LE LIVRE
Ap 20, 1-4+11-15 ; Mc 13, 1-13
(26 novembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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Q |
uand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous préoccupez pas de ce que vous direz, ce n'est pas vous qui parlerez mais l'Esprit Saint".
En écoutant cette parole de Jésus avec vous, cela me rappelait une histoire qui est assez drôle et bonne : c'est un prêtre qui commence son homélie en expliquant à ses paroissiens qu'il n'a pas eu le temps de la préparer entièrement, et qu'il fera confiance à l'Esprit saint pour qu'il fasse la deuxième partie de son sermon. A la sortie de la messe, des gens vont le voir et lui disent : écoutez, vous prêchez beaucoup mieux que l'Esprit Saint. Je crois que même si l'Esprit nous assiste, la prédication comme l'évangélisation, c'est aussi une affaire de travail.
Permettez-moi de laisser de côté le Saint Esprit et de m'attacher plutôt aux Livres. Vous avez entendu dans l'Apocalypse cette histoire dans laquelle on parle du Livre, d'un côté du Livre de Vie et de l'autre côté, les Livres dans lesquels sont écrites les actions des hommes. Que veut dire être jugé sur la confrontation entre le livre de Vie et notre propre vie qui serait le livre que nous avons écrit. Je crois qu'il faut faire attention. On pourrait assez rapidement imaginer que ce jugement consiste à confronter les deux choses : le livre de Vie dans lequel tout serait écrit comme à l'avance, et ensuite, d'autre part, notre vie, notre livre. Le jugement est comme en amont ce que l'évangile nous demanderait de faire dans notre vie, comme si la vie chrétienne consisterait à faire en sorte que le manuscrit que nous écrivons, le nôtre corresponde point par point, sans faute grammaticale, sans faute de copie, à un manuscrit original.
Frères et sœurs, la vie chrétienne consiste-t-elle à penser que nous avons à suivre pas à pas le manuscrit original dans lequel tout serait déjà écrit par avance ? Le jugement auprès de Dieu serait-il comme un historien qui fait un travail, qui regarde tous les manuscrits et les compare pour vérifier les correspondances. S'il en découvre un où il y a trop de fautes, le manuscrit est mauvais et on le jette dans l'étang de feu. Je ne crois pas parce que cela voudrait dire qu'il n'y a plus de liberté humaine, que tout est écrit, et que la vie chrétienne serait exempte d'aventure et d'imagination.
Repensez aux apôtres et à Jésus dans l'évangile. Les apôtres trouvent que le temple est magnifique, comme si Jésus et ses apôtres rentraient dans une belle église comme la nôtre, et disent à Jésus, regarde comme c'est beau, le premier gothique provençal, et Jésus casse la baraque en disant : de toute façon, tout cela sera détruit, il ne restera rien ! Le comportement des apôtres est assez ahurissant : dis-nous quand cela va arriver ? Le comportement des apôtres vis-à-vis de Jésus c'est comme notre comportement quand nous écrivons notre vie et que nous voulons la vérifier par rapport à un manuscrit source. Que disent les apôtres à Jésus ? Dis-nous comment cela va se passer pour que nous puissions mettre toute notre vie en rapport avec ce qui est déjà écrit ? Les apôtres sont beaucoup plus préoccupés par un futur et un avenir que par ce qu'ils vivent aujourd'hui. Jésus dans sa réponse leur dit : rien n'est écrit, l'œuvre de Dieu, et l'Apocalypse, et la révélation de Dieu dans votre vie peut tout aussi bien surgir dans des événements heureux que dans des événements malheureux. En fait, il n'y a rien d'écrit dans le livre de Vie. Il y a ce que nous avons fait sur cette terre, ce que nous avons écrit et qui n'est pas écrit à l'avance, qui est présenté devant Dieu comme ce que nous avons fait pour le royaume de Dieu qui est déjà parmi nous, et après, il y aura peut-être notre nom écrit sur ce livre de Vie.
Quand on lit l'Apocalypse au chapitre vingt : "Je vis les morts grands et petits debout devant le trône. On ouvrit des livres, puis un autre livre, celui de la Vie. Alors les morts furent jugés d'après le contenu des livres chacun selon ses œuvres". Donc, pas par rapport à quelque chose qui est déjà prédéterminé. "Et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de Vie, on le jeta dans l'étang de feu". La prédétermination est ce qu'il y a de pire, croire que qu'on fasse le bien ou le mal, de toute manière, nous sommes inscrits ou non dans le livre de Vie, et tant pis, tout est fait ! Non, je crois que c'est nous qui écrivons ce livre de Vie.
Dans ce temps où nous lisons beaucoup de livres apocalyptiques, il ne faut pas se tromper sur ces lectures, il ne s'agit pas d'essayer comme par avance de vouloir penser qu'il y a un manuscrit source et que nous avons à déterminer un futur qui serait déjà écrit, mais nous avons à nous préoccuper de ce que dit le Christ dans cet évangile : Il nous parle de la Bonne Nouvelle, Il nous parle de ce que nous avons à annoncer, c'est-à-dire l'évangile auprès de toutes les nations, et on peut très bien mettre en parallèle l'Apocalypse et la fin de l'évangile : "Celui qui aura tenu bon jusqu'au bout celui-là sera sauvé". Celui qui aura tenu bon ce n'est pas celui qui reste sur ses positions comme crispé par rapport au monde dans lequel nous vivons et qui bouge trop, celui qui tient bon, c'est celui qui est capable de faire preuve d'aventure et d'imagination pour annoncer cet évangile dans ce monde.
AMEN