LE DESSEIN DE SALUT DE DIEU

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 26-38

(18 juillet 1980)

Messe à Sainte Marie du Transtevere

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

D

 

ans cette mosaïque que vous voyez dans l'abside est pour ainsi dire comme ramassée et condensée toute la figure de notre salut. En effet, nous sommes à Rome, et Rome, c'est la grande cité, c'est Babylone. Et voici que Dieu, par miséricorde, a décidé de traiter Babylone avec la même délicatesse et avec la même douceur que sa propre mère, Marie.

Le Seigneur exalte, à sa droite, Marie en lui disant : "Viens, ma Bien-Aimée, viens sur le trône, le trône de la Sagesse que je t'ai préparé !" Et la Vierge Marie confesse ces paroles du Cantique : "Sa main gauche est sous ma tête", c'est la douceur de la miséricorde de Dieu qui donne la vie et la plénitude de la joie céleste.

Voilà le mystère que nous célébrons. Nous, nous sommes Babylone. Nous sommes pécheurs, et nous étions indignes du salut. Et voici que Dieu a planté, au cœur de cette Babylone, le mystère de son amour. Il l'a infiniment uni à cette humanité qui était perdue dans son péché et Il a voulu ainsi nous faire redécouvrir la joie de son nom et la joie de la promesse de Dieu.

C'est pourquoi, cette mosaïque est construite sur un triple plan. En bas, il y a les scènes de l'économie, c'est-à-dire les scènes par lesquelles le Christ a pris chair dans notre condition humaine et dans chacune de ces scènes, c'est la vierge Marie qui est figurée dans le mystère de sa naissance quand elle reçut de Dieu la vie et la purification dès le sein de sa mère, puis l'Annonciation, la naissance du Christ, la Purification. Toutes scènes qui, dans 1'économie évoquent cette disponibilité de Marie à révéler la plénitude d'être et de la parole de Dieu. Puis, enfin, ce moment de la mort où Marie est pleinement configurée à la mort de son Fils, le Seigneur venant chercher sa vie et son âme pour les faire habiter dans la gloire. Cela c'est comme le dit saint Jean : "Ce que nos yeux ont vu et ce que nos oreilles ont entendu ". Cela c'est l'enseignement du salut, c'est la certitude que nous avons que le salut est possible puisqu'il a été réalisé en Marie.

Au-dessus, il y a la frise des animaux regroupés autour de l'Agneau immolé depuis la fondation des siècles et qui a donné sa vie sur la croix. C'est le mystère de l'Église, dans le temps présent : "Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis " afin que le troupeau soit rassemblé dans une unique bergerie. C'est le mystère de Dieu qui opère le rassemblement par l'eucharistie, par les sacrements et par toute cette communion de la charité de vie qui nous tient unis et soudés les uns aux autres. Tout cela n'aurait pas de sens si ce n'était pensé, porté et nourri le mystère de l'économie, par ces gestes d'accueil de la vierge Marie, par ce don du salut de la part de Jésus-Christ Lui-même.

Et enfin, au sommet, c'est Marie qui siège auprès de son Fils. Contrairement à ce que vous pourriez penser, ce n'est pas d'abord une scène d'exaltation ou de glorification. Ce n'est que l'aboutissement de sa propre vie. Puisque dans toute sa vie, elle a accueilli le Christ, maintenant, non seulement elle est accueillie par le Christ, mais Il l'accueille, dans la plénitude de son corps ressuscité. Maintenant Marie partage la condition même de son Fils qui est la plénitude de la résurrection et de la joie. Elle est ainsi le signe que, pour nous aussi, cela devra s'accomplir. Marie qui n'a pas connu le péché et qui est maintenant près de Dieu dans la gloire, est le signe de ce nous-mêmes secret non encore dévoilé et qui est d'une certaine manière déjà auprès de Dieu mais qui n'est pas encore accompli et vers lequel nous soupirons.

L'eschatologie, l'attente de la fin des derniers temps, ce n'est pas simplement d'attendre le Christ. C'est en même temps, d'attendre cette nouvelle figure de nous-mêmes, ce nous-mêmes ressuscité plus vrai que ce que nous sommes aujourd'hui et qui, un jour, apparaîtra dans la lumière de la miséricorde lorsque le Christ nous dira : "Viens, ma bien-aimée, je veux que tu t'assoies sur le trône de ma résurrection."

En cette eucharistie, demandons au Seigneur, par l'intercession de Marie de redécouvrir ce sens de notre vie dans l'Église. Nous sommes pécheurs, mais nous sommes sauvés.. Et nous sommes sauvés parce que nous savons que, déjà, dans le cœur de Dieu le Seigneur nous a préparé une place. La vérité de notre joie, de notre paix, nous-mêmes, tels que nous sommes, pécheurs pardonnés, transfigurés par l'amour.

 

AMEN