LA FEMME COURBÉE
Ap 3, 14-23 ; Lc 13, 10-17
(5 novembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Redresse-toi !
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e miracle dont nous venons d'entendre le récit a, en plus de sa valeur historique, une signification symbolique car se redresser c'est la même chose que ressusciter, c'est se relever dans la vie. Et cette femme courbée est l'image de l'humanité ployée sous le poids de son péché, écrasée par le fardeau du mal, cette humanité dont saint Jean, dans l'Apocalypse, disait qu'elle était aveugle, nue, que son péché l'avait dépouillée de toute vitalité, de toute vigueur, qu'elle était tiède, cette humanité dans laquelle nous nous reconnaissons, humanité pécheresse, humanité que Jésus est venu sauver. Et de même que Jésus a redressé cette femme qui était courbée, de même il redresse son Église, il redresse l'humanité pécheresse pour en faire l'Église qui participe à sa Résurrection.
Si ce miracle, comme souvent dans l'évangile, a lieu un jour de sabbat, ce qui se comprend puisque c'est ce jour-là que les juifs se réunissent à la synagogue et donc que Jésus entrait spontanément en contact avec la foule et avec les malades, si Jésus accomplit ce miracle le jour du sabbat, c'est pour manifester que le repos de Dieu n'est pas un repos passif, n'est pas une sorte d'abandon et d'interruption de sa vie, mais que ce repos est au contraire le ressourcement permanent de toute vie dans la vitalité de Dieu, dans le dynamisme vital de Dieu. Jésus, le jour du sabbat, communique du fond de sa vie divine, communique la Résurrection à cette femme courbée qu'est l'Église, qu'est notre humanité marquée par le péché. C'est Dieu, ayant achevé la première création qui inaugure, par le Christ Jésus et dans les miracles qu'il accomplit, inaugure une création nouvelle, une création dans laquelle toutes choses sont remises debout.
Et dans l'Apocalypse il est dit que, par cette action vivifiante, cette action qui nous ressuscite, Il nous revêt d'un vêtement blanc. Le vêtement blanc, c'est la couleur de la Résurrection, c'est la couleur des anges du matin de Pâques, c'est la couleur de la lumière. Non seulement Jésus nous revêt de ce vêtement blanc, de ce vêtement de lumière qui est celui de sa gloire, mais il nous ouvre les yeux : "Viens chez moi et je te donnerai un collyre pour que tu retrouves la vue !" Il ouvre les yeux de notre cœur, les yeux de la foi qui nous permettent d'aller vers Lui en toute confiance et assurance et de pas nous trouver ainsi détournés. Il nous promet aussi de nous faire asseoir avec Lui sur le trône de son Père et de nous faire participer à sa vie divine à sa gloire divine. Cette participation, l'Apocalypse nous la manifeste d'une manière particulièrement profonde et qui nous touche intensément puisque le Christ nous dit que ce sera un repas. Un repas qu'il prendra avec nous, un repas dans lequel Il entrera chez nous "pour souper, Lui près de nous et nous près de Lui". Et, vous le savez, ce repas est déjà commencé. Dès maintenant le Christ vient chez nous. Il entre, non seulement dans notre maison, mais dans notre propre cœur. Il entre dans notre propre vie. Le Christ vient au fond de notre être par l'eucharistie pour partager avec nous ce repas, pour à la fois être notre nourriture et être aussi Celui qui nous invite, qui est à table avec nous, Celui qui nous attire à sa table, Celui qui est notre commensal. Le Christ nous fait partager l'intimité de sa douceur, de sa présence et c'est ainsi que, d'eucharistie en eucharistie, se prépare ce festin messianique qui sera à la fois le rassemblement de toutes les foules, de l'humanité tout entière et aussi, pour chacun de nous, ce tête à tête intime et profond dans lequel, seul avec le Christ, nous pourrons lui parler face à face "comme un ami parle avec son ami".
Nous qui sommes courbés sous le poids du péché, nous qui sommes si souvent des êtres tièdes et médiocres, que l'espérance nous redresse, que la foi en Jésus-Christ nous ouvre les yeux, que sa Résurrection agisse en nous, que l'eucharistie nous fasse entrer dans son intimité.
AMEN