JÉSUS ET LES FEMMES
Jb 10,01-22 ; Lc 8, 1-3
(22 septembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es quelques versets de l'évangile de saint Luc nous montrent que Jésus n'était pas seulement accompagné de ses douze apôtres, mais qu'il y avait aussi, parmi ceux qui étaient constamment proches de Lui, plusieurs femmes dont quelques unes sont nommément citées, et elles appartenaient à des milieux très divers puisqu'il avait même la femme de l'intendant du roi Hérode.
C'est un des passages, il y en a d'autres assez nombreux, qui nous montre l'importance du rôle que jouent les femmes, dans l'évangile, autour du Christ. C'est une simplification et une injustice que de dire que la religion chrétienne privilégié, de façon exclusive, le sexe masculin, au détriment des femmes. Cela se dit ici et là mais ce n'est pas exact. Non seulement nous connaissons le rôle capital, essentiel, fondamental joué par la vierge Marie dans le salut de l'humanité, puisque c'est à travers cette préparation que Dieu avait voulue de son âme, de son cœur, dès sa conception, c'est à travers cette vie d'humilité et d'ouverture du cœur, c'est à travers son "Oui" que Dieu a pu envoyer son Fils dans le monde, et elle a suivi son Fils jusqu'au pied de la croix, jusqu'à la naissance de l'Église étant la mère de tous les chrétiens et la mère de l'Église. Non seulement, Marie est ainsi la première de tous les membres de l'Église, la première des rachetés, non seulement elle est la première de tous les saints, mais il y a encore d'autres femmes qui jouent dans l'évangile un rôle capital.
Vous le savez, on vous l'a dit souvent, ce sont les femmes qui ont été les premières au tombeau, les premières à voir Jésus ressuscité, comme elles avaient été les seules à rester au pied de la croix, avec saint Jean, c'est vrai, mais c'est une exception, puisqu'il y avait plusieurs femmes au pied de la croix. Non seulement les femmes ont eu ce privilège d'accompagner le Christ jusqu'à ses derniers moments, jusqu'à son dernier soupir, et aussi de connaître, les premières, son réveil du tombeau, mais c'est tout au long de la vie publique du Christ que nous rencontrons ces femmes en dialogue avec Jésus, le dialogue avec la samaritaine, le dialogue avec la femme adultère, les nombreuses rencontres avec Marie de Magdala, dont on vient d'évoquer la guérison, et aussi les sœurs de Lazare, Marthe et Marie. Et l'on voit que ces femmes jouent un rôle important dans la suite de Jésus.
Alors nous pouvons nous demander pourquoi a-t-on cette impression que les femmes occuperaient un rôle secondaire, non seulement dans la société, cela ne nous regarde pas, je veux dire ce n'est pas le fait de l'évangile, mais dit-on aussi dans l'Église ? Pourquoi cette impression que les femmes auraient un rôle secondaire. Je crois qu'il faut bien se rendre compte que, dans l'évangile, et peut-être est-ce un indice qu'il en est ainsi dans la nature des choses, le rôle de l'homme et le rôle de la femme sont aussi importants l'un que l'autre, mais ils sont de nature différentes. Si nous voyons la manière dont le Christ se conduit, Il n'a certainement pas peur de fréquenter les femmes ? Il ne donne pas l'impression de les considérer comme des personnes de second rang, bien au contraire, mais Il semble attendre d'elles quelque chose d'autre que ce qu'Il confie aux hommes qui sont ses disciples les plus proches comme les apôtres.
Aux hommes, Pierre, Jean, Jacques, et les autres que nous connaissons, Jésus confie surtout un rôle de serviteur, serviteur de la Parole de Dieu, serviteur de la communauté. Les hommes que Jésus choisit pour être ses disciples, pour être ses envoyés, auront un rôle pour susciter la communauté, pour la structurer, pour l'enseigner. C'est un rôle assez extérieur, si je peux dire, en ce sens qu'ils sont les intermédiaires qui transmettent à la communauté ce que Dieu veut lui donner. Les hommes que sont les apôtres, les disciples que Jésus a chargés d'une mission particulière, ont toujours ainsi un certain rôle d'instrument dont Dieu se sert pour s'adresser à la communauté, pour donner à cette communauté une certaine assise, une certaine structure hiérarchique. Il semble qu'aux femmes soit dévolu un rôle assez différent. Leur rôle est beaucoup plus celui de l'accueil celui de l'ouverture du cœur à la présence des autres pour leur permettre d'être pleinement eux-mêmes, de s'épanouir dans cette communauté. Au fond, alors que les hommes ont, en quelque sorte, la charge d'être les instruments de Dieu dans la Parole que Dieu adresse à la communauté, les femmes constituent le cœur de cette communauté. Elles sont déjà, par elles-mêmes, ce que la communauté doit être, c'est-à-dire un lieu où l'on se sent reçu, attendu, accueilli, entouré, un lieu où l'on se sent chez soi, où chacun trouve sa place et son rôle.
Et précisément, le rôle des femmes est de donner aux autres, de permettre à chacun des autres de trouver son lieu propre, de trouver sa place dans cette communauté chrétienne. On pourrait dire que le noyau même de la communauté chrétienne, ce sont ces premières femmes qui ont suivi Jésus. Ce sont elles qui, déjà, constituent cette première ébauche de l'Église. Nous disions l'autre jour que Marie était la figure de l'Église. On pourrait dire que ce groupe de femmes qui suivent l'Église, sont, elles aussi, non pas seulement la figure de l'Église, mais son embryon, sa première réalisation. Elles sont, déjà, la communauté accueillante, la communauté ouverte aux autres, la communauté dans laquelle on se sent attendu et dans laquelle on peut trouver cette chaleur de la tendresse de Dieu manifestée à tous ceux qui viennent.
Un autre rôle des femmes c'est d'être aussi celles qui, non pas par des discours mais par leur présence, par leur attitude, témoignent de la foi, non pas peut-être de l'explicitation, de l'explication de la foi, mais de cet enracinement de la foi dans leur vie. C'est pour cela que ces femmes ont été les premiers témoins de la Résurrection comme elles ont été les derniers témoins de la mort du Christ. C'est parce qu'elles ont vécu, qu'elles ont participé dans leur propre cœur, dans leur propre chair, dans leur âme, à tout ce mystère. Et si, ensuite, les apôtres auront pour rôle d'expliciter et de dire, de proclamer ce mystère, il a d'abord été murmuré, ruminé, vécu de l'intérieur, par ces femmes. Et s'il y a foi dans l'Église, c'est non seulement parce que Marie a gardé la foi, au moment où tout le monde était dispersé, mais aussi parce que ces quelques femmes, cette poignée de femmes, ont, dans l'obscurité de la nuit, accompagné Jésus, sans trop bien comprendre peut-être, mais en sachant qu'Il demeurait leur Seigneur, leur bien-aimé, leur raison d'être. Elles restaient au pied de la croix, le regardant, regardant aussi où on l'ensevelissait, revenant à l'aurore pour embaumer ce corps et trouvant le tombeau vide. Elles sont, oui, les témoins, peut-être silencieux mais infiniment plus profonds, de cette foi de l'Église.
Alors, ne disons pas, un peu hâtivement, qu'il n'y en a que pour les hommes dans la foi et dans l'Église de Dieu, mais sachons découvrir ce rôle, peut-être moins visible, peut-être moins extérieur, mais peut-être plus profond encore et plus essentiel des femmes, aujourd'hui encore, dans notre communauté chrétienne.
AMEN