LA FOI NE SE COMMANDE PAS

Gn 35, 1-20 + 27-29 ; Mc 4, 35-41

(8 février 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

D'une rive à l'autre …

 

F

rères et sœurs, nous pouvons lire cet évangile en mettant la manifestation de la puissance divine en avant, le tout puissant, le créateur, d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle à la fin les apôtres ont peur cette fois-ci de Jésus. Qui est-il lui qui est capable de se faire obéir par les éléments ? Et en même temps, on peut lire cet évangile comme un échec pour Dieu. Car si Dieu est capable d'être obéi par les éléments, il y a une chose qu'il ne peut pas faire, c'est se faire obéir par les apôtres. Ce que Dieu n'arrive pas à faire, c'est de gagner la foi, car la foi est du côté du libre-arbitre, la foi, c'est la volonté, le désir, quelque chose que Dieu ne peut pas commander dans notre cœur.

On peut aussi lire cet évangile à travers la manifestation de la faiblesse de Dieu, car enfin, c'est la faiblesse de Dieu mais aussi une certaine faiblesse de l'homme. Cet évangile est une très belle métaphore de la traversée de notre vie : "Allons, passons de l'autre côté du lac". Et bien sûr, sur cette barque, on peut y voir comme une image de notre vie : on s'embarque. La grande question, c'est que faisons-nous sur ce bateau ? Est-ce que nous sommes des passagers et que considérant que nous avons payé notre place, à nous les soirées, la piscine, le bowling, comme quand on monte dans un grand bateau, la croisière s'amuse !

Ou alors, est-ce que nous considérons que nous sommes moins du côté des passagers, de l'usager, que du côté de l'équipage ? Et à partir du moment où nous sommes du côté de l'équipage, nous sommes étroitement associés au maître qui, jusque-là est simplement couché tranquillement sur son coussin. Vous aurez remarqué que les apôtres ne l'ont pas mis en-dehors de la barque comme c'est arrivé à Jonas, mais ils le réveillent, et ce réveil et ce cri vers Dieu, signent à la fois toute l'espérance que l'équipage a dans le maître, et en même temps, signe un certain échec du côté de Dieu. Car enfin si les apôtres ont au moins l'intelligence de peu de foi de se tourner vers lui, le manque de foi ce n'est pas vis-à-vis de Jésus, mais c'est vis-à-vis d'eux-mêmes.

Ce que je veux dire, c'est qu'à travers cet évangile, ce qui est montré plus particulièrement, c'est que nous manquons souvent de foi vis-à-vis de nos propres capacités que Dieu nous a données. Il est quelquefois plus facile quand la barque bouge de se dire : moi je suis le passager, normalement, cela ne me regarde pas. C'est pour cela que Jésus est comme gêné parce qu'il pensait que cette proximité entre les apôtres et lui aurait tissé une relation différente, une relation dans laquelle les apôtres auraient découvert que Dieu leur donnait la possibilité de partager quelque chose de divin ensemble. C'est la raison pour laquelle on peut considérer que cet évangile est comme un échec vu du côté de Dieu.

Et pourtant, Dieu ne les a pas abandonnés, il n'est même pas sorti de la barque, il est là. Dans notre vie, c'est la même chose. Dans les remous que nous pouvons traverser, ce n'est pas tant que Dieu soit absent, il est là. Mais, il dort parce qu'il a confiance en cette grâce qu'il nous a donnée. La question est moins d'aller réveiller Dieu pour qu'il fasse à notre place ce que nous sommes capables de faire, plutôt que de nous dire : si Dieu ne se manifeste pas, c'est peut-être qu'il a assez confiance en nous pour croire que l'équipage est capable de manier la barque.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion moins de méditer sur la manifestation de la puissance de Dieu créateur, plutôt que sur l'immense confiance que Dieu accorde à son équipage, c'est-à-dire nous, à partir du moment où nous considérons que la barque qui est l'Église, n'est pas simplement un lieu à partir duquel nous pouvons user de certaines prestations, mais que nous acceptons de faire pleinement partie de cet équipage du peuple de Dieu.

 

AMEN