SE TENIR DEBOUT

Ap 11, 15-12,6 ; Lc 21, 20-36

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Rome : Arc de Titus
 

E

 

n cette fin d'année liturgique nous lisons les paraboles du Royaume et des passages de ce discours eschatologique du Christ par lequel Il annonce, tout à la fois, les cataclysmes qui parsèmeront l'histoire du monde, à commencer par la ruine de Jérusalem qui est comme le symbole de toutes ces guerres, de tous ces désastres et en même temps l'achèvement, l'aboutissement de ces cataclysmes à savoir la fin du monde, la destruction de notre univers.

Je voudrais aujourd'hui retenir de ces paroles cette tonalité propre à cette page de saint Luc. C'est une tonalité d'espérance. Au milieu de toute cette angoisse, cette inquiétude, au milieu de la frayeur qui fait défaillir les hommes, au milieu de cette destruction de Jérusalem foulée aux pieds par les païens, au milieu de tant de colère, il y a des paroles de Jésus que nous devons méditer. "Quand tout cela commence d'arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche". Et plus loin : "Quand vous verrez tout cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche." - "Veillez donc et priez afin de vous tenir debout devant le Fils de l'Homme.

Je ne sais pas si les temps que nous vivons sont les derniers, mais ils sont certainement comme les temps qu'ont vécu les juifs de Jérusalem au moment où Titus a rasé la ville. Ce sont certainement des temps difficiles et annonciateurs de plus ou moins près de cette usure définitive du monde qui se terminera par son embrasement. Par conséquent nous sommes, nous aussi, entourés de toutes parts de craintes de frayeur Nous avons des inquiétudes devant ce monde qui nous semble aller à la catastrophe et nous pourrions céder à cette frayeur qui est celle des hommes sans foi, qui est celle de ceux qui ne connaissent pas le Christ. Mais si nous sommes disciples du Christ, au milieu de tout cela, nous devons nous relever, nous tenir debout et redresser la tête. Telle est l'attitude des chrétiens. Non pas être des prophètes de malheur, non pas accumuler interrogations sur interrogations, indices sur indices, qui nous conduiraient au désespoir, à cette inquiétude qui userait notre cœur. Non pas nous faire l'écho de toutes sortes de prophéties de destruction, mais redresser la tête et nous relever. Il faut que devant le fils de l'Homme qui vient, qui ne cesse de venir, et dont la venue même déclenche dans le monde ce rejet, ces réflexes de haine et cette croissance de la colère et du mal, devant le Fils de l'Homme qui vient, qui ne cesse de venir dans chacune de nos vies et dans la vie de l'humanité, dans la vie de l'univers, il faut que nous nous tenions debout, c'est-à-dire prêts à marcher avec Lui, prêts à venir à sa rencontre, prêts à l'accueillir dans notre cœur et à l'accueillir dans la fermeté, dans la force, à l'accueillir comme des hommes ressuscités.

Cette position de se tenir debout, dans toute l'histoire de l'Église, dans toute la pratique séculaire de la liturgie, se tenir debout c'est affirmer notre foi en la résurrection du Christ et en notre propre résurrection avec Lui. Alors nous ne devons pas nous laisser abattre, nous ne devons pas nous laisser inquiéter. Nous devons faire exploser en nous, faire grandir en nous cette force de la résurrection du Christ. Il faut que nous soyons dès maintenant habités par cette foi cette certitude, par cette puissance qui est celle de Jésus. Non pas celle de nos propres forces, car peut-être au niveau de notre être humain, au niveau de notre corps, nous serons nous-mêmes victimes des cataclysmes qui éventuellement peuvent se préparer et fondre sur le monde. Peut-être que nous serons faibles, écrasés. Tout cela est possible. Mais au niveau le plus profond, celui de notre cœur, il faut que notre foi nous fasse tenir debout, fermement fondés dans la résurrection du Christ. Le Christ est vainqueur. Il est déjà vainqueur. Il l'est pour toujours pour Lui-même et pour chacun d'entre nous si nous voulons accepter que sa victoire soit vivante en notre cœur, en notre chair, en notre être tout entier.

Le Christ est vainqueur, vainqueur de toutes les haines, de toutes les guerres, de toutes les idéologies, vainqueur de tous les mensonges, vainqueur de toutes les tortures et vainqueur de toutes les formes de mort. Tout cela le Christ a voulu le partager pour porter au cœur même du mal, au cœur même du démon, au cœur même de l'enfer au cœur même de la mort, Jésus a voulu porter sa victoire, la victoire de son amour. Et cela nous devons le croire de toutes nos forces. Nous ne devons pas nous laisser ébranler, nous laisser effrayer. Alors que notre regard soit fermement fixé, attaché au regard du Christ. Que nous puisions dans ce face à face, dans les yeux mêmes de Jésus qui nous regarde avec tant de tendresse et tant de force, que nous y puisions la vie. Soyons des êtres vivants, soyons des ressuscités.

 

AMEN