JÉSUS PLEURE SUR JÉRUSALEM

Ap 5, 1-10 ; Lc 19, 41-4

(12 novembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jérusalem vue depuis la citadelle de David

L

 

'évangile nous rapporte que Jésus pleura en deux occasions. La première nous est assez familière, c'est l'évangile de la Résurrection de Lazare. Jésus aimait Lazare et lorsqu'il s'approche du tombeau, il est saisi par la douleur de la mort et il pelure sur son ami. L'autre moment où Jésus pleure c'est précisément l'épisode que nous venons d'entendre maintenant, où Jésus pleure sur Jérusalem.

Nous, chrétiens, nous avons souvent, vis-à-vis du comportement du Christ, une appréciation assez fausse. Nous pensons que le Christ est venu fonder une religion, la religion chrétienne, et que, après tout, la disparition de Jérusalem était un petit peu dans l'ordre des choses. A partir du moment où le Christ avait fondé sa propre religion il était normal que le judaïsme trouve le symbole de sa mission accomplie dans la destruction de Jérusalem. Pour nous, il paraît normal que le Christ meure et ressuscite et que, comme on l'a interprété parfois comme un châtiment, Jérusalem soit détruite. En réalité, il n'en est rien car le Christ pleure quand il voit prophétiquement la destruction de Jérusalem. Le Christ a aimé profondément Jérusalem, non pas simplement de cet amour humain, de cet attachement que nous avons pour certaines villes. Vous l'avez tous éprouvé, une fois ou l'autre dans votre vie, au hasard d'un voyage ou d'une excursion touristique, il y a des villes pour lesquelles on a le coup de foudre. Tout d'un coup, on trouve que c'est extraordinaire, qu'elle porte en elle une sorte d'esprit, d'âme qui fait qu'on s'attache à elle et qu'on voudrait y vivre toujours. Pour le Christ, ce n'est pas simplement une sorte de coup de cœur pour Jérusalem.

C'est parce que Jérusalem est véritablement la ville messianique. C'est là que David a reçu la royauté. C'est là que les Pères ont attendu la venue du Messie. Jérusalem a été dévastée une première fois, mais Dieu a voulu qu'elle soit rebâtie, après l'exil à Babylone. Et lorsque le Christ vient, il suivra la règle de ses pères et il montera, année après année, en pèlerinage à Jérusalem, en chantant les psaumes des montées : "Jérusalem, bâtie comme une ville où tout ensemble fait corps. C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur pour célébrer le Nom du Seigneur." Jérusalem c'est le projet même de Dieu, c'est le cœur même de Dieu. C'est la figure de l'Église, non pas au sens de quelque chose qui doit passer, mais Dieu aurait vraiment rassemblé ses enfants à Jérusalem. Ce que, souvent, nous ne comprenons pas, c'est que Jésus ne venait pas abolir la Loi. Il ne venait pas abolir Jérusalem. Il avait envie que Jérusalem soit véritablement le lieu dans lequel il rassemble tous ses enfants. Et c'est par dépit qu'il a choisi Rome, parce que Rome, dans le nouveau Testament c'est Babel, c'est le mélange de tout, du meilleur et de la racaille. Babel c'est le lieu du mélange, c'est le lieu de la violence et c'est comme une sorte de défi au monde que Dieu a posé, en faisant de Rome le lieu du martyre de Pierre et de Paul. Mais je crois que dans le projet originel de Dieu c'était que Jérusalem soit le lieu de la construction même de l'Église et qu'il n'y ait pas les deux peuples, comme nous le voyons actuellement, mais qu'il n'y ait qu'un seul peuple, l'olivier franc, Israël, sur lequel venaient se greffer comme autant de rameaux les nations qui étaient les oliviers sauvages, les greffons d'oliviers sauvages qui devaient être greffés sur l'olivier franc. C'est cela le mystère d'Israël. C'est le mystère des larmes du Christ qui pleure sur Jérusalem parce qu'il ne comprend pas que Jérusalem n'accepte pas le message de paix.

Qu'en ce jour, notre prière se fasse plus intense pour ce peuple qui, de nos jours, à sa manière, peut-être dans une promesse messianique, peut-être pas, a voulu rebâtir Jérusalem. Ceci il ne nous appartient pas de le juger, mais ce que nous savons, c'est que si le Christ a pleuré sur Jérusalem c'est que cette ville comme lieu de rassemblement garde encore dans le cœur de Dieu une signification extrêmement profonde. Ce n'est pas un hasard si, dans l'Apocalypse, l'état final du rassemblement du peuple de Dieu, c'est encore une Jérusalem, une Jérusalem céleste pour montrer que mystérieusement, même si le peuple, au jour de sa visite, n'a pas accueilli le message de paix, Dieu qui est tenace, Dieu qui est têtu, réalisera une Jérusalem céleste. Nous ne savons quelle figure elle aura. Nous n'en avons que quelques traits évoqués à travers l'Apocalypse, mais ce que nous savons, c'est qu'elle sera véritablement la cité de paix.

 

AMEN