LE FRUIT DE LA VIGNE
Gn 50, 7-14 ; Mc 12, 1-12
(25 février 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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’est une parabole bien connue dont Jésus ne donne pas l’explication car tout de suite, ses interlocuteurs comprennent que c’était pour eux qu’il avait dit cette parabole. La vigne est un thème important dans la Bible, Israël se comprend justement comme la vigne plantée par Dieu, et lorsque Jésus dit : "Un homme planta une vigne, il l’entoura d’une clôture, il creusa un pressoir et y bâtit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage", les israélites comprennent bien tout le soin que Dieu a pris d’eux depuis fort longtemps, comme un homme prend soin de sa vigne. Et l’attitude d’Israël normalement devrait être une attitude d’action de grâces, de savoir d’où lui vient ce grand bienfait d’habiter sur un terrain où une vigne fructueuse porte ce fruit qui permet de réjouir le cœur de l’homme.
Lorsque ensuite, la parabole continue pour évoquer les différents serviteurs, il s’agit bien sûr des prophètes de tous ceux qui sont porteurs de la Parole de Dieu pour que cette Parole rappelle cette action de grâces essentielle qu’Israël doit à son Seigneur. Que tout produit de la terre, tout ce qui permet à l’homme d’être dans la réjouissance grâce aux fruits de la terre, puisse être rendue à Dieu. Cette parabole de la vigne du coup est importante, puisque pour Jésus, il se considère lui-même et Il le dit, comme l’envoyé ultime, le Fils bien-Aimé, comme au baptême, lorsque Dieu dit : « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé ». Il l’envoie à Israël, mais ce peuple-là, peuple dont les psaumes disent que c’est un peuple à la nuque raide, comme d’autres passages de l’Écriture, refuse cet envoyé ultime, ce Messie. L’image de la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est une image messianique complexe, mais qui manifeste que le Fils lui-même va être rejeté. Tout simplement parce qu’il est trop dur pour Israël d’entendre que la vigne sera donnée à d’autres, autrement dit, l’Alliance, les promesses, la proximité de Dieu avec son peuple, seront données à d’autres vignerons.
C’est pourquoi, il y a un vrai bouleversement dans cette parabole. Jésus comprend bien pour lui-même le destin qui est le sien. S’il est envoyé en premier aux enfants d’Israël, ce n’est pas pour que Israël se replie et se referme sur le dernier envoyé de Dieu, le Messie, et pour qu’Israël vive en autarcie. Mais c’est bien pour qu’au contraire, la vigne ne cesse de se répandre et de grandir, et qu’un peuple nouveau puisse se former à partir d’Israël et que ce peuple de Dieu devienne vraiment le lieu plus choyé encore du Seigneur, non plus simplement pour une nation, mais pour toutes les nations, pour l’humanité entière et rachetée. Seulement, ce projet, ce dessein de Dieu, il le confie aux mains des hommes, et les hommes sont parfois comme Israël dans l’infidélité lorsqu’ils ne répondent pas à cette action de grâces, lorsqu’ils gardent pour eux-mêmes le fruit de la vigne.
C’est pourquoi, Jésus lui-même va être rejeté hors de la vigne, comme le dit l’Écriture. Lorsqu’Il est rejeté hors de la vigne, finalement, ne devient-Il pas, comme Il le dit lui-même dans l’évangile de Jean, ce cep qui va permettre aux sarments de pousser et de porter du fruit. L’arbre de la croix devient comme le premier plant de la nouvelle vigne qu’est l’Église et si nous restons attachés à ce cep, les sarments ne seront pas brûlés car ils porteront beaucoup de fruits. Aussi, nous nous inscrivons dans cette même action du Seigneur qui en donnant sa vie fait couler son sang, c’est le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, cette Alliance qui accomplit toutes les promesses de la première Alliance, c’est ce vin de la vigne qui devient un véritable vin de joie et de réjouissance, car c’est un vin éternel, puisqu’il s’agit du sang, c’est-à-dire de la vie même de Dieu pour son peuple.
Il nous est simplement demandé de savoir rendre grâces pour ce don et pour ce bienfait du Seigneur, pour la vigne dont nous sommes fidèles à la promesse et à l’Alliance, réalisées en Jésus-Christ. Une seule chose : n’enfermons pas, ne capitalisons pas le don de Dieu.
AMEN