DEVENIR BONNE TERRE AUJOURD'HUI
1 Th 2, 2 b-13 ; Mc 4, 1-9
(25 août 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous connaissons bien cette parabole du semeur et Jésus dans son explication pleine de miséricorde va démasquer ces manières que nous avons d'y échapper à cette Parole qui est semée dans nos cœurs et qui produit son effet, demandant cette bonne terre capable de l'accueillir. On les connaît bien ces évitements, en se disant avec une pointe de satisfaction personnelle, je suis la bonne terre, et mon frère est peut-être ce sol pierreux, ou l'autre frère est ce sol inconsistant qui n'accueillera pas la Parole. Une autre manière d'éviter c'est de dire qu'une autre génération, d'autres époques, ont été cette bonne terre, il y a eu le Moyen-Age ou cette terre a été profondément ensemencée, et produire des cathédrales, des siècles extraordinaires de sainteté, mais notre époque est celle où cela ne pousse pas, notre époque et celle d'un sol pierreux, inconstant, qui n'arrive pas à fixer la Parole. Mais Jésus prend soin d'enlever ces évitements et de concentrer l'accueil de cette Parole sur notre propre cœur. Les saints ont compris cette Parole et saint Césaire en particulier, lui que nous fêtons aujourd'hui, le patron secondaire de notre diocèse.
Saint Césaire a compris cette Parole parce qu'il a compris que le cœur était le lieu d'un combat, d'un enjeu, d'une joute, de quelque chose qui se passe dans le secret de la solitude, et il est rentré au monastère de Lérins, mais trop confiant dans ses capacités, trop confiant dans son ascèse, il est tombé malade. Peut-être que le climat de la mer, lui qui venait plutôt du nord, de la Bourgogne, ne lui convenait pas. Donc, il vient dans une maison de repos en Arles, et là, il va fonder un monastère. Il va être remarqué par l'évêque Éone, et va devenir le successeur de cet évêque, tout en continuant le combat, tout en continuant à mener cette vie d'ascèse.
Il a compris que son cœur était le lieu où cette Parole pouvait germer, et il a continué à vivre en moine. Il n'a pas dénigré son époque, il n'a pas méprisé son époque au point de dire époque difficile, il y a des tas d'enjeux par exemple sur l'enseignement de la grâce puisque Césaire sera le disciple de ce côté-là de saint Augustin dans les Conciles qui se réunissent en Arles. Epoque troublée aussi avec de nombreuses invasions, des Visigoths, des Francs. Il va comprendre que c'est le peuple de Dieu qui est cette bonne terre, et il va arpenter son diocèse en prêchant, il va devenir évêque itinérant pour aller dans tous les coins de son diocèse, et il va le faire pendant quarante ans.
Voyez comment ces saints démasquent cette exigence qui est celle du Seigneur, exigence que nous soyons cette bonne terre. Exigence aussi de croire, puisqu'il y a une sorte d'acte de foi à faire, de foi en l'homme, de foi dans notre monde d'aujourd'hui, exigence de foi qui croit vraiment que ce monde est aussi favorable ou défavorable à l'accueil autant que celui qui existait, il y a cinq cents, ou mille années. Donc, n'ayons pas peur de conjoindre en nous ces deux efforts sur nous-mêmes et aussi pour témoigner de notre foi, comme l'a si bien fait saint Césaire.
AMEN