LA PEUR DE SATAN
Esd 7, 11-15+21+2 5-26 ; Lc 8, 26-39
(26 septembre 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Aboul : modillon diabolique
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rères et sœurs, si vous ne connaissiez déjà ce texte, je suis sûr que vous l'auriez écouté avec une attention toute particulière pour savoir comment allait se terminer cet étrange scénario et quel serait le dénouement des cinq dernières minutes. Ce texte est un texte majeur dans l'évangile. D'abord à cause de son développement, de tous ces évènements qui sont ramassés. Ensuite parce que avec l'évangile des tentations c'est celui où Jésus parle directement avec le démon. Il parle moins avec l'homme possédé qu'avec le démon qui possède cet homme, dans un étrange dialogue qu'il nous faut essayer de comprendre pour ne pas passer à côté de ce texte et en rester simplement à l'aspect historique ou à l'aspect événementiel.
Dans l'évangile de Luc, ce texte se situe juste après l'épisode de la tempête apaisée sur le lac de Tibériade, quand Jésus dormant, les disciples ont pris peur et le réveillèrent en disant : "Nous périssons." Et Jésus avait calmé la tempête, au grand étonnement des apôtres qui se demandent : "Quel est donc cet homme qui apaise la mer et les flots ?"
Après cet évangile que nous venons d'entendre, il y a la guérison de la femme hémorroïsse et la résurrection de la fille de Jaïre. Nous sommes dans un contexte de mort et de résurrection, de tempête et de calme, au plan matériel, si vous voulez au plan des choses de ce monde, la mer qui est apaisée, cette femme qui est guérie dans son corps, mais aussi au plan des réalités spirituelles, cet homme qui est guéri de ses démons intérieurs, de ce diable qui le tient au corps, et en même temps cette résurrection de la petite fille de Jaïre, qui annonce la résurrection du Christ et la nôtre aussi. Donc il nous faut bien comprendre cet évangile difficile dans ce contexte de mort et de résurrection, de tempête, de calme et de paix.
Je voudrais simplement maintenant, en quatre points particuliers approfondir un petit peu le message qui nous est donné. Et cela en centrant notre regard, surtout, sur la personne du démon. D'abord, le démon est en état de victoire, de puissance, de supériorité sur cet homme. Les éléments qui nous sont donnés, c'est qu'il est nu, qu'il vit dans les tombeaux, il est enchaîné : ce sont des signes, des marques de mort, de servitude et d'écrasement. C'est cet état premier où l'homme n'est pas l'homme puisqu'il est aux prises avec ces forces multiples de mal qui l'écrasent, qui l'enserrent. Ensuite, un deuxième élément, après celui de la victoire du démon sur l'homme, c'est celui de sa peur. Satan a peur, et il a peur, non pas devant l'homme, mais devant Dieu. Et c'est pour cela qu'il vocifère d'une voix forte : "Que me veux-tu, Jésus, Fils du Très Haut ?" La peur est une des caractéristiques du mal. Et le démon lui-même, qui n'est pas un nuage qui de temps en temps assombrit le ciel, mais qui est un esprit personnel, et qui a donc des sentiments, le démon a peur devant la présence de Dieu.
Et Dieu ne craint pas de s'affirmer devant lui. Le Christ va le dénoncer, va démasquer le mal en lui demandant son nom. Et la peur du démon va prendre cette forme d'une mauvaise plaisanterie. Il va répondre : "mon nom c'est Légion", voulant manifester que la force du mal est tentaculaire, qu'elle prend des formes extrêmement diverses, que c'est quelque chose de très fort, devant laquelle l'homme lui-même ne peut rien ou presque rien. Réponse, ou plutôt demande un peu burlesque, le démon demande au Christ de ne pas le renvoyer dans l'abîme, de ne pas le renvoyer dans les enfers, puisqu'il est là à posséder l'homme contre Dieu. Il demande simplement au Christ d'entrer dans ce troupeau de porcs. Or dès que les démons entrent dans ces animaux, ceux-ci se précipitent dans la mer qui est le lieu du séjour des puissances du mal, comme nous le savons dans la Bible, cette mer que, justement, le Christ vient de calmer après la tempête. C'est dans cette mer que s'enfoncent les puissances du mal, cette mer que le Christ maîtrise.
Et le troisième épisode, c'est la défaite finale et définitive du démon, lorsqu'il s'enfonce, lorsqu'il est précipité justement dans les eaux. A ce moment-là, Jésus ne parle plus avec le démon, mais s'établit le dialogue entre l'homme qui est guéri et Jésus. L'homme veut suivre Jésus, mais Jésus lui dit : "Non ne me suis pas, mais va dire aux gens de ta ville tout ce que Dieu a fait pour toi."
Voyez, à partir de ces quelques éléments, l'importance très grande que Jésus nous révèle de ce combat qu'Il livre, Lui-même, pour nous contre les forces du mal qui nous assaillent. Cet évangile nous annonce que les forces de l'enfer seront, un jour, par le Christ seul, définitivement réduites à néant, et que nous serons délivrés, que notre dialogue sera le dialogue premier, le dialogue du paradis, lorsque l'homme pouvait parler directement avec Dieu sans cet intermédiaire, sans cet obstacle des forces en lui. Cet évangile est aussi extrêmement actuel. Nous savons que notre monde est souvent possédé, que notre monde préfère les tombeaux, les lieux de mort, la nudité du péché, et qu'il rejette souvent cet habit de gloire dont le Christ l'a revêtu.
Au cours de cette eucharistie, nous prions pour que la puissance du Christ puisse nous déposséder de tous nos liens avec le mal, en sachant que ce que nous, nous pouvons faire pour enchaîner, pour lier les forces du mal, cela ne sert à rien. Il faut la puissance de la parole de Jésus.
AMEN