DYNAMIQUE DE L'EUCHARISTIE
Si 1, 1-10 ; Mc 8, 1-10
(4 juin 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e miracle de la multiplication des pains a dû marquer les esprits puisque dans l'évangile de Marc nous trouvons une seconde multiplication des pains, celle que nous venons de lire. Certainement aussi pour l'évangéliste, le rapport à l'eucharistie est évident, et l'on trouvera dans le texte des traits de ce que l'évangéliste perçoit du mystère eucharistique à travers cette multiplication des pains.
Il s'agit d'une foule nombreuse qui est près de Jésus, et Jésus lui-même dit : "J'ai pitié de la foule car voilà trois jours qu'ils restent auprès de moi et qu'ils n'ont pas de quoi manger". On peut y lire pour nous le signe que toute eucharistie est toujours en référence à la célébration du mystère de la Pâque du Seigneur. Les trois jours peuvent marquer justement ce passage de la Pâque du Seigneur, de la mort, jusqu'à la Résurrection. Et c'est à un pain de vie, c'est au corps ressuscité tout entier que nous communions.
Ainsi, il faut d'abord demeurer près du Christ, il faut être près de Lui. Même si, comme l'évangéliste va le noter, nous sommes dans un désert, nous pouvons penser peut-être que notre vie parfois telle un désert, trouve malgré tout ce point de repos, cette oasis de fraîcheur qu'est le Christ lui-même, s'asseoir auprès de Lui, demeurer auprès de Lui, et vivre du mystère de sa Pâque.
Puis "Jésus prend le pain, il rendit grâces" nous dit l'évangéliste, et ensuite, ce pain est distribué. C'est ce que l'on appelle l'action même de l'eucharistie. Eucharistie voulant dire, vous le savez, "action de grâces". Ce qui et intéressant, c'est que la foule s'est assemblée autour de Jésus, et s'étant arrêtée auprès de Jésus, elle entre dans une véritable action, une véritable dynamique. Pourquoi la liturgie eucharistique et-elle d'abord une action, c'est-à-dire ce que Dieu fait pour l'homme, ce que Jésus accomplit dans l'œuvre même de la liturgie ? Nous nous souviendrons que le mot liturgie veut dire "action pour le peuple". Cette foule va donc être nourrie, rassasiée. "Combien avez-vous de pains ". Sept … c'est peu comme nous allons prendre ce pain aujourd'hui, c'est peu de pain. Mais c'est aussi ce que dira l'évangéliste : ce qui rassasie vraiment car il en reste sept corbeilles. Dieu ne mesure pas sa grâce. Dieu n'est pas chiche, Dieu ne compte pas quand Il donne. Le pain de la vie, son corps livré et son sang versé, c'est à profusion. C'est ce qui va dépasser le temps et l'espace pour aujourd'hui encore, il reste plus que nous n'en avons besoin. La grâce du Seigneur non seulement remplit notre vie, mais la dépasse. Dieu ne fait pas des choses à moitié, non seulement il est capable de remplir notre cœur, et encore de surabonder dans notre cœur par sa grâce. Le mouvement de l'eucharistie se poursuit, une fois rassasiées, les foules sont renvoyées. Ainsi, comme le dit l'évangéliste, en renvoyant les foules, nous sommes renvoyés dans notre propre monde, dans notre propre univers, dans notre propre quotidien. Mais alors, comme pour cette foule où la multiplication des pains a changé quelque chose dans leur vie, c'était un miracle peu banal, l'eucharistie aussi, même reçue quotidiennement, peut-être pour nous, un miracle peu banal.
AMEN