GUÉRISON UN JOUR DE SABBAT

Ga 3, 1-5 ; Lc 13, 10-17

(22 octobre 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Capharnaüm : Synagogue-La Menorah

C

 

'est donc dans un contexte très officiel qu'a lieu cette guérison, puisque c'est un jour de sabbat et que le sabbat est une grande fête, et en plus dans la synagogue qui est le lieu le plus officiel dans le village, celui qui représente le temple de Jérusalem. C'est donc là que le Christ fait cette guérison. Ce contexte de lieu et de temps de fête souligne probablement l'importance de cette guérison mais aussi que le geste que Jésus va faire de façon très officielle à Israël, au peuple de Dieu, dans ce qu'il a de plus essentiel, de plus nécessaire et de plus définitif. Cette femme courbée est possédée d'un esprit mauvais depuis de très longues années. Le Christ va la délier de cet esprit mauvais et aussitôt, elle va glorifier Dieu. Et cette guérison va provoquer beaucoup d'émerveillement, de joie et d'action de grâces, dans la foule qui est là. Cette femme courbée, c'est Israël qui depuis longtemps est courbé par un démon. Et ce démon, c'est une inintelligence de la Loi. Israël a mis la charrue avant les bœufs. Israël a mis la Loi avant la vie, a mis le règlement avant Dieu. Israël s'est ainsi courbé sur lui-même et a cessé de chercher le vrai visage de Dieu, pour se retirer dans le ronronnement d'un peuple assouvi, d'un peuple assis dans l'accomplissement de la Loi, et pensant, de plus, que cet accomplissement de la Loi va le sauver.

Or, c'est de notoriété publique, la Loi ne sauve pas, et les règlements non plus, surtout lorsqu'ils passent avant la vie dont ils doivent être pédagogues et serviteurs et rien que cela.

Le Christ est revenu pour redresser, pour redresser Israël, cette femme courbée par ce démon de l'inintelligence de la Loi. Et c'est sa prédication, c'est-à-dire sa personne d'abord, sa Parole et ses gestes qui vont accomplir ce redressement. Et ce redressement ne va pas se faire contre la Loi, mais va être l'accomplissement de la Loi et des prophètes puisque Amos avait annoncé que le Messie viendrait pour redresser la tente du roi David. Ce n'est donc pas enfreindre la Loi que de guérir le jour du sabbat. Ce n'est pas un travail que de guérir, ou alors c'est comprendre le travail de façon purement légale, mais cela ne présente pas grand intérêt, ni au temps de Jésus, ni pour nous de nos jours. Le Christ vient guérir. Il explique Lui-même qu'il vient délier pour faire vivre. De même que n'importe quel citoyen d'Israël délie son âne ou son bœuf pour le mener à boire, de même le Christ, même le jour du sabbat, vient délier Israël de son péché pour le mener à la source d'eau vive qu'Il est Lui-même. C'est cela le sens de cette image du bœuf et de l'âne qu'on délie même le jour du sabbat. Et cela, Israël, dans ses notables dans ses chefs de la synagogue ne l'ont pas compris. C'est eux, en définitive, qui feront obstacle, de façon la plus forte, à cette installation du Royaume de Dieu, à cette présence du Christ comme accomplissant la Loi, non pas comme la supprimant, mais comme lui redonnant son véritable sens, la remettant à sa véritable place, c'est-à-dire d'être seconde, la vie, le salut, la santé, la guérison étant premiers.

De toute façon, aucun homme, fût-il chef de la synagogue, ne peut empêcher le Christ d'accomplir son oeuvre, de guérir le jour du sabbat, de venir redresser le peuple d'Israël et d'entraîner ce peuple et cette foule dans l'action de grâces vers Dieu, car c'est pour cela qu'Il est venu. Cette femme courbée est déjà le signe de l'Église redressée de son péché, pour rendre gloire à Dieu et être, pour le monde, cause d'émerveillement et d'action de grâces.

 

AMEN