QUAND VOUS VERREZ CELA REDRESSEZ-VOUS !

Ap 10, 8-11 ; Lc 21, 20-36

(15 novembre 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

 

ous continuons la lecture de la prophétie apocalyptique du Christ et dans ce passage de saint Luc deux choses sont à remarquer.

La première c'est que Jésus commence par parler d'un évènement prochain, la destruction de Jérusalem qui se produisit effectivement en l'an 70 de notre ère, donc une quarantaine d'années après les paroles du Christ. Et cette destruction de Jérusalem amène comme insensiblement Jésus à parler de son retour de la fin du monde, de ces cataclysmes et ces frayeurs qui tomberont sur toutes les nations de la terre. C'est dire que, dans un raccourci prophétique, Jésus voit dans cet évènement particulièrement important pour le peuple juif, pour le peuple dont Jésus faisait partie, un signe avant-coureur, le premier acte d'une tragédie qui va se dérouler tout au long de l'histoire et qui va, de guerre en guerre, de catastrophe en catastrophe, de ruine en ruine se prolonger jusqu'à l'épuisement complet du monde.

C'est dire qu'il serait vain de faire des supputations chronologiques et sous prétexte que la destruction de Jérusalem a eu lieu en 70, de croire que le reste allait s'enchaîner coup sur coup et la fin du monde venir. En réalité, il s'agit d'un déroulement qui envahit toute l'histoire du monde et qui est ce déchaînement du mal et du péché, ce déchaînement de la haine de Satan qui dresse les hommes les uns contre les autres dans la violence, dans les guerres, dans l'égoïsme individuel, collectif, qui érige partout la force et le mal en principe. Et cela nous le vivons aujourd'hui comme l'a vécu le peuple juif au premier siècle de notre ère. C'est la même chose qui se passe. C'est toujours ce même déchaînement qui, d'empire en empire, de nation en nation et de guerre en guerre va s'accumulant et accumulant les ruines, accumulant les maux, les souffrances des hommes, accumulant le péché. Et ainsi, comme une boule de neige lors d'une avalanche, grossit ce péché du monde qui s'origine au début de l'humanité, qui atteint en quelque sorte son centre et son axe quand l'humanité rejette son Sauveur en le crucifiant et qui ensuite, ne cesse d'envahir tous les recoins de notre histoire. C'est le premier aspect de ces paroles de Jésus, cette sorte de continuité dans le mal, cette ligne directrice qui, de génération en génération fait s'accumuler le péché des hommes.

La deuxième chose que nous devons remarquer dans ces paroles de Jésus, c'est que, au milieu de toute cette annonce de cataclysmes, ce sont des paroles d'espérance. L'essentiel c'est que Jésus dit : "Quand vous verrez cela, redressez-vous et relevez la tête !" Le Christ ne nous dit pas : "Allez vous cacher au fond d'un terrier. Fuyez devant les cataclysmes". Il dit : "Redressez-vous ! Relevez la tête !" Pourquoi ? "Parce que votre délivrance est proche." Plus le mal se déchaîne, plus la délivrance est proche. C'est la promesse du Christ. Le Royaume de Dieu est là. Vous ne devez pas vous laisser aller mais vous tenir prêts pour voir le Christ, au moment où il viendra.

Ceci est capital. Nous devons savoir que, quoi qu'il arrive et quelles que soient les épreuves ou les persécutions ou les guerres ou les terreurs qui s'abattent sur l'humanité, le Christ est déjà vainqueur et notre délivrance ne peut pas faire l'ombre d'un doute. Nous sommes déjà délivrés par la croix et la Résurrection du Christ et cette délivrance est certaine. Nous ne serons pas abandonnés, nous sommes aimés. Dans l'Apocalypse, le Christ dit : "Je vous aime ! Oui, Je suis celui qui vous aime ! et par conséquent vous devez vous appuyer sur cet amour pour tenir debout au milieu des épreuves, quelles qu'elles soient".

C'est cela le propre du chrétien. Non pas d'être privilégié parce qu'il n'aurait pas à subir les épreuves. Nous sommes solidaires de cette humanité qui, à cause de son péché, se trouve enfouie dans le mal et dans la souffrance et nous partageons ce mal et cette souffrance de l'humanité. Mais nous savons que nous sommes sauvés, nous savons que le Christ est proche, nous savons qu'Il est là, tout près, à notre porte. C'est donc cette espérance qui doit être la caractéristique du chrétien. Et de fait, des vrais chrétiens, nous pouvons en voir de nos jours qui dans certains pays sont écrasés, sont persécutés, redressent la tête, et la joie qu'il y a sur leur visage au moment même où ils sont en butte à toutes sortes d'épreuves, de privations et de persécutions ou de tortures, la joie de leur visage est le vrai témoignage de leur foi. Cela manifeste qu'il y a quelque chose de plus grand que le déchaînement du mal et que ce quelque chose, qui est la présence vivante du Christ, est déjà vainqueur du mal, plus fort que le mal puisque la joie peut dominer au moment même où l'on est écrasé.

 

AMEN