FRUITS DE LA PAROLE DE DIEU
Si 43, 1-12 ; Mc 12, 1-12
(1er juillet 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'est une nature bien contrastée que l'on a entre la première lecture et l'évangile. Dans la première lecture, cette nature est tellement grandiose et superbe, que l'homme sait très bien qu'il ne peut pas avoir la main mise sur elle. Elle est autonome, elle fonctionne toute seule comme une grande, le soleil se lèvera toujours à l'est et se couchera toujours à l'ouest et les étoiles continueront leur course dans le ciel.
Dans l'évangile, c'est une nature beaucoup plus fragile qui nous est donnée : c'est la vigne. La vigne, par définition, c'est ce plant qui a besoin d'être soigné et protégé par l'homme, afin qu'elle puisse porter du fruit. A la fois, elle lui est donnée, à l'homme, par la nature, mais en même temps, l'homme doit participer à la croissance de cette plante pour pouvoir en récupérer les fruits. Cette parabole montre que la Parole de Dieu est très proche de ce qu'est une vigne. La Parole de Dieu nous est donnée aussi, on ne l'a pas choisie, mais en même temps, elle peut se révéler très fragile si nous ne la cultivons pas, si nous n'essayons pas de la tailler, de l'émonder, et en la taillant et en l'émondant, nous nous taillons nous-mêmes sous la chaleur du jour, avec le poids des grappes. C'est cela la Parole de Dieu. Il y a cependant un endroit encore plus secret dans la Parole de Dieu, et ce sont les paraboles. Les paraboles sont la partie la plus fragile du plant de la vigne, c'est la partie la plus complexe, et cette parabole peut-être encore plus que les autres paraboles. La parabole dans l'évangile est ce moment par excellence où nous pouvons croire que nous avons enfin compris ce que Dieu voulait nous dire. Dans cette parabole, pendant des siècles et des siècles, nous l'avons toujours lue de la même manière, remplaçant le terme A par le terme B, et disant que cette parabole nous raconte comment la vigne est le peuple d'élection, et que ce peuple d'élection n'ayant pas été capable de porter du fruit, l'élection passe du peuple juif au nouveau peuple d'élection qui est le peuple des chrétiens, c'est-à-dire, nous. (Je résume !).
Mais je crois que c'est faire injure justement à la Parole que de vouloir la limiter dans une seule compréhension. C'est là toute la beauté de la Parole, comme le ciel, comme le soleil, comme la lune et les étoiles, de toujours s'échapper de la main de l'homme, comme le Christ encore une fois, s'échappe de la main des sages et des grands-prêtres, arrivant ainsi à quitter la foule.
Cette vigne dont il est question dans ce texte ce n'est pas tellement le peuple élu que véritablement la Parole de Dieu. Il faut découvrir que cette Parole nous est donnée, exactement comme l'évangile nous rappelle que cette vigne a été protégée, taillée et plantée par Dieu lui-même. Et une fois qu'elle a été plantée et préparée, elle a été donnée à des vignerons, à des serviteurs. Le drame de ces serviteurs, c'est d'avoir voulu garder les fruits de cette vigne pour eux.
Je pense que dans cette lecture, nous pouvons découvrir que nous aussi, dans notre recherche de Dieu, nous avons à le rechercher non pas pour la garder pour nous-mêmes, mais au contraire pour en rapporter les fruits à Dieu lui-même. La lecture de la Parole de Dieu peut se diviser en deux parties. Il y a cette lecture servile, qui fera que ceux qui la lisent de cette manière servile, uniquement pour eux-mêmes, n'en ferons jamais profiter les autres, et eux-mêmes en paieront le prix un jour. C'est un peu le serviteur chinois qui se dit, je ne sais pas si le maître va me payer les gages, alors, je bosse pour lui, autant récupérer de temps en temps des petites choses que je garde dans mon portefeuille. Peut-être que nous aussi, parfois en lisant la Parole de Dieu, nous avons cette mentalité servile de vouloir voler pour nous et de garder pour nous quelques petites traces, quelques petits bijoux, quelques petites pièces de monnaie qui étaient enterrées dans ce champ. Si nous continuons comme cela, nous resterons toujours dans la loi de l'habitude avec un Dieu qui restera toujours pour nous un Seigneur tout-puissant, et nous qui resterons toujours les esclaves et les serviteurs.
Mais il y a une deuxième manière de lire la Parole de Dieu, il y a une autre manière de sarcler la vigne, il y a une autre manière d'envisager cette relation avec la Parole de Dieu. Il nous fait passer à cette main ouverte, à découvrir que cette vigne, si nous sommes capables de la travailler, si nous sommes capables d'en sortir des fruits, et que nous rapportons ces fruits à Dieu, Dieu saura à son tour, nous donner la totalité de ses fruits, c'est-à-dire, cette vie spirituelle, cette vie de filiation. Je crois qu'on aurait peut-être intérêt et je vais terminer là-dessus, de méditer sur les liens profonds de cet évangile avec le passage de la vigne au jardin, de la vigne au Paradis et avec cette scène extraordinaire d'Adam et Eve, face au jardin du Paradis, face à ce qu'on appelle le péché originel. Là nous retrouvons la même question. Lorsque nous abordons l'évangile, sommes-nous capables de l'aborder avec cette confiance telle que nous acceptions d'en rendre les fruits à Dieu, sachant qu'il nous en rendra encore davantage, ou alors, est-ce que comme l'humanité à son départ, nous préférons nous servir dans le jardin de Dieu, gardant les fruits pour nous et finissant ainsi dans un éloignement avec Dieu.
Frères et sœurs, que cet évangile nous rappelle que cette Parole de Dieu est aussi fragile et qu'elle attend de notre part toute une attention et tout un amour pour pouvoir rendre à Dieu les fruits qu'Il fait pousser sur cette vigne.
AMEN