SE DÉCLARER POUR LE CHRIST

Ne 4, 1-8 ; Lc 12, 1-12

(12 octobre 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

 

ous avons l'habitude de considérer que l'essentiel de la morale chrétienne consiste à ne pas faire de tort à son prochain, à vivre de manière honnête, à pratiquer la bienveillance, la tolérance et un certain nombre de vertus de ce genre. Certes le Christ n'a cessé de demander à ses disciples de s'aimer les uns les autres, d'écouter chacun la parole de son frère, de ne pas la mépriser et de ne pas nous laisser aller à cette violence qui est repli sur soi et égoïsme. Pourtant si nous réduisions toute vie chrétienne, toute morale chrétienne à cette philanthropie nous passerions à côté de l'essentiel de l'évangile. Finalement nous réduirions premièrement notre foi à une morale et deuxièmement notre morale chrétienne à celle que l'on peut enseigner dans les cours de bon comportement civique, parce qu'il n'y a rien de bien spécifique en cela : ne pas faire tort à son prochain, Dieu merci, les chrétiens ne sont pas les seuls à s'y efforcer.

Dans la page d'évangile que nous venons d'entendre, le Christ demande autre chose qui ne nous dispense pas de la charité fraternelle, mais qui est très importante aussi. Le Christ nous dit : "Il faut que vous sachiez vous déclarer pour moi devant les hommes. Quiconque se sera déclaré pour le Fils de l'Homme devant les hommes, le Fils de l'Homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu." Et nous ne devons rien garder secret. "Rien n'est voilé qui ne sera révélé, rien n'est caché qui ne sera connu, et si vous dites quelque chose à l'oreille ou dans le coin le plus retiré de votre maison, ne vous faites aucune illusion, cela sera proclamé sur les toits.

C'est donc un appel au courage et au courage spécifique de la foi et de la proclamation de la foi. Etre chrétien c'est ne pas craindre d'être reconnu comme tel, même et surtout par ceux aux yeux de qui cela n'est pas une gloire, mais éventuellement une honte, peut-être, un jour, un crime passible de punition. Etre chrétien, c'est ne pas rougir du nom de Jésus-Christ. C'est proclamer "à temps et à contre-temps" la vérité tout entière la vérité de Jésus-Christ. Et je crois que sur ce point nous risquons d'être devenus bien fragiles et bien timides. Nous risquons de préférer passer un peu inaperçus, être comme tout le monde, sous des tas de bons prétextes d'ailleurs, pour ne pas avoir l'air de triompher, de faire du triomphalisme, pour ne pas avoir l'air différents des autres, pour ne pas nous démarquer de nos semblables, pour communier à toutes les valeurs du monde et des hommes, pour toutes ces raisons, nous sommes souvent tentés de mettre un peu entre parenthèses notre qualité de chrétiens, avec tout ce qu'elle a quelquefois peut-être d'un peu agressif à l'égard des pseudo-valeurs de ce monde dans lequel nous vivons et auquel, hélas, nous sommes bien attachés, comme les gens de ce monde, car nous en sommes aussi.

Il faut que là aussi, nous fassions un examen de conscience. Etre chrétien c'est ne pas craindre de prendre le contre pied, même si cela semble inopportun, d'un certain nombre de valeurs, d'affirmations qui sont faites, dites, crues, qui semblent aller de soi, et qui sont radicalement contraires au Christ Jésus. Ce n'est pas la peine, nous n'avons pas le temps et ce n'est pas le lieu d'énumérer ces choses-là, mais ce à quoi je crois aujourd'hui, je vous exhorte, c'est au courage de l'affirmation à la fierté d'être chrétien. Souvenez-vous les paroles de Néhémie quand les juifs qui construisaient les remparts étaient manifestement moins forts que ceux qui allaient les attaquer et commençaient à prendre peur : "Ne regardez pas à la force de leurs armes, mais regardez à la gloire de Dieu". Si nous croyons vraiment dans le Seigneur Jésus, nous ne devons pas modeler notre activité et nos paroles sur une prudence humaine, mais exclusivement sur la gloire de Dieu.

AMEN