L'AMI IMPORTUN

Ct 6, 4-9 ; Lc 11, 1-13

(5 octobre 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

a parabole que saint Luc nous rapporte à la suite de l'enseignement de Jésus sur le Notre Père est, à mon avis, significative de l'attitude que nous devons avoir lorsque nous prions. En effet, vue de notre côté, et c'est l'aspect auquel nous pensons le plus souvent, la prière est la plupart du temps une demande. On pourrait dire que, d'une certaine manière, la demande, la supplication est l'aspect le plus profond et le plus instinctif de la prière. Quand on s'adresse à Dieu, c'est pour lui demander quelque chose. Mais ce qui est important, c'est que, dans le moment même où nous lui demandons quelque chose, il se passe de la part de Dieu, une sorte de transformation de son cœur qui est précisément expliquée par la parabole de l'ami importun.

En effet, le Christ nous dit que cet ami est allé, de nuit, frapper à la porte de son ami, en lui demandant de le dépanner pour un morceau de pain, puisqu'il venait lui-même d'accueillir des hôtes dans sa maison. Celui qui est ainsi importuné est déjà au lit, avec sa femme et ses enfants, et il ne finira par se déranger que parce que l'autre insiste beaucoup. Si l'on traduit exactement cela, cela veut dire que celui qui vient demander le pain, est dans le besoin et la nécessité parce qu'il ne sait pas comment faire pour accueillir ses hôtes. Le seul moyen qu'il a pour se faire entendre de son ami et recevoir du pain, c'est de-mettre cet ami dans un très grand embarras parce que sa nuit est compromise et que tant que l'importun ne sera pas parti il continuera à lui demander du pain, à le déranger et au besoin à réveiller toute la maison pour obtenir ce dont il a besoin.

Autrement dit, ce qui fait que celui qui est dans la maison exauce son ami qui vient frapper à la porte, c'est qu'au bout d'un moment il se trouve dans la même misère que le premier. Dans toute prière, il y a quelque chose de cela. A la racine de toute prière, il y a la compassion profonde de Dieu pour notre misère. Si Dieu ne voyait pas notre misère, si Dieu ne compatissait pas du plus profond de ses entrailles à nos demandes, toutes nos prières seraient vaines. Car la prière, autant qu'elle est une supplication pour implorer Dieu, pour lui demander de faire quelque chose pour nous cette prière ne peut être exaucée que parce que Dieu réalise, effectivement, voit effectivement au plus intime de ses entrailles de Père, la misère dans laquelle nous sommes plongés, la misère du fond de laquelle nous crions vers lui.

C'est pour cela que le Christ ne pouvait que Lui seul nous apprendre le Notre Père, Lui qui a connu cette misère et cette détresse d'être plongé au fond de l'abîme et de crier son abandon vers le Père. Dans toute prière, il y a la présence du mystère de la croix, la présence à la fois de la misère du monde, de la misère des hommes qui se dit, qui se proclame dans un grand cri d'espérance vers Dieu, mais il y a aussi toute la compassion de Dieu qui rend la réponse possible.

Alors, lorsque nous prions Dieu, lorsque nous Le supplions, sachons regarder non pas seulement notre propre misère, notre propre détresse, car cela généralement nous les voyons fort bien, mais pensons aussi, regardons et contemplons le mystère de la compassion de Dieu qui s'ouvre à nous, qui veut comprendre de l'intérieur notre propre misère, et parce qu'Il est au cœur même de cette misère, parce qu'Il a habité Lui-même dans la mort du Fils, maintenant, Il peut nous exaucer, et c'est de là que nous vient toute assurance.

 

AMEN