DEVENIR BERGERS
1 S 15, 24-28 ; Mc 5, 1-20
(7 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La meilleure des occupations !
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n débarquant, Jésus vit une grande foule, il en eût pitié parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les instruire longuement. Et plus loin, la remarque de Jésus aux apôtres : donnez-leur vous-même à manger. Et la réponse des disciples : faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers afin de leur donner à manger ?"
Frères et sœurs, il y a d'un côté le berger, et de l'autre côté la brebis. Une brebis normalement n'est pas faite pour devenir berger. On sait combien les brebis sont gourmandes, elles ne font que manger, et les troupeaux de moutons souvent ont été l'occasion de polémiques entre les agriculteurs et les bergers, parce que là où les brebis sont passées, l'herbe ne repousse pas. Or dans cet évangile, Jésus n'a de cesse de rappeler à ses disciples et à tous ceux qui le suivent, que s'il les nourrit en tant que brebis, c'est pour qu'elles puissent devenir un jour berger. Il y a un essai, juste avant l'évangile que nous venons d'entendre qui fait la suite de Jésus à Nazareth, quand Jésus envoie les douze en mission. Ils partent, annoncent l'évangile, ils entrent dans les maisons, sont accueillis, ils prêchent le repentir, chassent beaucoup de démons. Il y a une parole qui semble facile à partager, la parole verbale, dont on dit qu'elle ne coûte pas cher, mais quand on arrive dans un domaine beaucoup plus réel, donner à manger, les apôtres qui jusque-là avaient su partir en mission sont comme pétrifiés. Ils attendent de la part de Jésus qu'il les aide à régler des problèmes matériels simples.
Cela nous dit quelque chose sur notre rapport à deux types de réel. Le premier, c'est la réussite des apôtres, ils sont capables de faire des choses extraordinaires, de chasser des démons, donc quand on est dans le domaine de l'extraordinaire, ils sont capables de le faire, mais là dans le domaine du confort, de la bienséance, du réel, nourrir ils sont complètement pétrifiés. Alors que l'on peut comprendre que l'on ait besoin de se tourner vers Dieu pour attendre de sa part la grâce d'annoncer l'évangile, la grâce de chasser les démons, de guérir des malades, là les disciples demandent encore une fois assistance à Jésus.
Cela dit beaucoup de ce que nous attendons de Dieu dans notre vie. Nous aimerions que Dieu soit présent à tous les plans de notre vie, afin que lui reste le berger et que nous restions les brebis. Il y a comme une provocation au cœur même de la multiplication des pains. Nous sommes toujours attirés par le côté extraordinaire de Jésus qui multiplie les pains et les poissons, mais Jésus rappelle que le royaume de Dieu qui se dit à travers l'extraordinaire, se dit aussi à travers notre humanité. C'est peut-être cela que nous avons à remettre au premier plan, l'humanité dit aussi la divinité. L'exemple peut peut-être vous surprendre, mais pensez à ce film "Des hommes et des Dieux", qui ne voulant pas tout de suite se mettre sur le plan de l'extraordinaire, de la grâce, des hommes qui ne seraient plus des hommes, ce film a réussi à multiplier la grâce dans le cœur de femmes et d'hommes qui n'auraient peut-être jamais réfléchi ou imaginé la manière dont Dieu pouvait venir dans leur cœur.
Donnez-leur vous-mêmes à manger, cela veut dire qu'il ne faut pas tout de suite se mettre sur le plan de l'extraordinaire du miracle, de la grâce, mais qu'il faut déjà faire preuve d'inventivité avec l'intelligence humaine que nous avons reçue. Dans le cas de la multiplication des pains, il n'en reste pas moins que c'est Jésus qui a multiplié les pains et les poissons, mais ce que veut dire Jésus c'est que la transsubstantiation ce n'est pas simplement pour le pain, mais aussi pour chacun d'entre nous, puisque nous restons ce que nous sommes, avec notre propre intelligence que nous avons à mettre au service du royaume de Dieu, même si notre corps est aussi habité par la grâce de Dieu.
Frères et sœurs, ne mélangeons pas les deux, en croyant qu'à la fin c'est Dieu qui doit tout régler sur notre terre et dans notre vie, mais essayons de découvrir que si Dieu nous nourrit chaque jour avec sa parole avec le pain et le vin, ce n'est pas pour que nous soyons toujours des brebis dociles et consommatrices, mais que nous sommes aussi appelés à mettre en actes et à devenir des bergers et mener nos frères et nos sœurs dans les pâturages célestes.
AMEN