L'ENTOURAGE FÉMININ DE JÉSUS

Sg 11, 21-12,2 ; Lc 8, 1-3

(9 novembre 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

ette très brève notation, trois versets à peine, de l'évangile de saint Luc sur l'entourage féminin de Jésus est en réalité très importante pour comprendre le sens de la naissance de l'Église.

Tout d'abord un détail qui a son importance c'est que si l'on compare les documents évangéliques et le Nouveau Testament avec les documents religieux de leur époque, qu'ils soient dans le monde juif ou dans le monde païen, on sera étonné de la fréquente mention des femmes dans le déroulement du récit et des événements qui nous sont proposés. Il est certain que dans le Talmud les mentions concernant la femme sont proportionnellement beaucoup moindres, d'autant qu'il ne convenait pas qu'une femme suive les enseignements d'un rabbi, à plus forte raison n'était-il pas pensable qu'une femme ait mission d'enseigner, par conséquent on ne pouvait pas avoir dans les recueils des écrits des rabbins, des réflexions directes de femmes qui se seraient exprimées dans les assemblées ou dans les synagogues ou dans les réunions d'étude de la Parole de Dieu. De ce point de vue-là, il faut l'affirmer clairement, l'évangile tranche sur les autres documents contemporains du Christ.

C'est pourquoi, lorsque parfois on dit que, dans l'évangile, le ministère sacerdotal n'est pas accordé aux femmes pour des raisons de convenances sociales dues à l'époque, cela est entièrement faux. Historiquement cela ne tient pas. Le Christ a voulu être entouré d'un groupe d'apôtres et aussi d'un groupe de femmes. En ceci, Il brisait volontairement et délibérément avec les coutumes de l'époque. Et s'il avait fallu que le Christ dise à certaines de ces femmes de son entourage d'être du nombre des apôtres, Il l'aurait fait, indépendamment des coutumes sociales. Cette manière d'envisager les réactions ou les jugements du Christ, uniquement en fonction du milieu culturel, comme s'Il n'avait pas eu une humanité suffisamment épanouie pour transcender un certain nombre de ces conditionnements culturels, est tout à fait curieuse et tout à fait récente.

Mais je ne voudrais pas que nous méditions sur les problèmes des comportement sociologiques du Christ dans l'admission des femmes à l'intérieur de ce groupe qui Le suivait dans sa prédication. Il ne semble que, dans cet évangile, il y a une sorte de réflexion extrêmement profonde sur la naissance de l'Église, car à partir même du moment où le Christ est incarné, il y a Église et cette Église qui le reçoit, c'est la vierge Marie. C'est un des sens de la fête du huit septembre à partir du moment où le Verbe se fait chair, dès le premier moment de sa conception, Il vit dans l'Église, cette Église étant la chair, la personne de la Mère de Dieu, la vierge Marie. Et cette présence féminine, qui est le signe même de l'Église, à travers toute son histoire, se développera précisément au moment du ministère public de Jésus. Et c'est pourquoi saint Luc qui est un évangéliste extrêmement attentif à tous les signes de la présence de l'Église autour du Christ, note la présence de ces trois femmes.

Pour qu'il y ait l'Église, il faut trois éléments. Il faut qu'il y ait le Verbe de Dieu, la Parole qui est donnée, une parole qui n'est pas simplement des mots mais la chair même de Dieu. Ensuite il faut qu'il y ait des ministres, et ces ministres ce sont les apôtres. C'est pourquoi les hommes qui sont désignés autour du Christ à ce moment-là, sont nommés les douze. Ils sont nommés dans leur fonction d'envoyés, de missionnaires. Dans cet évangile, les hommes ne sont pas mentionnés parce qu'ils sont hommes, mais parce qu'ils sont envoyés. Leur masculinité n'a d'importance que dans la mesure où elle est soumise à la mission que le Christ leur a confiée. Tandis que les femmes qui sont présentes autour du Christ sont nommées précisément parce qu'elles sont femmes, ce qui est leur faire beaucoup plus d'honneur qu'aux hommes. Et on les mentionne sous deux aspects. D'une part parce qu'elles ont été guéries et exorcisées du démon (On pourrait croire que d'une certaine manière, c'est un trait de polémique de la part de saint Luc, mais il n'en est rien !). C'est parce que le mystère de l'Église est le mystère d'une guérison. On le précise à propos de ces trois femmes, surtout de Marie-Madeleine dont le Christ avait chassé sept démon parce qu'elle est l'image de l'Église guérie par la présence de son Seigneur, tout comme la vierge Marie est l'image de l'Église sauvée, resplendissante de la gloire de Dieu qui l'épouse. Il y a pour ainsi dire entre Marie-Madeleine et Marie Mère du Christ tout l'itinéraire personnel de chacun d'entre nous. Nous commençons dans le péché, nous sommes lavés du péché par le baptême et nous découvrons le mystère de l'amour qui nous sauve.

On dit aussi une autre chose : que ces femmes assistaient de leurs biens Jésus et ses disciples. Cette marque de la générosité qui se traduit par l'assistance est le fait de la charité, comme accueil de Dieu, accueil du Christ et accueil des disciples. L'Église est une communauté de charité, une communauté d'accueil pour tout homme. Et c'est précisément cela que signifient ces femmes par l'assistance même qu'elles apportent à Jésus et au groupe des disciples.

Ainsi donc, on peut dire que même si elles ne sont que trois nommées et quelques autres, c'est-à-dire que même si, apparemment, elles sont moins importantes du point de vue nombre que les Douze apôtres. Elles ont comme fonction de symboliser de la façon la plus réelle, puisqu'elles sont là présentes autour du Christ, la naissance de l'Église, l'Église rassemblée autour de ses ministres et symbolisée par cette présence féminine autour de Jésus qui elle-même montre l'action du Verbe de Dieu au cœur du peuple de Dieu à travers deux choses : la guérison, le pardon des péchés, c'est-à-dire le fait de sortir l'humanité de son péché et ensuite le fait de manifester la grâce de la charité, de l'amour et de l'accueil fraternel. Et ceci correspond au sens profond de la féminité, telle qu'elle a été voulue dans le plan créateur de Dieu : la femme à l'intérieur de l'humanité et à l'intérieur de la communauté chrétienne a comme rôle, dans sa féminité de manifester cet accueil de la grâce de Dieu. Elle est l'image par excellence de l'humanité et de l'Église qui est l'épouse du Christ. Chacun d'entre nous porte en lui ce principe d'avoir besoin d'accueillir, de recevoir en soi, d'être pour ainsi dire fécondé par la présence du Verbe de Dieu en nous, pour que cela porte fruit et un fruit qui demeure.

Prions, par l'intercession de ces saintes femmes, pour que l'Église d'aujourd'hui réalise en vérité, non seulement à travers les femmes, mais aussi à travers les hommes dans la mesure où, eux aussi, font partie de cette humanité qui doit être épousée par Dieu, pour qu'elle réalise cette véritable vocation de féminité, c'est-à-dire d'accueil de la présence du Christ, d'accueil de la présence gratuite et gracieuse de Dieu.

 

AMEN