RETOURNE CHEZ TOI
Jdt 4, 1-4 a+5-8 ; Lc 8, 26-39
(18 septembre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e voudrais simplement que nous retenions de ce long passage de l'évangile, le dernier dialogue entre cet homme guéri et Jésus.
Cet homme guéri par Jésus de tous ses démons le prie de rester avec Lui. Il lui demande de quitter sa ville, son pays, on est en territoire étranger, et de suivre le Christ, c'est-à-dire de faire partie non seulement de ses compagnons, mais de façon plus symbolique de son peuple, en passant lui aussi cette mer et en entrant en Israël. Cette mer est le signe, l'annonce de l'eau baptismale dans laquelle sont engloutis nos péchés au jour de notre baptême, cette mer est aussi le symbole de la tempête, de ce qui est cause de désastre, toute la souffrance, toute la mort, et si le péché s'y noie selon l'image des porcs, le Christ passe sur la mer en tempête et l'apaise. Cet homme demande donc à Jésus d'être intégré à Lui, de le suivre et ainsi d'être dans la joie parfaite de sa guérison.
Or, ce qui est étonnant, c'est que Jésus n'accepte pas. Et même de façon un petit peu dure, un petit peu violente, Il le renvoie chez lui : "Retourne chez toi, et là raconte tout ce que Dieu a fait pour toi." Et l'homme purifié, guéri, déjà baptisé dans l'amour du Christ et dans son salut, sans rien dire, obéit et quitte le Christ pour retourner chez lui. Et l'évangile ajoute qu'il "alla dans la ville proclamer tout ce que Jésus avait fait pour lui."
Si nous avons une vive conscience spirituelle d'être guéris par le Christ, si vraiment le Christ est le tout de notre vie, nous devrions chaque jour demander au Christ de nous prendre avec Lui, nous devrions avoir au fond de notre cœur ce désir de vivre parfaitement dans sa vie et donc d'entrer dans la vie éternelle, non pas pour désirer cesser de vivre, mais pour désirer de vivre éternellement avec Lui selon sa promesse, puisque nous sommes faits pour cela et qu'Il est venu nous sauver, pour nous permettre d'entrer, malgré nos péchés, dans cette vie éternelle. Je crois que tout désir de vie éternelle est profondément sain et si un chrétien ne désirait pas profondément, chaque jour, de connaître bientôt cette vie éternelle, c'est que sa foi serait peut-être un peu trop terrestre, un peu trop liée au temps et à sa propre histoire.
Et cependant, il ne faut pas désirer cette vie éternelle de façon idéaliste. Et c'est là où le Christ nous redit à nous aussi : tu es pressé d'entrer dans cette vie et tu as raison, Moi aussi je t'y attends et je t'ai même préparé une place, et je viendrai dans les circonstances que tu ne connais pas, t'appeler, pour qu'au moment de ta mort, tu puisses entrer dans cette vie éternelle. Mais Jésus nous redit aussi de rester chez nous, de retourner dans nos maisons, là où nous vivons, dans notre ville pour dire aux autres ce que le Christ a fait pour nous. Nous le savons, notre joie est destinée à atteindre sa perfection dans la vie éternelle, mais il y a déjà une perfection de notre joie spirituelle d'être convertis, d'être sauvés par le Christ, qui n'est pas simplement d'espérer cette vie éternelle, mais qui est la volonté de la partager, déjà, avec nos frères. Le Christ renvoie cet homme à l'évangélisation. "Malheur à moi, si je n'évangélise pas !" disait saint Paul. Malheur à moi si je n'annonce pas la Bonne Nouvelle que j'ai moi-même reçue au jour de ma propre conversion, au jour où le Christ m'a sorti de mon tombeau, au jour où le Christ m'a délivré de mes chaînes pour me faire entrer dans la lumière de son salut.
Alors, retenons simplement pour nous cette parole de Jésus : "Retourne chez toi, mais annonce aux autres ce que j'ai fait pour toi !" Et dans cette mission, dans cette évangélisation, quelles qu'en soient les formes peu importe, nous devons trouver là, déjà, une grande partie de cette joie que le Christ nous partagera. Cela me rappelle ce mot de Camus : "Il n'y a pas de honte à être heureux, mais il y a honte à être heureux tout seul !" Il n'y a pas de honte à être chrétien, mais il y a honte à être chrétien tout seul sans avoir ce désir de partager avec des frères cela même qui fait le trésor de notre vie.
AMEN