LES VRAIES RICHESSES
Ne 5, 1-13 ; Lc 12, 32-38
(16 octobre 1981)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es deux passages de l'évangile de saint Luc traient l'un et l'autre de deux thèmes qui se trouvent ainsi mis en rapport l'un avec l'autre : d'une part, il s'agit de l'attente du retour du Seigneur, de l'imminence de ce retour et de l'attitude spirituelle qui doit nous conduire dans le désir et dans l'expectative à être tout entiers tournés vers ce retour du Christ. D'autre part, il est concurremment question du détachement des richesses, de la vanité de ces biens matériels que nous amassons et sur lesquels nous voulons fonder notre espoir.
Effectivement, la prédication de la pauvreté chrétienne, du détachement des biens se fonde essentiellement sur une hiérarchie des valeurs. Il ne s'agit pas nécessairement de dire que les richesses matérielles, les biens de l'argent sont mauvais, mais ils ne sont pas une assurance certaine, ils ne sont pas ce sur quoi nous pouvons nous appuyer pour vivre. Car notre vie ne continue pas indéfiniment, notre vie débouche dans une autre vie, elle débouche dans une autre dimension de l'existence qui elle, est éternelle et dans laquelle ces richesses n'ont pas cours, ou plus exactement dans laquelle ces richesses disparaissent et ne sont pas un appui sur lequel on pourrait se fonder.
C'est la raison fondamentale pour laquelle nous devons apprendre à nous détacher de nos biens, parce que c'est là une assurance fallacieuse qui, au premier abord, semble nous donner sécurité, mais qui, en réalité, nous fait passer à côté de l'essentiel et à côté de ce qui véritablement peut fonder en nous certitude, espérance et vie. Car le Christ, Dieu qui revient, qui est à notre porte, qui déjà s'apprête à frapper à notre porte, pour entrer près de nous et nous prendre avec Lui, le Christ qui, sans cesse est imminent dans notre vie, le Christ qui est déjà présent dans notre vie par nos frères qui sont son image, qui sont déjà sa présence près de nous, car le Christ nous l'a dit : chacun de nos frères est présent ce de Dieu pour nous, le Christ est le seul appui sur lequel nous pouvons fonder les véritables valeurs de notre vie. Et c'est le partage, l'échange, la communion, la profonde union, le lien profond de nous-mêmes avec le Christ et avec chacun de nos frères en qui nous reconnaissons l'image du Christ, c'est cela seul qui peut permettre de vivre vraiment, c'est-à-dire de vivre non pas au jour le jour d'ici-bas, mais de vivre ici et ensuite dans le monde éternel qui n'est que la continuation du monde présent, mais la continuation de la vraie profondeur de ce monde présent. Non pas ses apparences superficielles qui, elles, tomberont avec nos biens, nos richesses, notre argent, nos ambitions et tout le reste, mais de ce qui réellement, dès maintenant s'est enraciné profondément en nous, cela est déjà la vie éternelle commencée et cela durera pour toujours, et c'est là-dessus que nous devons nous appuyer et c'est sur cela que nous devons compter pour vivre dès maintenant, afin que cette vie ne soit pas une vie passagère, mais une vie définitive.
Dès maintenant "l'amour du Christ nous presse", dès maintenant l'amour de nos frères est la seule valeur fondamentale sur laquelle nous devons nous appuyer. Et pour cela nous devons nous détacher de ces fausses valeurs que sont les biens matériels, ou plus exactement nous devons distribuer, partager, donner aux autres, part à ces biens matériels qu'éventuellement nous avons entre les mains. Et le texte de Néhémie que nous entendions tout à l'heure était très clair à ce sujet. Si le hasard veut que nous ayons davantage de biens que les autres, c'est pour pouvoir aider les autres à vivre et non pas pour garder jalousement ces biens comme s'ils étaient notre seule sécurité, quitte à laisser nos frères mourir de faim à notre porte. C'est le Christ seul qui est notre richesse. Ce sont nos frères seuls qui sont notre argent. Vivons véritablement dans ces valeurs de communion et nous connaîtrons le véritable bonheur qui ne passera pas.
AMEN