GUÉRISON DE DIX LÉPREUX
Ap 2, 18-29 ; Lc 17, 11-1
(5 novembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e récit de la guérison des dix lépreux manque de savoir-vivre. En effet il est bien évident que depuis tout petit, on nous a toujours appris que lorsqu'on nous donnait quelque chose ou qu'on nous faisait du bien, on nous posait la question : "Qu'est-ce qu'on dit ?" et à ce moment-là, on répondait "Merci !" Par conséquent, ces dix lépreux, s'ils avaient été bien élevés, auraient dû avoir spontanément cette bonne réaction. Mais je dirais que ce récit manque de savoir-vivre de la part de Jésus Lui-même, car je crois qu'Il ressemble un peu à ces curés grincheux qui disputent leurs paroissiens qui sont présents à la réunion pour ceux qui n'y sont pas venus, c'est-à-dire que Jésus se plaint amèrement auprès du samaritain de ce que les autres ne sont pas venus. Je crois que cette plainte nous met sur la piste pour comprendre ce récit par-delà simplement du simple respect des convenances sociales.
Ce qui est tout à fait typique, et je crois que c'est un des rares cas dans le Nouveau Testament, c'est qu'il s'agit de la guérison d'un peuple, c'est la guérison qui s'effectue aux confins de Juda et de la Samarie, et c'est la guérison de dix donc une véritable assemblée. Ce qui est extraordinaire, c'est que de ces deux peuples séparés, Juda et les samaritains qui se détestent, voici que le Seigneur, par l'acte même de la miséricorde accordée à ces lépreux, tout en les réintégrant dans une existence ordinaire (car la lèpre vous éliminait de la vie normale), Il les réintègre en en formant un seul peuple nouveau. Ce miracle n'est pas simplement un miracle collectif, mais c'est un miracle d'Église. Par ce miracle, Jésus constitue l'Église avec ces dix lépreux. Il les constitue peuple nouveau, purifié par l'amour et la miséricorde de Dieu, retrouvant le plein usage de leur corps, de leur être, de leur santé, mais en même temps leur donnant d'être ensemble sauvés, ensemble guéris.
Et c'est cela qui, si je puis dire, choque le Christ. C'est que si les lépreux sont ensemble sauvés, il faut qu'ensemble ils rendent grâce et gloire à Dieu pour ce qui s'est passé. Ce que le Christ attendait, c'était de créer avec ces dix lépreux, un peuple de louange, une Église de louange. Il les a guéris tous ensemble, et bien que, tous ensemble ils rendent gloire et grâce à Dieu, qu'ils soient l'Église jusqu'au bout et non pas individuellement comme un seul y a pensé. Le sens de cette purification collective, c'est de nous montrer que tout ce qui nous arrive a toujours une dimension non seulement personnelle mais aussi ecclésiale. Il n'y a rien dans notre vie personnelle qui, à un moment ou l'autre par le mystère même de la communion des Saints, ne doive affleurer en louange, dans l'Église, au milieu du peuple que Dieu a choisi, parce que nous sommes membres de son peuple et que, lorsque le Christ nous guérit, lorsque le Christ nous sauve, Il ne nous sauve pas chacun pour notre compte mais Il nous guérit et nous sauve pour nous faire vivre au milieu même du peuple : "Au milieu de la grande assemblée, Je Te rendrai grâce !" Voilà le sens propre de notre existence et la raison d'être de l'Église.
Puisque nous avons la chance et la grâce de pouvoir régulièrement, en Église, rendre grâce à Dieu par la participation au sacrement de l'eucharistie, demandons au Seigneur de réveiller en nous ce sens véritable qu'Il avait mis dans le cœur des lépreux mais auquel ils n'ont pas su répondre, ce sens véritable de notre appartenance à l'Église, non pas comme une sorte de collectivité dans laquelle tout le monde fait la même chose au pas cadencé, mais le sens véritable de l'Église comme communion. Si tous, nous avons été sauvés, cette grâce et ce salut qui nous est accordé à chacun rejaillit sur tous les autres et ce salut et cette grâce ne peuvent leur épanouissement et leur plénitude que s'ils sont manifestés, glorifiés et célébrés dans l'Église la grande assemblée.
AMEN