LA GLOIRE DU FILS DE L'HOMME
Am 9, 1-6+8b-10 ; Mc 10, 34-39
(18 juin 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, le Dieu du prophète Amos est un Dieu d'absolue justice. Tous ceux qui écrasent leurs frères, ceux qui vendent le pauvre pour une paire de sandales, tous ceux qui changent la mesure des balances pour extorquer de l'argent aux autres, tous ceux-là seront impitoyablement punis par Dieu, car il faut bien que Dieu rétablisse l'équité et la justice en délivrant ceux qui sont persécutés et en punissant ceux qui les persécutent.
De là nous passons à un tout autre registre avec l'évangile. Il s'agit bien toujours d'écraser, de punir, mais ce ne sont plus les pécheurs qui sont punis et écrasés, c'est le Fils de l'Homme. Tout le mystère du Nouveau Testament c'est que cette nécessité de justice qui fait que le mal doit être puni et le bien récompensé ceci n'est pas aboli par la miséricorde de Dieu, c'est plus extraordinaire encore, c'est Dieu lui-même qui assume l'expiation de tous nos péchés. Non seulement, il nous pardonne mais encore il prend sur lui nos fautes et il accepte de subir le châtiment que nous aurions dû subir à cause de nos fautes. C'est lui qui porte le poids de notre péché.
"Le Fils de l'Homme sera livré, il sera condamné à mort, livré aux païens, bafoué, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront". Voilà le mystère de la rédemption : Jésus détourne sur lui tout le mal qui a été commis et qui crie vengeance et c'est lui qui supporte la punition. C'est dans ce contexte que les fils de Zébédée Jacques et Jean se trompent encore totalement de registre. Alors que Jésus vient de parler de crachat, de flagellation, d'être bafoué et mis à mort, ils rêvent de la gloire. Ils veulent être assis à la droite et à la gauche de Jésus dans son Royaume. Ils n'ont rien compris encore à l'évangile par lequel il faut supporter la souffrance et la mort pour racheter l'univers. Ils veulent régner. C'est pourquoi Jésus leur dit : "Pouvez-vous partager la Passion vers laquelle je m'avance ? Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?" Cette coupe de l'eucharistie qui est la coupe du sang versé et : "Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ?" Ce baptême de sa mort dans lequel Jésus va être enseveli comme celui qui est plongé dans l'eau et qui s'y noie, ce baptême, oui, vous le recevrez. Mais ce n'est pas cela le Royaume, ce n'est pas d'être assis à la droite et à la gauche du Fils de l'Homme, mais c'est de participer à sa Pâque, à sa souffrance et à sa mort pour le salut du monde. Voilà ce que Jésus promet à ses disciples les plus chers, et notamment à celui dont il nous sera dit que Jésus l'aimait, il lui promet de souffrir, de mourir, de partager sa coupe, de partager son baptême et non pas d'être glorifié à sa droite ou à sa gauche dans un Royaume hypothétique qui n'a rien à voir avec le Paradis de Dieu, qui est le Paradis du don de soi, de l'amour, de l'acceptation de porter la croix les uns des autres.
AMEN