CELUI QUI VIENT
Ap 1, 18+17-19; Lc 12, 35-46
(3 novembre 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN
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n ces dernières semaines de l'année liturgique, les textes de la messe comme de l'Office vont orienter notre regard vers l'avenir, vers le monde à venir, c'est-à-dire vers "Celui qui vient". C'est pour cela qu'aujourd'hui nous avons commencé la lecture du livre de l'Apocalypse où le Christ nous est présenté comme "Celui qui est, qui était et qui vient", comme "l'Alpha et l'Omega", Celui qui est présent et Celui qui viendra plus tard.
Et dans l'évangile le Seigneur Lui-même invite ses apôtres à la vigilance, à attendre, à disposer leur cœur. Mais dans la foi chrétienne, il ne faut pas comme une girouette, regarder uniquement en fonction du vent, dans la foi chrétienne, notre regard doit pouvoir saisir en même temps la totalité du mystère, c'est-à-dire depuis l'origine jusqu'à la fin, depuis la surface des événements jusqu'à leur réalité la plus profonde. Il ne faut pas faire des catégories, il faut faire attention de ne pas sélectionner son regard sur tel ou tel aspect de la foi car nous risquerions alors de dévier vers quelque hérésie.
En regardant vers l'avenir, vers "Celui qui vient", vers Celui que nous attendons, il faut en même temps regarder vers cet événement historique, sans cesse rendu présent, qu'est la Pâque du Christ. D'ailleurs les deux textes de la liturgie d'aujourd'hui nous le suggèrent. "Il est" dit à saint Jean : "Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant, je fus mort et me voici vivant, détenant la clé de la mort et de l'Hadès. Écris ce que tu as vu, le présent et ce qui doit arriver plus tard." Il y a donc là une allusion très nette à la Pâque du Christ. "Celui qui a été mort", Celui qui est vivant et qui, en sa résurrection, détient la clé de la mort, non seulement pour le présent de sa Pâque en sa chair, mais aussi pour tout ce qui doit arriver plus tard.
Et dans l'évangile que nous venons d'entendre, bien qu'il se situe avant la réalisation de la Pâque du Christ, il y a un certain nombre d'éléments qui nous font penser que le Christ avait conscience, en disant cela à ses disciples, de penser de façon très précise à sa Pâque, car il le dit : "Il faut attendre le Maître comme à son retour des noces", mais les noces du maître c'est sa mort et sa résurrection. Son retour c'est le jour où Il va revenir vivant, avec son Épouse, l'Église et tout le cortège des noces, toute l'humanité sauvée. "Il faudra lui ouvrir dès qu'Il viendra et frappera". Et saint Jean nous raconte à deux reprises l'apparition du Christ alors que les disciples sont enfermés toutes portes closes. Et sa présence va venir frapper à leur cœur endolori, endormi. Sa présence va venir ouvrir le cœur des disciples à sa Pâque, à sa résurrection. Encore un élément : "Il viendra, Il se ceindra, les fera mettre à table, et passant de l'un à l'autre Il les servira." C'est ce que le Christ a fait au jour de sa Pâque, lorsqu'Il les a fait mettre à table pour leur servir le repas de la première eucharistie. Et c'est ce qu'Il refera au bord du lac, lorsqu'Il leur servira ce que Lui-même aura préparé. Et troisième élément, il y a cette "heure". "C'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'Homme viendra !" L'heure ce n'est pas une question de calendrier, de minutes. Pour le Christ "l'heure" c'est justement l'heure de sa Pâque, l'heure de l'accomplissement en plénitude de tout ce qui a été préparé et promis. C'est vraiment la venue du Fils de l'Homme qui vient. C'est le Christ dans sa chair, "Verbe de Dieu" qui vient, "Voici l'Homme !" et qui se manifeste comme étant l'Alpha et l'Oméga, le vivant, Celui qui est, qui était et qui vient.
Lorsque le Christ demande donc à ses disciples de veiller, d'avoir les reins ceints, les lampes allumées pour accueillir "Celui qui vient", il s'agit bien d'un évènement pascal. Un évènement pascal qui est aussi un évènement ecclésial qui dure encore aujourd'hui, car c'est Pierre qui dit à Jésus : "Dis-tu cela pour nous ou pour tout le monde ?" Et Jésus répond à propos d'un intendant fidèle à qui il sera remis les biens pour qu'il puisse distribuer aux gens de sa maison leur ration de blé. Et quel est cet intendant fidèle si ce n'est Pierre lui-même ? Fort de la fidélité de l'amour de Dieu, pas de la sienne, et qui sera, après Pâques, établi par le maître lors de son retour de cette mort, pour donner à tous les gens, à tous ceux qui sont dans l'Église leur ration de blé, et ce sera le bonheur de ces serviteurs. "Heureux es-tu Simon !" lui dira Jésus à un autre moment.
Puisque nous entrons maintenant dans cette démarche où l'Église nous propose de prendre en considération de façon plus imminente, plus forte, ce retour du Christ dans la gloire, il faut bien savoir que c'est un événement pascal, dans la logique et le prolongement de la Pâque du Christ. C'est donc un événement actuel puisque la Pâque du Christ n'est pas d'hier ou de demain, puisque Lui Il est de toujours à toujours. La meilleure façon de se préparer à cette venue du Christ dans notre vie de misère, c'est de célébrer chaque jour la Pâque sacramentelle de l'eucharistie, car alors nos reins sont ceints de la force du Christ mort et ressuscité, nos lampes sont allumées, car sa Parole est lumière sur notre route.
En ces temps dont on peut dire qu'ils sont "les derniers", comme chaque instant de notre vie, préparons notre cœur à cette période de l'année liturgique où le Christ nous demande de l'attendre. De l'attendre comme un événement pascal, de l'attendre dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, c'est-à-dire dans le mystère de notre propre mort et de notre propre résurrection qui n'est pas, non plus, une question d'heure mais une question de chaque moment de notre vie. "Il est, Il était et Il vient" Lui le vivant, Lui qui a vaincu la mort.
AMEN