UN APPEL TOUJOURS D'ACTUALITÉ
Si 24, 25-34 ; Mc 10, 17-31
(23 juin 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT
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n regardant dans les différents évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc, où nous retrouvons ce passage nous retrouvons en fait à chaque fois les mêmes séquences, d'abord il y a les petits enfants, "Laissez venir à moi les petits enfants, c'es à leur pareils qu'appartient le Royaume des cieux", ensuite, il y a cet homme riche, et ensuite, la récompense promise au détachement, et après, la croix cette annonce de la Passion et de la Résurrection. On trouve toujours cette sorte de séquence de la même manière. C'est peut-être pour cela qu'on s'est plu à imaginer que cet homme riche, que saint Luc appelle notable, mais que Matthieu rajeunit puisqu'il l'appelle un jeune homme, c'est pour cela que spontanément quand on lit cet évangile, quand on l'entend d'une manière habituelle, aussitôt on se dit, c'est un jeune homme et on le voit affectivement arriver tout jeune. Mais l'évangile ne dit pas cela, l'évangile parle d'un homme, de quelqu'un qui n'est pas spécialement jeune. Sans doute on a aussi tellement tiré sur ce texte pour en faire un évangile des vocations, qu'on a tout de suite imaginé que la vocation c'était aussi le privilège pour la réponse à une vocation, l'adhésion et le désir d'une vocation, c'était réservé à ceux qui se posent des questions. Mais non, on parle d'un homme riche. A chaque fois il y a cette pointe sur la richesse, et c'est aussitôt suivi par la récompense promise au détachement, et par le danger des richesses.
La pointe, c'est cela, pauvreté n'est pas vertu, ce n'est pas parce qu'on n'a rien du tout qu'on suit Jésus. Ce n'est pas parce qu'on n'a rien du tout que l'on est et qu'on a absolument un cœur pur, mais la pointe c'est cet attachement excessif, cette manière de passer à côté de la communion. Ce qui est mis en balance ce n'est pas la générosité face à une absence de générosité, ce qui est mis en balance, c'est la générosité et la communion. Ce qui est mis en balance, c'est vraiment ce regard que Jésus pose sur cet homme et le choix qu'il a à faire. Je crois que la question morale est ouverte, la question du choix de suivre le Christ, cette question est toujours ouverte et que quel que soit notre âge nous avons à y répondre et qu'il est trop facile d'entendre ce texte simplement comme une question à laquelle on a répondu autrefois. Justement, cette très grande exigence, ce regard de Jésus qui est posé sur cet homme riche et la récompense qui est promise au détachement est une question qui devra rester toujours ouverte. La question du manque comme la question du désir est une question qui reste posée à l'homme jusqu'à la mort, qui reste posée jusqu'à la dernière extrémité. Jusqu'à la dernière extrémité, nous aurons à choisir le désir, nous aurons à nous laisser habiter par le désir, jusqu'à la dernière extrémité nous sera posée la question du choix, jusqu'à la dernière extrémité nous sera posée la question de l'acceptation ou non de ce regard de Jésus sur nous.
N'évacuons pas cette question de Jésus, de ces cinq verbes qui se suivent : va, vends, donne, viens, et suis-moi. Laissons toujours la porte ouverte, laissons toujours la question posée parce que Jésus n'a pas voulu refermer la question à une époque donnée de notre vie mais Jésus a voulu qu'elle reste posée comme cela, jusqu'au plus large de m'existence d'une vie humaine.
AMEN