion à ce nom pourrait le conduire et les exigences que cela pourrait avoir à leur égard".

Donc ce que le Christ nous recommande, tant à l'égard de ceux qui s'opposent à l'Église qu'à l'égard de ceux qui, sans en faire partie, essayent à tâtons et selon les lumières qui sont les leurs, d'agir conformé­ment à ce que l'amour de Dieu inspire à leur cœur, ce que Jésus nous recommande dans un cas comme dans l'autre, c'est de n'avoir que l'arme de l'amour et de l'évangile et de ne pas user de discrimination, de refus ou de violence pour se venger de ceux qui nous fe­raient du mal.

Quant-à ceux qui ont entendu l'appel du Christ, ceux qui sont ses disciples, il leur faut centrer toute leur vie sur le Christ seul. Aucune richesse, au­cune affection humaine ne doit l'emporter sur la pré­sence du Christ en nous. Celui qui suit le Christ n'aura pas où reposer sa tête, il sera comme le Fils de l'Homme, c'est-à-dire il n'aura pas de sécurité dans ce monde, il n'usera pas des valeurs de ce monde pour asseoir sa propre vie, sa propre vocation et sa mission. Nous ne pouvons être chrétien qu'à partir de la confiance absolue dans le Christ Jésus et non dans les sécurités humaines. Pas davantage nous ne devons faire passer les affections même les plus légitimes avant la présence du Christ. "Permets-moi d'abord d'aller enterrer mon père !" Et Jésus répond : "Va-t-en annoncer le Royaume de Dieu !" Et à celui qui veut prendre congé de ses parents Jésus dit : "Celui qui a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume des Cieux." Cela ne veut pas dire que nous devons abandonner toute relation hu­maine, surtout pas nous couper de ceux qui nous sont proches, mais que le Christ est un absolu qui doit prendre la racine même de notre être et que c'est sur Lui et sur Lui seul que nous devons fonder toute notre vie, notre vie chrétienne, notre vie apostolique mais aussi notre vie familiale, notre vie quotidienne, notre vie d'affection. Notre affection pour les nôtres doit s'enraciner dans le Christ, sur la foi au Christ et sur ce don total et radical de notre cœur au Christ. C'est seulement si nous mettons le Christ au centre absolu de notre vie que nous pourrons vraiment, non seule­ment annoncer le Royaume, mais même aimer en vérité ceux qui nous sont proches. Le Christ ne veut pas prendre notre vie et notre cœur pour le détourner des autres, le Christ veut prendre notre vie et notre cœur pour l'enraciner dans son amour, dans sa vérité, et pour nous donner une capacité vraie de nous don­ner aux autres et de les aimer. C'est dans la mesure où nous acceptons de donner notre vie au Christ que nous serons véritablement capables d'aimer les autres.

L'évangile est ainsi un appel à cette radicalité, à cet absolu du Christ, un absolu qui ne nous détourne pas des autres mais qui fonde l'amour des autres dans sa vérité la plus authentique.

 

AMEN