NE VOUS ATTACHEZ PAS, C’EST DANGEREUX !

Gn 484???, 1-6+10-12 ; Mc 6, 45-56

(9 février 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

e ne sais pas si vous avez été frappés comme moi parle dernier verset de l’évangile : Jésus marche sur la mer, Il monte dans la barque, Il calme la tempête, "et les disciples étaient intérieurement au comble de la stupeur, car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était fermé".

Ce verset nous invite à relier l’évangile de ce matin à celui que nous lisions hier, sur la multiplication des pains. Il y a quelque chose qui relie ces deux récits. D’une part, la multiplication des pains, et c’est moi qui l’ajoute, c’est ma glose dans le désert, et d’autre part, Jésus qui marche sur les eaux et qui fait traverser la mer à ses disciples, nous invite vous l’aurez très vite compris, à voir là deux motifs en lien avec le passage de la Mer Rouge d’une part, et la traversée du désert d’autre part. Effectivement, je crois que dans cette expérience du peuple d’Israël dans ces deux événements, nous pouvons nous aussi y puiser à chaque instant beaucoup de sujets de réflexion et de méditation.

En fait, je crois que ces deux motifs nous aident à réfléchir sur le problème de l’amour et du comportement amoureux que nous avons entre nous, et aussi que nous avons envers Dieu. C’est bien connu quand on aime quelqu’un, on veut s’attacher à lui et l’on ne veut pas le quitter. Quand nous avons rencontré l’amour de notre vie, nous ne voulons pas le quitter, et quand nous avons rencontré Dieu, nous ne voulons pas le quitter. Il y a un livre qui était sorti là-dessus et qui était assez drôle, il disait : vous êtes très amoureux et vous ne pouvez pas vous passer de l’autre, attention, c’est très grave, c’est une maladie. Alors que généralement, nous avons plutôt tendance à penser que si nous nous attachons à quelqu’un, c’est plutôt bon signe. Cet auteur disait sur le mode de l’humour que si on s’attachait trop à quelqu’un c’était mauvais signe. Et permettez-moi aujourd’hui, pour forcer le trait, je répète : si vous vous attachez trop, c’est mauvais signe. Pourquoi ? parce que dans le récit précédent de la multiplication des pains, ce que Jésus attendait des apôtres, c’est que les apôtres fassent ce qu’ils avaient à faire. Jésus était avec les apôtres, il y avait une grande foule, et Il leur dit : "Donnez-leur vous-mêmes à manger". Ce n’est pas parce que je suis à côté de vous qu’il faut que ce soit moi qui me mêle de ces affaires, que je me substitue à vous. Cherchez la solution par vous-mêmes, première chose. Deuxième chose, Jésus envoie les disciples sur la barque, Il se met à l’écart pour prier, en fait, Il reste toujours en communion avec ses disciples, et eux, ils rament, mais n’avancent pas. Là, ils font l’expérience du manque et pensent que si Jésus était là, ils s’épuiseraient moins à ramer et cela marcherait tout seul. Le bon Jésus débarque quand même et une fois encore, c’est lui qui est obligé de régler la situation. S’Il n’avait pas clamé la tempête, ils auraient mis un peu plus de temps, mais ils seraient quand même bien arrivés à traverser l’épreuve.

Je crois que c’est intéressant, parce qu’on touche du doigt l’infantilisation de la foi ou de la relation que nous avons avec Dieu. Exactement comme le peuple d’Israël qui se dit qu’ils ont la preuve de l’amour de Dieu à leur égard parce qu’Il les a sauvés de la Mer Rouge, et qu’à partir de là, Dieu fera leurs quatre volontés, et Dieu va les mener au désert ! C’est l’épreuve. D’une part, il y a l’épreuve du manque et de l’absence de Dieu auprès de son peuple, et Israël aussi éprouve Dieu en lui disant qu’il était bien mieux en Égypte, avec les marmites de viande alors que dans le désert, il meurt de faim. Cette épreuve à double sens est très intéressante dans une relation d’amour et de salut. Israël se raccroche à Dieu comme le petit enfant qui dit : j’ai besoin de toi. Et Dieu essaie de lui dire qu’il est capable de grandir, qu’il est à côté de lui, tout en le laissant faire.

Dans ces deux textes, on retrouve la même chose. Jésus est auprès de ses disciples, et au lieu que les disciples puissent dire que Dieu est à côté d’eux et que tout ira bien, ils ne peuvent pas se reposer sur lui, ils font ce que Jésus demande, par leurs propres forces, parce que Dieu a donné l’intelligence, la vivacité, la force, etc … Et c’est cela notre péché premier, je pense, tout de suite, nous nous dédouanons en disant qu’il peut le faire à notre place.

Je crois frères et sœurs, que dans ces deux récits, nous avons toute la pédagogie de Dieu qui se développe. La pédagogie du véritable amour, veut nous faire apprendre quelque chose de très important : Dieu est à côté de nous à chaque moment de notre vie, mais cela n’empêche pas qu’il nous fait vivre notre vie et nous fait grandir. Frères et sœurs, que cette pédagogie, et c’est ce que tout pédagogue digne de ce nom doit faire avec les enfants, c’est le rôle des parents et c’est très difficile, c’est le rôle des professeurs, le rôle de tout vrai pédagogue, et c’est le rôle du pédagogue par excellence qu’est Dieu, et qui par ce travail éducatif de pédagogie veut nous amener à l’aimer librement et en vérité, et non pas parce qu’il nous nourrit et nous sauve de nos petites peurs.

 

 

AMEN