HÉRODE

Dn 9, 2-6+15-19 ; Lc 13 31-35

(29 octobre 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

Hérodion : Palais d'Hérode

C

 

et Hérode que Jésus qualifie de renard, n'est pas Hérode le Grand, roi de Judée qui, dans sa colère, avait ordonné le massacre des innocents, sans pouvoir cependant empêcher la naissance de Jésus. Cet Hérode-là, c'est son fils, Hérode Antipas tétrarque de Galilée et de Pérée, de moins-quatre avant Jésus-Christ jusqu'à trente-neuf après Jésus-Christ. C'est d'ailleurs probablement en Pérée, cette région à la même hauteur que la Samarie, mais de l'autre côté du Jourdain, que s'est passé ce court épisode. Car Jésus quitte la Galilée, marche vers Jérusalem, mais il est encore dans le territoire soumis à Hérode Antipas. Hérode Antipas est le même que celui de la Passion. Il a pris pour femme Hérodiade, femme de son frère Philippe et fera exécuter l'ultime prophète de l'Ancien Testament, Jean-Baptiste, à Machéronte au-delà du Jourdain.

Quelle est la leçon de cet homme, pour nous aujourd'hui, comme elle le fut pour Jésus, en son temps ? C'est qu'il représente, comme son père d'ailleurs, les forces d'oppositions au dessein de Dieu. C'est dans sa colère qu'Hérode le Grand avait voulu supprimer Jésus, agacé par la désobéissance des mages qui n'étaient pas venus lui rendre compte de leur découverte à Bethléem. C'est dans sa jalousie qu'Hérode Antipas veut Jésus, car il est Lui-même un prophète. Jésus dénonce le faux, annonce le vrai et cela dérange toujours les gens qui possèdent l'autorité du monde. Hérode Antipas provoquera la mort de Jésus, à cause de sa faiblesse ou de son orgueil devant l'empereur de Rome. La colère, la jalousie ou la faiblesse d'Hérode le grand ou d'Hérode Antipas n'ont pas éméché Jésus de marcher vers Jérusalem, n'ont pas empêché Jésus de réaliser, d'accomplir le dessein de Dieu. Le Christ marche vers Jérusalem, non pas pour fuir la crainte, la peur ou l'autoritarisme d'Hérode Antipas mais parce que c'est le dessein de Dieu que Jésus prophète meure à Jérusalem, Jésus qui est l'image du monde et en même temps de l'Église. Ce monde qui refuse de rassembler les hommes et cette Église qui désire, à la suite de son Seigneur, les rassembler dans la paix, dans la tranquillité.

Ainsi de même que Jésus a marché librement vers sa mort, sans tenir aucun compte des autorités, des jalousies, des colères qui s'accumulaient autour de Lui, Il est venu à Jérusalem librement et dans le temps qui lui était donné : "Aujourd'hui et demain, je guéris ; le troisième jour s'accomplira mon offrande et rien ne pourra changer ce temps du salut. De même l'Église aujourd'hui avance vers Jérusalem, vers ce lieu où le Christ l'accueillera, vers ce lieu du ciel où tous se rassemblent pour chanter : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". L'Église, dans le monde de ce temps, avance au milieu des colères, des crimes, des jalousies, des faiblesses, mais cela n'empêche en rien l'accomplissement du dessein de Dieu. L'Église avance dans la liberté. Elle avancera toujours dans la liberté. Elle annoncera toujours avec autant d'autorité la parole qui dérange et elle accomplira toujours les gestes de pardon, de miséricorde, qui annoncent le salut. L'Église d'aujourd'hui, c'est chacun d'entre nous.

 

AMEN