JÉSUS A LA SYNAGOGUE DE NAZARETH

Sg 5, 14-16 ; Lc 4, 14-30

(30 août 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

e texte de ce jour nous rapporte la venue de Jésus à la synagogue de Nazareth. Il y fait la lecture du prophète Isaïe qui annonce la venue du Messie, le Messie qui guérira les malades et qui annoncera la bonne nouvelle aux pauvres, puis "ayant fermé le livre, Il proclame : "Aujourd'hui cette parole s'accomplit à vos oreilles !" autrement dit : aujourd'hui le Messie est parmi vous, parmi vous se trouve celui qui doit annoncer la bonne nouvelle aux pauvres et guérir ceux qui ont le cœur et le corps malade.

Or, devant cette proclamation de sa propre messianité tous les gens qui se trouvaient dans la Synagogue étaient dans l'émerveillement, dans l'admiration à cause des paroles pleines de grâce qui sortaient de la bouche du Christ. Ce n'est donc pas cette affirmation messianique qui a choqué les compatriotes de Jésus. Mais, après, repassant dans leur esprit ce qu'ils viennent d'entendre, ils disent : "N'est-ce pas là le fils de Joseph, le fils du charpentier ?" Et devant cette réflexion, somme toute anodine, Jésus semble prendre les choses assez mal puisqu'Il a l'air de porter aussitôt la contradiction et de pousser ses auditeurs dans leurs retranchements en leur disant : "Je sais bien ce que vous êtes en train de penser : "Médecin, guéris-toi toi-même, Pourquoi ne fais-tu pas ici tous les miracles que tu as fait à Capharnaüm ?" et, soit dit entre parenthèses les miracles de Capharnaüm n'ont pas encore été racontés dans l'évangile de saint Luc. Alors, les habitants de Nazareth, choqués par les paroles de Jésus qui semble dire que "aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie", les habitants veulent déjà le conduire hors de la ville jusqu'à un escarpement pour le tuer.

Nous avons là je crois volontairement sous la plume de Saint Luc, dès le départ de l'évangile, une sorte de résumé de tout le drame qui se passera, et peut-être a-t-il joint deux ou plusieurs visites différentes de Jésus à sa patrie en un seul récit pour donner ainsi en exergue tout l'ensemble de l'évangile. Car, en effet, tout le drame de l'évangile c'est que Jésus vient comme le Messie promis à son peuple, mais que son peuple ne le reçoit pas parce qu'il ne comprend pas qu'un homme issu de la race d'Israël, un homme qui est leur semblable, que quelqu'un qui est né parmi eux, dont ils ont connu la famille, donc quelqu'un qui est vraiment un homme, puisse être en même temps ce Messie envoyé par Dieu, puisse être en même temps celui qui révèle les secrets de Dieu puisse être en même temps, car c'est cela le fin mot de l'évangile, Dieu Lui-même venu sur la terre. C'est ce mystère de l'Incarnation dans ce qu'il a de plus troublant puisque celui qui se dit le Messie et qui se dira bientôt le Fils de Dieu, c'est leur proche, leur immédiat, leur frère, c'est devant ce mystère de l'Incarnation que les juifs reculeront et refuseront de franchir ce pas. Et alors Jésus sera obligé d'aller annoncer la bonne nouvelle, non plus à ce peuple qui était préparé et qui aurait dû en être le premier bénéficiaire et ensuite la répercuter. Et Jésus devra aller aux païens et c'est ce qu'Il dit déjà : "Au temps du prophète Élie, il y avait beaucoup de veuves en Israël et c'est pourtant à une veuve de Sarepta, près de Sidon, à une étrangère que le prophète Élie a été envoyé pour lui apporter de quoi se nourrir. Et de même, au temps du prophète Elisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël et pourtant c'est un étranger, Naaman, le général syrien qui a été guéri par le prophète."

Autrement dit, ce n'est pas le peuple juif seul qui est bénéficiaire des promesses, mais aussi les étrangers, les nations. Tous les peuples sont appelés et le rôle du peuple juif était, précisément, d'être le ferment de cette prédication, d'être autour du Messie, un peuple messianique qui aurait annoncé, qui aurait démultiplié la parole du Messie pour annoncer la bonne nouvelle à toutes les nations. Mais si le peuple juif ne le veut pas, alors nous voyons déjà se dessiner ce que Saint Paul réalisera c'est-à-dire se détourner de ceux qui ne veulent pas entendre pour aller vers les païens qui, eux, accepteront le Royaume.

Donc, cette page un petit peu synthétique et à certains moments maladroite dans son enchaînement, nous révèle l'essentiel de tout le développement, de tout le déroulement de la mission de Jésus, sa mission auprès de ses frère, de son peuple d'Israël, leur refus, leur volonté de le tuer et, en conséquence, la volonté de Jésus d'annoncer directement par Lui-même ou par ses disciples l'évangile aux païens.

Je vous ferai enfin remarquer que, dans cette première page ou presque de l'évangile de saint Luc puisqu'elle succède immédiatement aux récits de l'enfance et au tout début de son ministère, en tête se trouve l'Esprit Saint qui est un des thèmes majeurs de l'évangile de saint Luc. Il nous est dit, en effet, que c'est l'Esprit qui conduit Jésus en Galilée, qui le conduit jusqu'à Nazareth comme Il l'avait déjà conduit au désert pour lutter contre le diable et être victorieux de la tentation. Cette présence permanente de l'Esprit Saint est une des caractéristiques de l'évangile de saint Luc. Nous le retrouverons régulièrement tout au long de ces épisodes que nous racontera l'évangéliste, car l'Esprit est comme au cœur de la mission du Christ. C'est Lui qui l'anime, c'est Lui qui l'inspire, c'est Lui qui le guide et le conduit.

Que cette lecture de l'évangile, chaque année renouvelée, nous approfondisse toujours dans notre foi et notre action de grâces. Nous sommes les héritiers de ces païens vers qui est allé l'évangile, et rendons grâce à Dieu puisque l'Esprit Saint nous a donné de participer au Royaume.

 

AMEN