OUVRE-TOI

Dn 2, 1-3+10-12+17-23 ; Mc 7, 31-37

(25 mai 2010)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ayant achevé avec la fête de Pentecôte le cycle pascal, nous avons repris hier ce qu'on appelle le temps ordinaire, c'est-à-dire la lecture courante de l'évangile et des textes de l'Ancien Testament. Nous reprenons donc la lecture de l'évangile de saint Marc là où nous l'avions laissé avant le Carême. Aujourd'hui, nous assistons à une guérison parmi beaucoup d'autres, telles que nous les rapporte saint Marc. Il y a cependant des petits détails dans cette guérison qui peuvent inviter à réfléchir davantage.

Je voudrais simplement m'attarder sur cette phrase : "Jésus levant les yeux au ciel poussa un gémissement et dit : Epphata, c'est-à-dire : ouvre-toi". Je vous ferai remarquer tout d'abord que ce geste est repris dans la célébration du baptême, lors de la préparation baptismale : Jésus a mis de la salive sur les oreilles et sur la langue du sourd-muet. On touche la bouche, les oreilles et les narines de celui qui va être baptisé en lui disant : ouvre-toi. En effet, le baptême, c'est l'ouverture du cœur, de l'esprit, des oreilles, pour se laisser pénétrer par le message. C'est la signification tout à fait fondamentale et première du sacrement du baptême : nous ouvrir à la Parole de Dieu. Cette Parole nous révèlera ensuite que Dieu nous adopte comme ses fils, comme ses enfants adoptifs, à la manière dont Jésus est son enfant Bien-Aimé, son enfant par génération éternelle.

"Ouvre-toi". C'est donc comme une sorte de commandement qui est en tête de toute notre vie chrétienne qui est d'abord un acte d'ouverture du cœur, nous rendre disponibles, nous permettre d'entendre la voix de Dieu qui murmure au fond de notre cœur et qui la plupart du temps est recouverte par les bruits de ce monde. Nous ouvrir à Dieu : "Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai pour souper avec lui, moi près de lui et lui près de moi".

Peut-être avez-vous remarqué un autre détail dans ce passage de l'évangile : "Jésus levant les yeux au ciel poussa un gémissement". Pourquoi Jésus pousse-t-il un gémissement au moment d'ouvrir les oreilles de ce sourd-muet ? Nous penserions plutôt que l'imminence de cette guérison devait remplir le cœur de Jésus de joie pour ce sourd-bègue qui allait retrouver la parole et d'abord l'audition. Et pourtant, ce que Marc nous rapporte c'est un gémissement du Christ.

Dans un autre passage où il s'agit également d'une guérison, on nous donne une clé possible de ce gémissement du Christ parce qu'on souligne que les assistants étaient là à épier Jésus pour voir s'il allait s'attribuer cette guérison, et dans cet autre épisode, il s'agit d'une guérison effectuée le jour du sabbat, donc une œuvre qui est normalement interdite, du moins dans l'interprétation qu'en donnaient les juifs. Est-ce cela ? est-ce l'incrédulité de la foule qui n'est pas mentionnée ici et qui justifierait ce gémissement de Jésus ? Gémissement parce que nous avons besoin de signes, de preuves, d'actes qui dépassent l'habitude courante pour ouvrir notre cœur à la foi. C'est peut-être cela le sens de ce gémissement de Jésus. Ailleurs, dans un autre contexte, il dira au père d'un enfant malade : "Si vous ne voyez pas des signes, vous ne croyez pas".

Bien sûr, Jésus est heureux d'accomplir ces signes de miséricorde, mais il aurait aimé que nous ayons une foi plus pure, que nous ne soyons spas toujours dépendants d'un miracle visible. Dans un autre passage encore de l'évangile, au moment de la multiplication des pains, les foules émerveillées courent après Jésus, et il leur dit : "Si vous me cherchez ce n'est pas parce que vous avez entrevu la grâce de Dieu, mais parce que vous avez été émerveillés de pouvoir manger tout votre saoul". Il y donc entre Jésus et la foule, souvent une sorte d'incompréhension : les miracles qu'il fait nous invitent à aller plus loin dans la compréhension de l'amour de Dieu, de sa tendresse et de sa miséricorde toute-puissante et nous en restons souvent à l'image du merveilleux immédiat qui nous séduit.

Frères et sœurs, essayons de pénétrer davantage le secret du cœur de Dieu pour pouvoir nous mettre en accord avec ces actes et les vivre spirituellement dans notre propre vie.

 

 

AMEN