AU NOM DU CHRIST
Ez 3, 16-21 ; Mc 9, 38-50
(16 juin 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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elui qui donne un verre d'eau sans faire référence au Christ, qu'en penser ? Dans l'évangile nous avons entendu : "Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité je vous le dis, il n'atteindra pas sa récompense". Beaucoup de gens ont pris à la lettre l'évangile, ou du moins ont hérité des valeurs de générosité et de disponibilité et de charité, puisque c'est un extrait qui est lié à la charité, et les pratiquent sans faire référence au Christ. La question posée est : est-ce que cette charité est moins pure, est-ce que nous devons mettre au bûcher des vanités tout l'humanitaire ? L'humanitaire n'y fait pas forcément référence, mais invoque les lois de partage. Vous avez entendu récemment que les pays les plus riches ont annulé la dette de onze pays pauvres de ce monde, donc il y a bien des éléments de charité entre nations, et on ne peut que s'en réjouir, même si aussitôt on a invoqué le fait que c'était insuffisant. Beaucoup de gens se vouent à des causes sans pour autant faire référence ou à Dieu, ou au Christ.
Dans le texte juste avant, il est écrit que quelqu'un s'est emparé du nom du Jésus et a fait des miracles sans suivre Jésus, et être de son école, puisqu'il ne suit pas les apôtres. Les apôtres questionnent Jésus et celui-ci réplique à Jean : "Qui n'est pas contre nous est pour nous". Là, Jésus semblerait dire que celui qui ne fait pas comme tout le monde, qui ne suit pas les disciples peut invoquer le nom de Jésus, et son action est réellement efficace et évangélique. Notre société contemporaine, et spécialement notre société européenne est mue profondément par des valeurs religieuses, telle la charité, sans pour autant maintenant y mentionner la source de cette générosité qui serait le christianisme. Notre société a voulu vivre de cet héritage qu'elle considère comme le sien et qui vient du christianisme, car je pense qu'effectivement le christianisme a apporté toutes ces valeurs, mais elle a voulu effacer le nom de Jésus derrière ses grands sentiments nécessaires pour que les pays, les gens, pour que nous-mêmes nous puissions vivre dans un monde plus juste et plus fraternel.
On entend dans de nombreuses rencontres, ne serait-ce qu'avec des fiancés, d'aucuns revendiquent leur autorisation à être des hommes charitables sans pour autant être chrétiens. Je n'ai pas de solution. J'ai peur que cette charité décapitée, ou coupée de sa source ne perde progressivement de sa saveur. J'ai l'impression intuitivement, que quand je réfère mon geste de charité au Christ c'est une manière de me détacher du geste que je fais. Il y a plusieurs nécessités à cette mention du Christ ou de Dieu, implicites ou explicites, puisque vous avez bien entendu que le Christ dit : celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Mais ma façon de faire la charité, si je me réfère à quelqu'un d'autre qu'à moi-même, m'oblige à un détachement plus profond. Je le fais, au nom de quelqu'un d'autre qui Lui est la charité vivante sur terre. Tandis que j'ai bien peur qu'un acte de charité qui ne réfère qu'à celui qui le fait finisse justement (c'est pour cela qu'il est question de récompense dans ce passage d'évangile), par le faire en attendant une récompense pour son geste de charité. Il y a une sorte d'idéal utopique à la charité pure, si elle ne se réfère pas à quelqu'un d'autre. Il y aurait une sorte d'entachement intérieur, et ce que je dis est difficile, car comment condamner l'ONU et les grands programmes idéaux qui tentent d'intervenir dans différents pays et j'en parlais pour Haïti, mais néanmoins je pense que nous pouvons encore nous, les chrétiens, repérer d'où vient cette charité, qui l'a incarnée, qui en est le verbe actif, et nous permettre de demander à cette source profonde de continuer à animer les eaux, même si les autres ne le repèrent pas comme telle, comme venant de Dieu, mais croyant que cela vient du cœur de l'homme. Personnellement, je ne suis pas tout à fait sûr que le cœur de l'homme soit aussi inépuisable et qu'il n'y ait pas des parasites qui finissent par appauvrir et assécher cette charité qui se veut sans Dieu.
Jésus va d'ailleurs ouvrir largement la porte en acceptant que celui qui n'explicite pas la source pour autant aie le droit d'être charitable et le pouvoir de l'être. Mais nous qui avons repéré la présence de Dieu, nous nous devons de signifier le nom de Jésus dans ce qui fait maintenant les valeurs, quand on voit comment bougent les valeurs dans un monde, il suffit d'un petit accident pour que les valeurs changent de côté et de couleur, et on dira toujours que ce sont des valeurs. Le problème c'est que quand elles continuent à se référer au Christ elles ne bougent pas puisque c'est le Christ qui est charité, c'est le Christ qui est espérance, c'est le Christ qui donne la foi.
Cette réflexion difficile que j'ai simplement amorcée nous aide à comprendre que cela ne diminue pas l'amour que nous devons aux autres quand nous le référons au Christ, au contraire, cela nous permet de l'animer plus profondément et de désigner non pas notre propre cœur, mais celui qui le fait vivre, c'est le cœur de Jésus.
AMEN