POUVOIR ET AUTORITÉ
Dn 11, 21-24 + 40-45 ; Mc 11, 27-33
(23 juin 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, Boris Syrulnick est un éthologue bien connu maintenant, assez médiatisé, qui a beaucoup écrit notamment sur le monde des animaux et aussi sur la complexité des relations humaines. Il a une formule assez jolie, il dit que dans la vie nous croisons la vie de beaucoup de personnes, et nous rencontrons très peu de personnes. Rencontrer quelqu'un et croiser la vie de quelqu'un, ce n'est pas la même chose. Je le dis par rapport à l'évangile que nous venons d'entendre, pour peut-être synthétiser rapidement quelques types de relations humaines. Il y a d'abord l'indifférence, ce que dit Boris Syrulnick, croiser quelqu'un. L'indifférence, c'est-à-dire que rien ne va se passer entre les deux personnes.
Il y a un autre type de relation, c'est la relation qui est décrite dans l'évangile le désir de pouvoir : je ne rencontre pas l'autre pour le rencontrer, mais je le rencontre pour des stratégies personnelles, et pour montrer l'emprise que je peux avoir sur lui ou sur le groupe qu'il représente. C'est cela la question piège des gens qui viennent interroger Jésus. Et Jésus ne tombe pas dans le piège. Et Jésus d'ailleurs ne tombe pas dans les caricatures qui dit qu'il faut tendre l'autre joue. Il est plutôt filou.
Nous en arrivons à une autre question et ces différents types de relations que j'ai évoqué très rapidement posent la question de la différence entre ce qu'on appelle le pouvoir et l'autorité. Dans les deux premiers cas évoqués, c'est une question de pouvoir, parce que je ne regarde même pas l'autre, il n'existe même pas à mes yeux. Je ne le tue pas, je ne torture pas, quelquefois, c'est pire, je ne le connais pas, il n'existe pas. Dans le deuxième type de relation, le désir de pouvoir et de domination ne passe pas par l'indifférence, mais par la volonté de montrer que l'autre je le manipule et qu'il est mon jouet et je vais réussir à lui faire dire ce que je veux, au mépris de la vérité. Là encore, c'est une question de pouvoir.
Nous en arrivons à la véritable rencontre avec l'autre, où là, il est question d'autorité. L'autorité, ce n'est pas le pouvoir, l'autorité, c'est de croître. Une relation saine, c'est une relation dans laquelle les deux partis vont croître ensemble. La rencontre est fondée sur la confiance, on pourrait aussi parler de foi, et les deux parties ne cherchent pas tant à montrer qu'ils sont plus forts que l'autre, et les deux parties discutent et de cette discussion jaillit du fruit. D'ailleurs, je pense que ce n'est pas anodin, que le passage qui précède cette discussion sur le parvis du temple, c'est le fameux problème du figuier stérile. Nous avons des rencontres stériles à partir du moment où nous voulons dominer l'autre et que nous ne laissons pas la place à la vérité.
Le Christ ne veut pas entrer dans ce type de relation. Ce qui l'intéresse, c'est une relation de confiance, basée sur la vérité. C'est à partir de ce type de relation qu'il y a une autorité qui jaillit. C'est la relation entre le Père et le Fils, et c'est à cette relation que nous sommes appelés les uns avec les autres.
Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de nous rappeler le véritable sens des différentes rencontres que nous faisons de part et d'autre, non pas pour y exercer une sorte de pouvoir, mais pour y découvrir la possibilité de croître ensemble sur ce chemin qui est le nôtre, et qui nous mène vers notre Père.
AMEN