SOYEZ VIGILANTS
Ne 6, 1-9+15-16 ; Lc 12, 39-48
(19 octobre 1981)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Prudence …
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C |
et évangile continue à nous parler du retour du Fils de l'Homme et de cette vigilance qui doit être la nôtre, de ce désir qui doit habiter notre cœur à chaque instant et ne pas nous laisser indifférent, mais sans cesse se renouveler en nous. Mais je voudrais simplement m'arrêter sur le point particulier où est établie une comparaison entre le serviteur qui, ne sachant pas à quelle heure son maître doit revenir, ne sachant pas la volonté de son maître fait, une faute, et puis celui qui connaissant la volonté de son maître, connaissant son désir commet cette même faute.
Ceci peut s'appliquer à nous, chrétiens, en comparaison de ceux qui n'ont pas notre chance d'avoir connu la miséricorde de Dieu, d'avoir reçu cette révélation du Seigneur. Quelquefois nous nous imaginons être des privilégiés et faire partie de ce peuple choisi qui, en quelque sorte, fait partie de la maison du Seigneur et qui aurait plus ou moins droit au salut, en tout cas nous nous imaginons un peu être assurés de la bienveillance de Dieu alors que ces pauvres gens qui sont en dehors de la foi, en dehors de l'Église, qui ne croient pas en Dieu, eux risquent fort d'être rejetés par le Seigneur.
Le Seigneur nous montre que, au contraire, le fait de l'avoir connu, le fait d'avoir reçu ce don de la lumière de la foi est d'abord une exigence, d'abord une responsabilité, et que celui qui, connaissant le Seigneur, celui qui, ayant été baptisé dans la Pâque de son Seigneur, ayant reçu l'enseignement de la foi celui qui se détourne du Seigneur par sa conduite pécheresse, est plus responsable, plus gravement responsable que celui qui ne connaît pas la volonté de Dieu, et qui recevra une réprimande moindre de la part du Seigneur, parce qu'il n'a pas eu précisément la chance d'être éclairé et illuminé par la foi et la lumière de Dieu.
Etre chrétien c'est donc, bien sûr, un avantage, bien sûr une chance inouïe, mais c'est aussi une responsabilité à la mesure de cette chance et de cet avantage. Responsabilité qui n'est pas seulement vis-à-vis de Dieu, qui est aussi vis-à-vis de ces hommes qui ne connaissent pas le Christ et qui peuvent et qui doivent, qui ont le droit de nous demander des comptes à nous qui prétendons être ses disciples, à nous qui nous réclamons de Lui, à nous qui, officiellement sommes chrétiens.
Pour pousser un peu plus loin cette réflexion, rappelons-nous cette doctrine que saint Paul affirme en plusieurs endroits, qui n'est pas explicitée dans cet évangile, mais qui est tout à fait convergente, cette doctrine par laquelle saint Paul nous explique que, par le baptême et par cette vie baptismale qui ne s'arrête pas au moment de la célébration du baptême mais qui envahit toute notre existence, par le don de l'Esprit nous devenons d'autres Christ. L'Esprit Saint façonne notre cœur, façonne notre être profond, façonne notre vie à la ressemblance de la vie du Christ. Si donc nous sommes baptisés, nous devons devenir semblables au Christ et l'on a le droit, en nous voyant, en nous regardant, de nous dire : "Montre-moi le Christ montre-moi en toi le visage du Christ, montre-moi dans tes actes la miséricorde de Dieu, montre-moi dans ta manière de vivre la lumière de Dieu". Et si, ayant reçu cette grâce du baptême, ayant reçu l'Esprit Saint, nous avons éteint en nous, par notre indifférence, par notre péché ou bien simplement parce qu'avec un peu de légèreté nous nous imaginons avoir perdu la foi, ou ne plus être tout à fait sûr de ce que nous avons reçu, nous restons redevables de cette grâce qui nous a été faite. Tant que nous sommes officiellement chrétiens, les hommes qui ne le sont pas et qui nous entourent ont le droit de nous demander cette ressemblance avec le Christ et nous ne pouvons la montrer que si l'Esprit Saint demeure en nous, car seul l'Esprit Saint peut dessiner en nous cette ressemblance du Christ. Autrement un baptisé qui ne vit pas de l'Esprit est incapable de ressembler au Christ alors qu'il le devrait. Et cela parce qu'il s'est replié sur ses propres forces et qu'il a laissé se perdre cette présence vivifiante de l'Esprit.
Voyez frères, quelle est notre responsabilité de chrétiens et quelle est la gravité de notre action, de notre vie, non seulement pour nous mais aussi pour tous ceux qui nous entourent. Souvenons-nous que le Christ, au moment de quitter ses disciples a prié pour l'unité : "Soyez un afin que le monde croie." Et si le monde ne croit pas, c'est parce qu'il ne voit pas le visage du Christ sur ceux qui devraient le lui manifester et qui, à cause de leur péché ont obscurci cette image et par conséquent frustrent le monde de cette présence du Christ dont il a besoin pour se convertir et croire.
Mesurons cette responsabilité au moment où nous allons recevoir le corps et le sang du Christ. Que véritablement nous ouvrions notre cœur à cette venue du Christ pour qu'elle ne soit pas simplement un acte de culte mais notre transformation profonde afin que nous lui devenions davantage semblables et que nos frères puissent le lire sur notre visage et que par conséquent nous puissions remplir notre mission de serviteurs qui connaissent la volonté de leur maître.
AMEN