LA FIN DES TEMPS
Ap 6, 1-8 ; Lc 17, 20-37
(14 novembre 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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a vérité la plus essentielle de notre espérance c'est que Dieu épousera un jour définitivement notre histoire d'homme. C'est cela la fin des temps, c'est quand Dieu aura véritablement réalisé l'intimité, cette intimité la plus profonde du créateur avec sa créature, qu'il l'aura réalisée et qu'il l'accomplira en plénitude.
La plupart du temps, nous sommes comme ces pharisiens qui demandent : "Quand viendra le Royaume et comment l'observerons-nous ?" Et la seule chose que le Christ dit c'est que le Royaume ne se laisse pas observer. Nous ne sommes pas extérieurs à la venue du Royaume. La plupart du temps, par une sorte de réflexe, nous croyons que le Royaume, la venue du Messie, ce que nous appelons parfois le retour glorieux du Christ, c'est d'abord comme une sorte d'ébranlement du monde entier, mais un ébranlement qui nous est extérieur. Nous serions là-dedans comme des spectateurs terrifiés devant un film d'épouvante. La plupart du temps, on croit que l'Apocalypse c'est une sorte de film d'épouvante, Frankenstein ou quelque chose comme cela.
Tout ce que le Christ a voulu nous dire, c'est le contraire. Nous ne serons pas spectateurs de la fin du monde. Nous en serons les acteurs. Pourquoi ? Parce que c'est le moment où Dieu se joindra à nous d'une manière que nous ne pouvions pas encore soupçonner. Et parce qu'il se joint à nous, nous ne serons plus extérieurs. Qui peut être extérieur à Dieu ? Et à qui Dieu est-il extérieur ? Très souvent nous pressentons quelque chose de la fin du monde dans des moments d'un grand bonheur. En effet, ce qui se passe dans notre expérience c'est que nous sommes toujours un petit peu extérieur à nous-mêmes. Nous courons après telle ou telle chose, après tel ou tel but, après tel ou tel accomplissement de nous-mêmes. Mais nous le vivons précisément en espérant, c'est-à-dire, dans une sorte de rupture avec nous-mêmes. Nous sommes toujours au-delà de nous-mêmes. Et c'est un peu lourd à porter à certains moments, car nous avons l'impression que nous sommes loin de nous-mêmes.
Et, mystérieusement, par grâce, nous sont donnés certains moments où il y a une sorte de plénitude, de vrai bonheur, non pas une sorte de satisfaction de soi-même, qui est d'ailleurs tout à fait illusoire, mais le sentiment que quelque chose remplit vraiment et comble vraiment notre existence. Cela Dieu seul peut nous le donner. Je pense que la fin des temps c'est ce moment, mais "en clair", définitif, absolu. C'est le moment où l'éternité de Dieu vient vraiment dans le temps humain et le saisit définitivement, le remplit absolument. Et alors, effectivement, à ce moment-là va se produire cette coïncidence de tout notre être avec le désir de Dieu sur nous, cette coïncidence de tout notre désir avec l'infini de l'amour qui sera répandu en plénitude parce que Dieu "sera tout en tous". Et alors, effectivement, c'est là que se révéleront les cœurs. "Deux personnes seront en train de moudre, l'une sera prise, l'autre sera laissée". Pourquoi ? Parce que dans le cœur de l'un, il était tout appel, tout désir, toute attente, tandis que l'autre n'attendait rien. C'est cela le sens même de la fin du monde.
C'est cet accomplissement que Dieu donne, et la plupart du temps, notre erreur c'est d'attendre la fin du monde de l'extérieur. Mais le Christ nous le dit : "Le Royaume de Dieu est parmi vous, au milieu de vous" au sens le plus fort du terme, au cœur même de chacun d'entre nous. La venue de Dieu, elle s'accomplit maintenant. C'est vrai qu'il n'y a pas d'autre moment que l'instant présent dans lequel Dieu nous rejoint. Et précisément notre vie, notre cœur, notre existence n'ont de sens que dans cette succession d'instants dans lesquels Dieu déverse la plénitude de son éternité.
Alors, qu'en ces temps liturgiques qui achèvent l'année, en ce temps où nous méditons sur la fin des temps, nous vivions vraiment ce temps comme "la fin" c'est-à-dire l'accomplissement, le moment où Dieu, sans cesse, vient épouser notre être et vient lui donner toute sa plénitude parce qu'il se fait intime à notre temps. Et qu'à travers cette intimité de Dieu, notre désir se fasse plus grand pour l'accueillir, Lui, et Lui seul.
AMEN