LE REPAS CHEZ LÉVI
Ba 3, 36-4,4 ; Lc 5, 29-39
(6 septembre 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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et épisode du repas chez Lévi et de la discussion qui s'ensuit fait partie d'un ensemble qui, dans les trois évangiles synoptiques, se retrouve au début du ministère de Jésus en Galilée sous la forme de petits débats, de petites controverses avec les autorités religieuses de la région. La controverse d'aujourd'hui sur le comportement des disciples de Jésus pourrait être un peu arbitrairement simplifiée en prétextant qu'à partir du moment où Jésus est là, il n'y a plus de rapport avec l'Ancienne Alliance. On pourrait penser que, avant Jésus on faisait comme cela, après Jésus on fait autrement, et que par conséquent, il y a une sorte de changement, un point c'est tout.
En réalité, le problème est un peu plus délicat et la manière dont Jésus répond est peut-être riche d'enseignements. On reproche aux disciples de Jésus de ne pas jeûner comme ceux de Jean-Baptiste ou ceux des pharisiens. Jésus répond par la parabole du vin nouveau mis dans de vieilles outres et par celle d'une pièce neuve cousue sur un vêtement ancien. En fait, Jésus demande simplement à ses interlocuteurs de ne pas réagir de la même façon en ce qui Le concerne et en ce qui concerne les pharisiens ou le Baptiste. Au fond, dans ce débat, Jésus dit tout simplement : si vous appliquez les mêmes critères aux observateurs de la Loi et à ceux qui me suivent maintenant, vous vous empêchez de comprendre ce que je suis venu faire. La Loi correspond à certains critères, la venue du Christ correspond à d'autres critères. Le vin vieux dans les vieilles outres, le vin nouveau dans les outres neuves. Ce que Jésus vient faire comme le vin nouveau, c'est transformer la condition même de l'homme, par conséquent les transpositions ne sont plus valables. Ce n'est pas simplement un changement, c'est une question de jugement. C'est le fait de savoir que, désormais, la Loi n'aura plus la même signification pour juger l'homme, c'est reconnaître que, désormais si l'on veut jeter un regard sur l'homme, on ne pourra plus le faire uniquement selon les critères de la Loi. Pourquoi ? Parce que le Christ apporte à l'homme une manière d'être qui se définit désormais radicalement en fonction de Lui, et cette manière d'être lui apporte la liberté même des fils.
En réalité, il n'y avait pas de manière plus radicale pour Jésus de marquer le temps nouveau qui était inauguré. Il voulait montrer que les disciples, à la limite pouvaient manger et boire sans aucun problème, parce que, précisément, la présence même du Christ transfigurait toute chose et faisait que les anciens critères, tout à coup, ne trouvaient plus le pouvoir de juger qu'ils avaient auparavant. Car désormais, le jugement n'appartient plus à la Loi comme telle, ce n'est plus la Loi qui peut façonner le comportement même de l'homme, mais c'est le Christ qui détient le jugement. C'est le Christ qui nous fait vivre dans cette condition nouvelle. Par conséquent, si nous voulons comprendre notre propre vie, nous devons la juger désormais à la lumière de la personne du Christ.
Vous voyez que cela qui s'adressait aux pharisiens ou aux disciples de Jean qui ne comprenaient pas exactement la transposition que le Christ venait faire, cela s'applique éminemment à nous aujourd'hui. Quels sont les critères de notre propre comportement, de notre propre jugement ? Est-ce que nous ne tendons pas, à tout moment, à faire une transposition avec ce que nous jugerions comme notre système de valeurs ou notre système de pensée, et à imaginer que normalement nos systèmes et nos critères doivent s'appliquer toujours à notre vie ou à notre comportement ? Alors qu'en réalité le problème est sans cesse celui d'une purification du jugement qui consiste à savoir que, de toute façon, sur le comportement chrétien, le seul critère de jugement ne sera jamais que la personne même de Jésus-Christ qui est venu sauver et libérer l'homme. Ceci exige de notre part une sorte de dépouillement de la pensée, d'ascèse dans le jugement. A ce moment-là, nos propres critères reviennent sans cesse et ils ne seraient peut-être pas aussi exigeants que ceux de la loi de Moïse, reprennent le dessus et nous empêchent de laisser vraiment notre comportement de disciples être illuminé par l'unique lumière qui doit se poser sur lui, c'est-à-dire l'amour de Dieu, révélé dans la personne du Christ.
Demandons au Seigneur de renouveler notre jugement, non pas dans une sorte de simple changement mais de trouver la transposition exacte de ce mystère de sa personne sur toute la réalité de notre vie.
AMEN