RELIRE ET RELIER
Jb 1, 13-22 ; Mc 12, 35-44
(1er juillet 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Noirlac : Une parole éclaire l'autre …
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rères et sœurs, je dois vous confier que c'est un évangile que j'aime particulièrement parce que pour une fois, il n'y a pas cette opposition traditionnelle entre les scribes et Jésus. Très souvent, pour magnifier la personne de Jésus, on a tendance à noircir les autres, et même si quelquefois il est vrai que les scribes posent des questions pour piéger Jésus, là, ce que je trouve magnifique, c'est que nous sommes au cœur d'une discussion intelligente dans le bon sens du terme.
Vous aurez remarqué, la question du scribe : "Quel est le plus grand des commandements ?" Et Jésus est un mauvais élève, il répond non pas en donnant une réponse, il donne deux réponses. C'est très intéressant, car cela veut dire pour lui que les deux commandements qu'il donne sont en réalité un seul commandement. Pour une fois, je ne voudrais pas porter mon commentaire sur la réponse de Jésus, mais plutôt sur ce qui va suivre.
Jésus donne les deux commandements : aimer Dieu, aimer son prochain, et la réponse du scribe est extrêmement intéressante. Il continue, il reprend en fait ce que Jésus vivent de dire : "Fort bien, maître, tu as raison de dire qu'il est unique et qu'il n'y en pas d'autre que lui, l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, et de toute sa force et aimer le prochain comme soi-même vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices". Autrement dit, quand le scribe demande à Jésus une réponse, Jésus rajoute un commandement au premier commandement. Et quand le scribe commente Jésus, il ne s'arrête pas simplement à ce que Jésus ajoute, il va ajouter sa propre pierre, les derniers mots que je viens de prononcer : "il vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices" qui sont un passage libre du psaume 40. Le scribe a apporté sa propre pierre.
Dans notre vie chrétienne et dans la lecture que nous faisons de la parole de Dieu et dans les rapports que nous avons les uns avec les autres, le comportement de Jésus et la réaction du scribe nous disent quelque chose. Ils nous disent que la vie chrétienne c'est relire et relier. C'est relire, c'est ce que fait Jésus, et il relie les deux commandements alors qu'on lui en demandait un seul. Et le scribe relit ce que Jésus vient de dire, mais il ne fait pas simplement que relire ce que Jésus vient de lui dire, il relie à autre chose qui est son propre ajout.
C'est très important, parce que lorsqu'on lit la parole de Dieu on n'a pas simplement à s'arrêter et à redire indéfiniment la même chose, nous avons à relier la parole de Dieu avec notre propre vie. C'est cette pierre que nous apportons et c'est cette pierre qui fait que Jésus dit maintenant à ce scribe qui n'est pas un cerveau sur pattes : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu". C'est important parce que c'est aussi combattre le fondamentalisme. Le fondamentaliste c'est celui qui relit indéfiniment et qui considère qu'il n'y a pas d'autre place dans le texte de la parole que ce que cette parole dit, alors que la plus grande joie du Christ c'est de laisser justement une place dans la parole de Dieu pour que nous puissions la relier avec notre propre vie.
C'est vrai, frères et sœurs, souvent ce texte est pour nous l'occasion de rappeler le premier commandement, le deuxième commandement, l'amour de Dieu, l'amour du prochain, la relation verticale, la relation horizontale avec les autres, toutes choses d'ailleurs tout à fait justes. Mais ce que je trouve intéressant, c'est plutôt la réponse du scribe et la réponse de Jésus vis-à-vis de la réponse du scribe. Là, nous sommes plus dans la relecture et dans l'exégèse, toutes choses que Jésus ne néglige pas.
Frères et sœurs, nous ne sommes pas loin du Royaume, quand nous relisons la parole de Dieu et quand nous la relions à notre propre vie et à la vie des autres.
AMEN