LE MARIAGE, COMME AU PARADIS !
Si 24, 10-15 ; Mc 10, 1-12
(17 juin 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ace à ce texte qui nous parle de la condition du mariage, et qui est d'ailleurs très souvent choisi par les jeunes mariés, j'ai envie de dire, ce n'est pas méchant, mais on voudrait que cela dure toute la vie, et peut-être que s'ils relisent ce texte au bout de quelques années, ils le reliront sans doute différemment.
Faut-il lire ce texte d'une manière idéale, comme quelque chose que nous n'arrivons pas à atteindre ? L'idéal d'un mariage qui tient (à quel prix?) ou alors faut-il se réfugier dans une lecture cynique comme cela a été le cas dans nos sociétés, qui disaient, cela ne tien plus, ce n'est pas grave, laissons la façade, la vie conjugale n'existe plus, mais face à la société, continuons de vivre ensemble, même si nous vivons notre vie chacun de notre côté.
Je ne voudrais pas aborder ce texte par ce biais-là. Je voudrais l'aborder par une petite réflexion. Si on écoute bien ce que dit Jésus, il aborde la question des origines. Il dit qu'aux origines, il est stipulé que l'homme et la femme ne feront qu'une seule chair. C'est-à-dire que si on fait attention à ce mot "origines", on découvre que le mariage en fait au régime adamique, au régime de l'Eden, du Paradis, de la création du monde. C'est la première chose. La conséquence de cela c'est que le mariage à ce moment-là, n'est pas uniquement quelque chose de conventionnel qui sert à faire fonctionner la société, à fonder des familles, à avoir des enfants, etc … pour que le monde continue à bien marcher. Mais cela veut dire, quand Jésus nous renvoie aux origines et à l'état du Paradis, que le mariage n'est pas signe du régime du péché originel. Combien de fois pensons-nous que le mariage est par défaut, on a péché, on a perdu la vie éternelle, donc il faut bien qu'on fasse des petits enfant pour pouvoir continuer les choses !
En fait, non ! Le Christ nous dit non ! Le mariage n'est pas de l'ordre du régime du péché originel. Le mariage est de l'ordre du régime du Paradis. Et en nous renvoyant à ce paradis, c'est vrai que quelquefois la vie conjugale n'est pas toujours un paradis, c'est vrai que peut-être ce soir, des couples vont se déchirer pour savoir s'ils vont regarder France 3, ou la 6, ou antenne 2 ou je ne sais quel feuilleton sur TF1, et pourtant, le Christ nous renvoie à l'état de vie de l'Eden. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le Christ nous rappelle que la vie conjugale, c'est le projet que Dieu a sur l'humanité. Ce projet, c'est d'amener l'humanité à pouvoir découvrir son visage, sa Face. Il nous faut découvrir que le mariage est ce signe et ce sacrement dans lequel je suis capable de contempler Dieu à travers le visage de l'autre. C'est cela qui est dit. Par conséquent, le mariage dans ce régime paradisiaque, c'est de faire ce long apprentissage (nous entre-temps, on a eu le péché originel, racheté par le baptême), mais l'état du mariage veut dire qu'il nous faut nous accoutumer à découvrir la manière dont Dieu travaille le visage de l'autre. Cette accoutumance dont les Pères de l'Église ont souvent parlé pour nous préparer à la venue du Christ qui allait épouser la chair de l'humanité, c'est ce que les mariés ont à vivre. Le régime paradisiaque, effectivement, c'est d'apprendre à faire confiance à l'autre, c'est apprendre à pardonner, c'est apprendre à aller ensemble vers Dieu.
Frères et sœurs, que ce texte qui peut nous paraître parfois un peu rude à première lecture, ou uniquement de l'ordre de l'idéal, que cet appel du Christ à ce mariage nous rappelle tout simplement notre condition humaine, ce projet que Dieu a sur nous, c'est-à-dire de nous faire vivre dans ce paradis, ce lieu, où en ayant vu tout au long de notre vie le visage de Dieu, dans le visage de l'autre, nous puissions contempler avec celui qui est notre conjoint, que nous puissions contempler ce visage du Christ, et ce visage du Père qui s'ouvriront à nous pour l'éternité.
AMEN