FOI ET RELIGION
Si 36, 1-5+10-17 ; Mc 10, 46-52
(25 juin 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'aucuns trouvent ce passage évangélique émouvant. Ce qu'il a d'émouvant, c'est la force qui se dégage de ce qui va être la pointe évangélique : la foi de Bartimée. C'est la foi de cet homme qui passe des ténèbres à la lumière. C'est aussi le fait que cette péricope évangélique est située avec beaucoup de précisions, dans les lieux comme dans les actes.
On sait qu'il y a plusieurs personnages, il y a bien sûr Jésus, les disciples, une foule nombreuse, et le mendiant. Il y a des lieux bien précis, des actions. Jésus sort de Jéricho, est c'est sur le chemin que se trouve Bartimée, et parmi les actions il y a aussi le fait que la foule empêche Bartimée de crier vers Jésus, on le rabroue, on le fait taire. Il y a ces paroles de Jésus : "appelez-le, que veux-tu que je fasse pour toi ?" Et enfin : "ta foi t'a sauvé !" Il y a ces actions aussi qui font que l'on saisit cette parole qui est devenue une prière, la prière du cœur : Fils de David, aie pitié de moi, et nous ajoutons, pécheur. Il y a cette demande de Bartimée : fais que je voie. Donc, force de détails dans ce récit. Pour la guérison aussi, l'aveugle bondit, après l'invitation de la foule : allez, courage, lève-toi dit la foule à Bartimée après que Jésus ait dit : appelez-le. Et lui, demande : "Rabbouni, que je voie ?"
Cet émouvant passage peut nous rappeler ce que Jésus dira lui-même de la foi : "Si vous aviez la foi gros comme un grain de sénevé, alors certainement, beaucoup de choses seraient possibles". C'est ce que souligne Jésus pour Bartimée. Jésus n'est pas un guérisseur, un thaumaturge, Jésus n'est pas d'abord celui qui fait des miracles. Jésus est celui qui discerne dans le cœur des personnes la foi, la confiance qui existent. C'est cela le miracle, c'est cette confiance, cette foi qui existent dans le cœur de l'homme. On peut se dire que Bartimée n'avait presque pas besoin de voir, parce que par la foi, comme un sixième sens, Bartimée voyait déjà. Il n'a peut-être pas vue, mais il sait qui il est : "Jésus, Fils de David, aie pitié de moi". Il confesse la seigneurie du Christ, il confesse la capacité de ce Christ de venir prendre en pitié ce qu'il est. Sa foi l'aide à aller de l'avant. Bien sûr, la foule l'encourage en disant : aie confiance, courage, lève-toi. La foule aussi constate et la foi, et la confiance, mais Bartimée les a déjà. Il a tellement la foi qu'on se demande s'il n'a pas une vue du cœur et qui remplace si facilement celle des yeux. Il jette son manteau, il bondit, il va vers Jésus. Fantastique pour un aveugle, pour quelqu'un qui ne voit pas. Il va directement vers Jésus sans se tromper. C'est certainement le signe que la foi non plus ne se trompe pas. La foi, c'est les yeux du cœur, c'est cette capacité comme l'enfant qui ne doute pas de ses parents, qui est capable ainsi de se reposer entièrement en eux. Et quand Jésus lui dit : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" - "Que je voie". On comprend que Jésus lui dit : "Ce n'est pas moi qui te fait voir, c'est toi qui a déjà vu, va, ta foi t'a sauvé". Tu as vu le Christ avant même de recouvrer la vue. Tu as compris qui Il était avant même de faire meilleure connaissance avec lui. Tu as été capable d'agir, de te lever, et d'avancer avant même que je te dise : lève-toi. Ce qui est bien la preuve que la foi est bien un don de Dieu, qu'elle agit et transforme le cœur de l'homme. La foi, c'est ce qui nous fait nous lever, nous aussi. Trop souvent, nous nous plaignons, nous restons au bord du chemin, comme des aveugles, nous n'avons même pas le courage ou la foi ni d'appeler le Christ : "Seigneur, aie pitié de moi", ni même encore d'entre des autres : "Aie courage, lève-toi", ni même de saisir à quel point déjà je suis sauvé et guéri.
Autrement dit, j'ai l'impression que même nous, vieux chrétiens, nous sommes plutôt de l'ordre de l'action religieuse encore que de l'ordre de la foi. Nous avons de la religion, nous avons de la piété, nous faisons nos exercices spirituels, mais c'est toujours de la religion. La foi chrétienne c'est tout à fait autre chose : c'est ce saisissement de personne à personne où le Christ lui-même nous signifie et nous fait discerner que nous avons déjà en notre cœur le plus grand des trésors, et que s'il y a une seule chose qu'Il nous demande, c'est cette foi et cette confiance, ou le reste vient, tout le reste se fait, tout le reste est déjà en action.
C'est un peu comme ce mystère de l'eucharistie. En somme dans le Notre Père, nous ne cessons de dire : "Seigneur, donne-nous notre pain quotidien". Mais l'eucharistie, c'est déjà ce pain quotidien que la foi nous fait confesser comme étant le Corps du Christ, que la foi nous fait recevoir dans un corps à corps qui nourrit, et ensuite nous fait agir et aussi nous fait dire : "Seigneur, c'est bien toi, tu es le Fils de David et tu m'as pris en pitié".
AMEN