RELIGION REPÈRE, CONFORT OU DÉSIR ?
Am 8, 9-12 ; Mc 10, 23-31
(18 juin 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, question ambitieuse : qu'est-ce que la religion ? La religion est-elle comme certains le pensent quand ils présentent leurs enfants pour le baptême, ou quand ils demandent le mariage, la religion est-elle simplement un point de repère qui permet à telle ou telle personne d'acquérir une vie morale, un jugement, une vie droite, parfaite, savoir quand on va à droite, quand on va à gauche et garder le cap en marchant tout droit sans trébucher ?
La religion est-elle un confort ? Souvent les détracteurs de la religion vous disent : c'est plus confortable de croire, parce que quand cela ne va pas, quand on perd un être cher, il est plus confortable de savoir que celui que nous aimons est au ciel, ou que quand cela ne va pas, Jésus est là, il nous aide à passer l'obstacle. Je ne sais pas l'effet que vous ont fait ces deux textes, mais en ce qui concerne le repère, on peut dire que le Seigneur dans le livre d'Amos a le don de brouiller les pistes : il fait nuit quand il fait jour, la lune apparaît quand elle devrait être absente, et l'homme est condamné à chercher son manger et son boire sur la terre, le vrai manger et le vrai boire étant la Parole de Dieu.
C'est vrai que dans cette première lecture la manifestation de Dieu peut nous sembler un brin perverse. Au lieu que Dieu soit là en train d'accompagner son peuple justement pour lui donner de bons repères, comme un bon papa et une bonne maman, ou en tout pour l'accompagner pour que la vie d'Israël soit plus confortable et plus sûre, il brouille les pistes. Cela veut-il dire que Dieu est véritablement pervers ?
Et dans l'évangile qui suit celui que nous avons entendu hier, est-ce que nous avons à faire à un Dieu qui condamne fondamentalement les biens, la richesse, le trésor, l'argent ? Faut-il se retrouver dans la panade, perdu, sans argent, pour nécessairement rencontrer Dieu ?
Je crois que ces deux textes, par rapport à cette question : qu'est-ce que la religion ? et les réponses que nous donnons souvent d'une manière commune, la religion repère ou confort, ces deux textes attirent notre attention sur ce qu'est la religion dans le sens du rapport entre l'homme et Dieu. La religion, c'est le désir, ni plus, ni moins, que l'on soit riche ou pauvre. Que l'on fasse partie du peuple d'Israël comme Amos, ou qu'on n'en fasse pas partie. C'est le désir qui est le moteur premier. Le désir d'Israël justement parce que se retrouvant perdu, cherche Dieu, et Dieu qui lui répond qu'il y a une nourriture plus importante que la nourriture confortable, mais c'est moi qui suis le plus important. Moi, Dieu, je devrais être au centre de ton désir. Le bien, les richesses ne sont pas mauvaises mais elles peuvent te faire croire que tu es maintenant dans l'opulence, la tranquillité, la sûreté, dans le confort et tu risques de m'oublier.
Le comportement de Dieu vis-à-vis d'Israël rejoint tout à fait l'avertissement que Dieu dit à son peuple par la bouche de Moïse quand ils sont face à la Terre Promise, où Dieu avertit Israël en lui disant : attention, tu vas t'installer, tu vas avoir tout ce que tu veux, du blé, des maisons, des vignes et tu vas risquer de m'oublier. C'est la première chose.
La deuxième chose, c'est que si Dieu nous invite à une certaine pauvreté, ce n'est pas pour être pauvre, mais c'est pour aiguiser le désir. Là, on en vient à l'évangile, où rapprocher la lecture d'hier avec celle d'aujourd'hui est judicieuse parce qu'elles s'éclairent, car l'erreur de cet homme riche c'est d'envisager la religion comme une série de choses à faire et à ne pas faire. Mais "Jésus fixe son regard sur lui et l'aime, il lui dit suis-moi". Dans ce "suis-moi", le moteur, c'est le désir. Ce n'est pas le confort ni la richesse. Et dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus fixe son regard aussi sur les disciples. C'est très important ce regard fixé, parce que c'est là que toute l'attention et la relation se mettent en place.
Ces deux textes attirent notre attention sur ce que devrait être notre relation à Dieu, non pas avant tout la recherche d'un confort ou de repères, une morale laïque peut très bien nous donner d'excellents repères et faire de nous de bons citoyens, mais je crois que ce qui est au cœur de l'annonce de l'évangile, c'est le désir de Dieu à rencontrer l'homme. C'est ce qui est exactement au cœur de la proposition du Christ vis-à-vis de cet homme et des apôtres. A la fin de l'évangile Jésus dit : "Pour l'homme c'est impossible, mais pour Dieu, tout est possible". Alors, pourquoi cela n'a-t-il pas marché avec le jeune homme riche ? C'est vrai que rien n'est impossible à Dieu à partir du moment où l'homme aussi a ce même désir.
Frères et sœurs, l'évangile véritable trésor, c'est ce moment où les deux désirs se rencontrent : le désir de Dieu de nous rencontrer et le désir de rencontrer notre trésor, le Seigneur.
AMEN