SUSCITER LA PRIERE
Am 5, 8-9+14-15 ; Mc 9, 14-2
(5 juin 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, il ne faut pas se laisser paralyser par le comportement impressionnant de cet enfant, ni peut-être se demander de quelle maladie il s'agit dans ce cas particulier, est-ce que c'est l'épilepsie ou autre chose ? Il ne faut pas non plus se laisser impressionner par cette toute puissance de Jésus qui menace l'esprit impur et règle le problème. Il faut plus tôt se laisser interroger par la réponse que Jésus fait à ses apôtres tout à la fin, en privé : "pourquoi n'avons-nous pas pu expulser ce démon ?" Et Jésus leur répond : "cette espèce-là ne peut sortir que par la prière".
A quel moment y a-t-il eu une prière dans cette guérison? Pas de la part des disciples puisque cela n'a pas marché, et si on regarde bien, Jésus ne prie pas. Il menace l'esprit impur. Le seul qui prie dans ce passage, c'est le père pour son enfant. C'est une première piste.
La deuxième piste, c'est, on sait bien que chez saint Marc, la vision qu'on a est celle d'un Jésus exaspéré sur les apôtres qui sont des incapables, des moins que rien, qui n'ont jamais rien compris. Mais ce qui est intéressant, c'est la critique de Jésus : "engeance incrédule, jusques-à quand serai-je parmi vous ?" Engeance incrédule … Qu'et-ce que cela veut dire ? Est-ce que les apôtres n'ont pas eu assez de foi vis-à-vis de Dieu, ou vis-à-vis du père ? Les apôtres ont cru que cette guérison était une affaire entre Dieu et eux et que personne d'autre ne devait rentrer dans cette histoire. Ce que Jésus leur révèle, en faisant parler le père : au début, le père demande un service aux apôtres, expulsez l'esprit mauvais de mon fils. Ensuite il se tourne vers Jésus et il demande le même service et Jésus a des paroles un peu dures avec lui. Quel est alors le facteur déclanchant ? Quand après avoir demandé le service le père formule enfin une vraie prière, la prière qui vient du cœur. Non pas guéri-le si tu peux, mais "je crois, viens à mon aide,viens en aide à mon peu de foi".
La différence entre les apôtres et Jésus, c'est que Jésus a réussi à faire prier le père de l'enfant, il a cru en la possibilité de la prière du père. C'est la grande différence entre Jésus et les apôtres. Ce n'est pas uniquement entre le père et son fils unique, mais il a fait entrer le père et sa prière. C'est important, parce que cela nous dit quelque chose sur la mission. Nous faisons mémoire aujourd'hui de saint Boniface de Fulda qui a été évêque, évangélisateur, nous sommes aussi dans la ville d'Aix, en mission, qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que la mission du chrétien ou du croyant consiste uniquement à rendre service, l'aspect social, politique, la visibilité de l'Église dans la société qui de temps à autre rend des services importants et qui fait qu'après, les gens pourraient changer d'opinion sur l'Église qui n'est peut-être pas si méchante que ça et qu'il y a quand même des gens sympathiques et que sais-je encore !
Ce qui est très beau dans le comportement de Jésus qu'est-ce que c'est ? C'est que pour lui la mission est de révéler à chaque homme la foi que Dieu dépose dans le cœur de chaque homme. On parle souvent de la foi que nous avons à avoir vis-à-vis de Dieu. Ici bien sûr c'est Jésus qui menace et l'esprit impur s'en va, mais cela n'arrive que parce que Jésus a mis sa foi en cet homme et qu'il a réussi à faire prier cet homme, il a réussi à le faire entrer dans l'intimité de Dieu et de la Trinité. La mission, c'est cela : bien sûr, il faut toujours aider son prochain, mais la plus belle mission que nous ayons c'est d'aider notre prochain à rentrer dans l'intimité de Dieu et de la faire prier. Il faut que nous lui fassions découvrir que le rapport qu'il a avec Dieu et avec l'Église ce n'est pas uniquement sur le manque, parce qu'on sait bien que c'est quand il y a un problème qu'on se tourne vers Dieu et l'Église, et qu'on n'est jamais content parce que c'est justement là que le curé est absent pour donner un coup de main, ce qui est la preuve que l'Église ne vaut rien. Ce n'est pas ça, mais c'est vraiment prier et donner envie de prier et de provoquer la prière chez l'autre.
On en arrive alors à dire que cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. Et la prière de qui ? la prière du papa, du père pour son fils.
Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de méditer non pas sur la toute puissance divine que nous n'aurons jamais, mais qu'il nous invite plutôt à méditer sur la prière et sur le témoignage que nous portons à nos frères de la prière en tant que rencontre intime avec Dieu, avec la Trinité.
AMEN