LE JUGEMENT OU L'AMOUR ?

Dn 12, 1-4 ; Mc 12, 1-12

(25 juin 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, vous êtes servis parce qu'entre la première lecture et l'évangile, ce n'est pas très drôle. Il n'est question que de jugement, que de mort, que de la fin du monde. C'est la première chose que l'on pourrait envisager à l'écoute de ces deux textes montrent comme une sorte de montée en puissance. Que ce soit dans la première ou la deuxième lecture, le sentiment qui vient en point focal vers lequel se dirige toute l'histoire de l'humanité, toute l'histoire d'un peuple.

Ce qui est intéressant dans les points qui se rapprochent dans ces deux textes, ce sont les petites différences. A mon avis, ce sont elles qui vont nous permettre de mieux comprendre les choses. Face à l'adversité, que ce soit la maladie ou les catastrophes naturelles, il y a deux attitudes que l'on peut retenir. La première attitude, c'est de considérer que Dieu nous juge et nous punit par l'intermédiaire de la nature, et la deuxième manière d'envisager les choses c'est de se dire que la nature évolue et que c'est elle qui est méchante en se déchaînant contre l'humanité. Je crois qu'on peut voir en filigrane dans ces deux textes le changement extrêmement important qui sera vraiment exposé d'une manière très attentive et très développée par un grand évêque de la fin du deuxième siècle, saint Irénée de Lyon.

La troisième voix nous fait dire que dans l'adversité, même si on doit la prendre en compte, on n'est pas seul dans l'adversité, il y a la présence de Dieu. Ce schéma se dessine en filigrane dans le livre de Daniel avec ce fameux épisode des trois jeunes gens dans la fournaise. Ils sont au cœur de l'adversité, et il y a un ange, témoin de l'activité bienfaitrice de Dieu vis-à-vis de l'humanité, il y a un ange qui est là et qui les accompagne.

Le tournant, c'est l'Incarnation. L'incarnation et le Nouveau Testament ne sont pas une opposition crispée entre l'Ancien et le Nouveau Testament, mais c'est tout ce jeu entre l'homme, la nature, et Dieu que je viens d'évoquer il y a un instant, qui vient d'être chamboulé. A ce moment-là, Dieu en prenant la nature humaine rentre totalement dans la vie humaine et li aussi devient en quelque sorte, un homme jugé, non pas jugé par Dieu, mais jugé par ses pères, c'est-à-dire l'humanité.

C'est là tout le drame qui est raconté dans la parabole des vignerons homicides : le message qu'ils ont envoyé ou le fils est le même, mais la différence dans les deux cas, c'est que dans le dernier cas, c'est Dieu lui-même qui vient annoncer son message. A travers ce drame, on peut voir bien sûr le refus de l'homme d'accueillir Dieu dans sa vie, mais on peut y voir aussi ce désir complètement fou de Dieu de ne pas simplement accompagner l'homme dans l'adversité à travers les anges, mais d'accompagner l'homme dans l'adversité, en tant qu'homme. C'est cela l'Incarnation, et c'est cela le risque que Dieu a pris en prenant chair et en venant habiter le corps d'un homme.

En fait ce qui est bouleversé dans ce que je viens de dire, c'est notre rapport à la nature ou notre rapport à la maladie. Il n'est plus question de jugement, il est question de mettre l'accent, un point de focalisation sur un Dieu aimant qui, déjà dans l'Ancien Testament accompagnait le peuple d'Israël. Très souvent, on a vu à travers l'action de Dieu et l'action de certains anges, déjà la présence et l'activité du Fils de Dieu de toute éternité, et c'est cela qui change. On ne doit plus envisager tout cela comme une sorte de jugement d'un Dieu terrible, mais déjà comme le lieu de rapprochement entre un Dieu qui n'est pas encore homme avec sa créature. Le moment ultime, c'est quand Dieu s'incarne et quand il prend le drame de l'humanité sur ses propres épaules.

Frères et sœurs, que ces deux lectures soient pour nous l'occasion de revisiter notre propre vie ainsi que ses drames, afin d'y découvrir non pas le jugement de Dieu, mais plus exactement sa présence bienveillante, bienfaitrice, à chaque instant de notre vie.

 

 

AMEN