LES DEUX TABLES
Am 5, 1-6 ; Mc 9, 2-13
(4 juin 2008)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e récit de la transfiguration si aimé des Églises d'Orient qui comprennent véritablement le chemin de la vie chrétienne, car tous nous sommes appelés à ressusciter, mais cette résurrection commence dès aujourd'hui et peu à peu dans notre vie, le Seigneur nous transfigure dans chaque instant qu'il nous donne de vivre en sa présence.
S'il y a beaucoup à voir dans cette transfiguration, c'est ce que note le texte, c'est aussi ce qui est dit en dernier : "lorsqu'ils ne virent plus personne que Jésus seul". Il y a là beaucoup à entendre et à la vision est jointe la Parole Au cours même de la Transfiguration, quelqu'un parle, Pierre : "Maître, Rabbi (celui qui enseigne), il est heureux que nous soyons ici, construisons trois tentes". Pourquoi Pierre dit-il cela ? C'est parce que qu'il se rend compte qu'il y a un entretien : Jésus s'entretient avec Moïse et Élie. Lorsque dans l'Écriture, il est noté, Moïse et Élie, c'est ce qu'on va retrouver lorsque pour les disciples d'Emmaüs, Jésus leur reprend toutes les Écritures, "et partant de Moïse et des prophètes", c'est ainsi vouloir résumer ce que nous appelons tout l'Ancien Testament. Moïse et Élie c'est cette foi, cette Parole de Dieu, ces commandements, ce dogme que Dieu aime, et le prophète c'est celui qui parcourt le pays, qui enseigne. Ce sont les deux aspects de cette Parole à la fois sûre et celle qui parcourt, qui s'en va vers les lointains annoncés, la Parole de mission, la Parole prophétique, celle qui renverse et bouleverse.
Jésus s'entretient avec Moïse et Élie, Jésus est lui-même la Parole prononcée du Père, la Parole faite chair du Père. C'est donc l'Ancien Testament qui dialogue avec le Nouveau Testament. Mais ils ne forment qu'un ils sont un tout, car cette Parole est une Parole qui est importante. Il y a une deuxième Parole qui est prononcée, c'est une voix : "Une nuée survient qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-le". Autrement dit, il y a là l'attitude fondamentale du "Ecoute Israël", qui parcourt toute la Bible, d'un peuple appelé à écouter ce que Dieu veut lui dire, et non seulement à l'écouter mais à lui répondre. C'est le "écoutez-le", c'est la même phrase que Dieu avait énoncée en disant : "Ecoute Israël, je sui le Seigneur ton Dieu".
Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, il récapitule, il est vraiment celui qui donne sens à toutes les paroles prononcées, à tous les dialogues, les entretiens de Dieu avec l'humanité, à tout ce que Dieu a voulu dire de lui-même. C'est pourquoi écouter Jésus est la Parole définitive, il n'y a pas à rajouter d'autre vision, c'est la Parole pleine et entière, c'est la Parole faite chair, c'est la Parole qui réalise ce qu'elle dit.
Pour nous-mêmes, nous sommes invités à saisir aujourd'hui et le Concile Vatican II nous y a aidés avec la constitution Dei Verbum, à mieux saisir le rôle de la Parole dans notre vie, cette Parole dont l'épître aux Hébreux dit qu'elle est vivante, qu'elle pénètre jusqu'au plus intime de la moelle de notre chair, de notre existence. Et si le Concile Vatican II a voulu ainsi redonner toute sa place dans la liturgie à ce qu'on appelle la liturgie de la Parole, en manifestant que cette liturgie est une table, que dans l'eucharistie il y a deux tables, parce que l'une et l'autre sont nécessaires. C'est la Parole, le Verbe qui est fait chair : ce sont des paroles : "Prenez, ceci est mon Corps, prenez, ceci est mon Sang", ce sont des Paroles qui font le Corps et le Sang du Christ.
Pour nous, cela peut nous indiquer aussi combien nous sommes vraiment appelés à être transfigurés, car en écoutant la Parole de Dieu, le processus même de notre transfiguration dans notre existence, dans notre corps, est en marche.
AMEN