VERS JÉRUSALEM
1 Th 1, 2-10 ; Lc 9, 49-62
(10 octobre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ous les commentateurs sont d'accord pour dire que ce passage de l'évangile de Luc où nous voyons Jésus prendre résolument le chemin de Jérusalem est un moment capital dans la vie de Jésus. Cette montée vers Jérusalem se présente comme un enlèvement car il est dit : "comme s'accomplissait le temps où Il devait être enlevé."
Pour nous aujourd'hui, ce passage reste un appel important à reconsidérer notre propre vocation. Il y a dans ces pages une exigence très profonde de l'appel du Seigneur, appel qu'Il adresse à des hommes situés dans un temps, un lieu, qui ont des préoccupations, qui ont des choses à faire, qui sont pris pas le quotidien de la vie. Or le Christ leur demande de prendre un chemin, de prendre son chemin, celui qu'il n'est peut-être pas facile de prendre mais celui qui donnera effectivement la vie. Et si le Christ est la Vérité et la Vie, Il est aussi la Voie, Il est aussi le Chemin. Il se présente comme le Chemin qui va pouvoir donner à tout homme égaré dans sa propre solitude ou dans sa propre détresse le chemin qui conduit à la plénitude de vie. Luc ne cesse de parler de ce chemin. "Il advint, comme s'accomplissait le temps où Il devait être enlevé, qu'Il tourna résolument son Visage vers Jérusalem." Jésus se met en route. Il accomplit Lui-même ce chemin, Il accomplit Lui-même la Pâque qu'Il nous demande de vivre. Certes Il envoie des messagers devant Lui, mais cela ne sera pas sans nous rappeler qu'au lendemain de la Résurrection, lorsque le même Luc, dans les Actes des apôtres, nous rapporte l'Ascension du Christ, c'est-à-dire effectivement son élévation, son enlèvement, sa glorification, le Christ réalise ce qu'Il promet dans ces versets.
Alors les Apôtres seront envoyés parmi toutes les nations pour proclamer l'élévation de Dieu, ce chemin qui a conduit le Christ vers la Gloire de son Père. Le Christ "tourne résolument son Visage vers Jérusalem". Il ne cesse de regarder en face de Lui un Visage qu'Il n'a jamais voulu quitter et qui est Celui du Père. Mais ce Visage, ce regard inflexible s'inscrit dans les difficultés journalières et dans la difficulté du commencement de la Pâque. Le Christ, Lui non plus, n'est pas forcément reçu. Le Christ, Lui non plus, ne connaît pas la facilité du chemin. Le Christ connaît aussi toutes ces aspérités, tous ces trous, tous ces obstacles sur son chemin. Pourquoi voudrions-nous que notre vie spirituelle soit une autoroute alors que Jésus Lui-même n'a connu qu'un chemin difficile ?
Il faut donc avoir le même sentiment malgré les difficultés. Il faut avoir le courage de se remettre en route pour un autre village et "faire route vers Jérusalem".
Et sur la route Il rencontre trois voyageurs. Le premier dit : "Je Te suivrai où que Tu ailles !" Au deuxième Jésus Lui-même adresse cette parole : "Suis-Moi !" Et le troisième lui dit : "Je Te suivrai, Seigneur !" Je crois que tous, à un moment ou l'autre de notre vie, avons adressé à Dieu cette parole : "Seigneur, je Te suivrai !" Nous avons pris cette résolution indéfectible de dire oui, cela vaut vraiment la peine. Je veux suivre le Seigneur. Mais en même temps, la faiblesse humaine nous fait bien comprendre que trop souvent le détachement est difficile et que les retours en arrière sont plus nombreux que les avancées sur le chemin.
Certains psychologues pourraient interpréter ces passages comme un détachement complet, un abandon du confort et de la vie douillette, comme une séparation du sein maternel. "Permettre d'enterrer son père" signifierait le deuil de quelque chose de profond et la possibilité d'agir et vivre en adulte dans une vie que nous avons personnellement à vivre. Au-delà de la simple psychologie, il nous reste à comprendre que, quoi que nous fassions, si effectivement par notre baptême, nous sommes d'autres Christs, nous réalisons donc dans notre vie le même chemin, le même parcours. Et nous n'avons plus à retourner nos visages en arrière mais à les garder fixes vers Jérusalem, c'est-à-dire vers l'Église. Nous avons à tenir notre regard face au Père et non plus à faire comme Adam qui se détournait du regard de Dieu pour suivre son propre chemin, chemin de perte, chemin de perdition. Mais il nous faut reconnaître, apprécier à nouveau, se redire chaque jour que ce chemin nous mène effectivement vers l'élévation, vers la Gloire du Père et que, désormais, sur ce chemin, nous sommes véritablement les annonciateurs du Christ qui nous envoie, en avant de Lui, et nous dit : "Viens, suis-Moi !" Alors essayons de ne pas mettre trop d'entraves à cet appel du Christ qui reste éminent pour chacun, qui reste un appel profond, qui reste une volonté du Christ d'être tout à Lui.
Que dans l'Eucharistie, que nous prenons tous les jours, cette volonté du Christ sur nous se fasse révélation de notre vocation : "Viens, suis-Moi !" et soit pour nous le pain de la route, ce viatique qui nous aide effectivement à garder notre regard tourné vers Jérusalem.
AMEN