LE VIN NOUVEAU

Ga, 3, 1-5 ; Lc 5, 27-39

(9 octobre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Capharnaüm : Amphore de conservation du vin

N

 

ous savons déjà que le Christ avait beaucoup de bon sens, et nous pouvons découvrir, à travers cette parabole, qu'il avait aussi bon goût, puisqu'à la fin de cette parabole il dit que lorsqu'on a goûté du bon vin vieux, on n'a aucune envie de boire du vin nouveau, ce en quoi nous lui donnons parfaitement raison. Cependant cela veut dire quelque chose d'un peu troublant. Cela veut dire que ce vin nouveau, qui n'est pas très bon à boire car il est un peu acide, il fermente, il travaille, et vous autres vous savez bien qu'il ne faut pas boire du vin en train de travailler, de se bonifier, cela veut dire que ce vin nouveau c'est précisément la parole de Jésus, c'est précisément le Royaume, et d'une certaine manière, le vin nouveau c'est sa personne.

Le paradoxe de cette parabole, c'est que le Christ n'a pas craint de dire : si vous avez pris goût à la Loi, vous vous y trouverez fort bien, et comme vous aimez le vin vieux, vous ne m'aimerez pas beaucoup, parce que, moi, j'en suis désolé mais par rapport à votre tradition de bons viticulteurs de la vigne du Seigneur, je suis comme un vin un peu aigrelet, un peu fermenté, qui va faire craquer les vieilles outres et qui va faire des dégâts au fond de la cave. Je crois que c'est cela le paradoxe de l'évangile. C'est que nous acceptions d'emblée que ce qu'il nous faut boire actuellement, c'est un vin qui n'est pas très bon, parce que c'est un vin à peine pressé, en train de se bonifier, de s'améliorer, mais qui est encore loin du résultat escompté. C'est cela le sens de cette parabole.

Le Christ accepte de venir comme un ferment dans le monde et Il a accepté, parce que nous sommes des pécheurs et que nous sommes invétérés dans de vieilles habitudes avec lesquelles nous ne voulons pas rompre. Il accepte de paraître comme quelque chose de moins bon, de moins excellent, de moins savoureux que par exemple le vieil idéal antique de la sagesse qui repose tout entier dans l'équilibre où un certain sens de la Loi qui avait un développement du sens de l'intelligence, du sens de l'homme qui était très beau, très profond, contrairement aux caricatures qu'on en fait parfois. Le Christ accepte d'être une sorte de ferment un peu aigre, qui ne se boit pas facilement, mais comme Il le dit, c'est un vin nouveau, un vin porteur de promesses.

Et il faut connaître le prix de la promesse. Il faut savoir que ce vin doit être pressé sur le pressoir de la croix, mais dans la cuve du tombeau près du Golgotha pour y vieillir un peu. Il faut accepter aussi que, nous-mêmes, nous soyons, non pas des vieilles outres qui ont prouvé largement leur usage, mais il faut que nous ayons cette souplesse, peut-être pas toujours cette étanchéité, en tout cas cette souplesse pour accueillir un vin nouveau qui peut, de temps en temps, fermenter et être dur à contenir à l'intérieur de soi-même.

Voilà l'appel du Christ. Que nous sachions le reconnaître comme ce vin nouveau qui est un vin de promesse, qui, de toute façon, arrivera un jour à la plénitude de la joie. C'est pourquoi chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, nous répétons : nous attendons que le Seigneur vienne. Certes nous savons bien, jour après jour, que de temps en temps la coupe est amère, mais nous savons aussi, sur la promesse même du Seigneur, que cette coupe d'un vin qui fermente encore devra devenir un jour la plénitude de la joie et qu'alors nous serons vraiment enivrés de la seule joie qui soit : la joie, le bonheur d'être avec Dieu.

 

AMEN