LE CHOIX DES DOUZE
Ba 4, 5-18 ; Lc 6, 12-19
(7 septembre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ous abordons aujourd'hui le choix des douze, ces douze qui doivent être particulièrement chers à notre cœur puisque c'est sur eux que s'édifie notre foi, que s'édifie l'Église. Pierre le premier des apôtres, la pierre sur laquelle Jésus a fondé son Église. André, le premier à avoir entendu l'appel du Christ et lui a demandé : "Où demeures-Tu?" et qui passa cette première nuit tout entière à écouter Jésus. Jacques le premier des apôtres à donner son sang pour l'évangile. Jean le disciple bien-aimé, l'évangéliste, celui qui nous a rapporté les mots mêmes jaillis du cœur de Jésus. Philippe, celui qui a dit : "Montre-nous le Père et cela nous suffit !" Barthélemy que la tradition identifie avec Nathanaël, celui dont Jésus a dit : "Voilà un vrai Israélite en qui il n'y a pas de ruse" et à qui Jésus a promis "qu'il verrait les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme comme sur l'échelle de Jacob". Matthieu le publicain le pécheur que Jésus a choisi pour annoncer l'évangile en langue hébraïque. Thomas qui ne voulait pas croire à la Résurrection du Christ, mais qui en touchant les plaies de son côté et de ses mains s'est écrié : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Jacques le fils d'Alphée que l'on identifie couramment avec Jacques le frère du Seigneur, le premier évêque de Jérusalem. Simon le Zélote dont nous ne savons rien d'autre sinon qu'il faisait partie de cette secte des Zélés qui dans leur enthousiasme auraient voulu d'une manière violente et brutale, par une révolution, chasser l'occupant romain, Jude, le fils de Jacques qui a écrit une épître que nous connaissons mal et qui est pourtant fort précieuse. Et puis Judas l'Iscariote, celui qui a livré le Seigneur.
Ces douze sont douze parce qu'il y a douze tribus d'Israël et parce que l'Église est l'Israël nouveau, l'Israël éternel, et que, à travers eux, nous nous enracinons dans le premier Israël, le peuple des enfants d'Abraham, ce peuple élu, choisi par Dieu pour être son témoin parmi toutes les nations. Et à travers les douze apôtres les douze tribus d'Israël, sont devenues les fondements de l'Église.
Ces douze, nous venons de l'entendre, sont jaillis de la prière même de Jésus : "Jésus s'en alla dans la montagne pour prier. Il passa toute la nuit dans la prière et au point du jour Il appela douze de ses disciples". Et le premier acte de ces douze associés avec Jésus, en redescendant de la montagne, de la prière même d'où ils sont sortis, c'est de venir vers cette foule nombreuse accourue pour entendre la parole de Jésus et pour être guérie de toute maladie, de toute langueur et de toutes les possessions du démon.
C'est bien la définition même de l'activité des apôtres : apporter la Parole de Dieu à ceux qui veulent l'entendre jusqu'aux extrémités de la terre, jusqu'aux extrémités du temps, puis guérir les hommes de toute maladie du corps ou du cœur. Les apôtres sont donc à la fois apôtres de la vérité, apôtres de la miséricorde, apôtres de la tendresse de Dieu qui se penche sur chacune de nos faiblesses, de nos pauvretés, apôtres de la lumière de Dieu qui vient illuminer notre cœur par la foi au mystère même du Père.
Le ministère des apôtres ne s'achève pas avec la vie terrestre de ces douze, il se continue tout au long de l'Église. C'est un des aspects essentiels de notre foi que cette permanence de l'apostolat des douze, à travers toute l'Église, plus particulièrement à travers les évêques et le Pape qui sont successeurs des apôtres, non pas seulement par une succession chronologique, mais parce que, en eux, réside le charisme même des apôtres, c'est-à-dire cette grâce particulière, fondamentale, radicale que Jésus a donnée à ces douze et qui n'est pas limitée à un temps seulement mais qui est valable pour tous les temps, pour toute l'Église et qui repose successivement dans tous ceux qui, papes ou évêques, occupent le siège, c'est-à-dire la fonction de Pierre et des autres qui l'accompagnaient dans ce choix de Jésus.
Enracinons notre foi, notre piété, notre ferveur dans cet apostolat des douze qui à travers le Pape et les évêques vient jusqu'à nous, chaque jour, aujourd'hui, et qui ne cesse d'être le fondement de notre foi comme aussi la source par laquelle se répand sur nous la miséricorde de Dieu. Rejoignons dans la prière Jésus Lui-même et les douze jaillis de cette prière de Jésus, afin que nous aussi, alimentes par la lumière même de Dieu, nous puissions, autour du Pape et des évêques, vivre cet apostolat de lumière et de miséricorde qui est celui de l'Église tout entière le nouvel Israël de Dieu.
AMEN